Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

21 juin 2022

"Voyage au bout de l'enfance" de Rachid Benzine

Voyage au bout de l'enfance de Rachid Benzine

voyage au bout de l'enfance

Résumé :

« Trois mois. D’après maman, ça fait précisément trois mois aujourd’hui qu’on est enterrés dans ce fichu camp. Et ça fait presque quatre ans que j’ai quitté l’école Jacques-Prévert de Sarcelles. » R. B.
Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie.
Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Mon avis :

Ce livre trace l’histoire d’un petit garçon contraint de quitter son monde en paix, parce que ses parents ont décidé de faire le djihad. L’auteur Rachid Benzine, va pour se faire, employer tout ce qui peut être utile pour faire vibrer la corde sensible chez le lecteur qui aurait laissé ses neurones de côté. Poésie, mort, guerre, foot, rêve, l’innocence de l’enfance, etc., tous les lieux communs sont là pour prendre le lecteur pour un con. Car en effet, de mémoire, je crois que je n’ai jamais lu un livre qui cherche à décrire une réalité de manière aussi peu réelle. Je m’explique.

Pour commencer, faut dire que ce petit garçon de huit ans qui semble rester imperméable à l’idéologie islamiste de ses parents, c’est difficile à croire. En effet, un enfant possède pour premier modèle la cellule familiale, et comme dans le sketch des Inconnus Les gosses, nous savons tous qu’un enfant répète ce qu’il entend à la maison et que cela forge son opinion du moment voire du futur. Donc le meilleur ami juif (évidemment) on oublie ! La chose est belle, mais la chose est irréaliste… surtout quand on possède pour parents des musulmans rigoristes. Même si ces derniers font, parait-il, semblant pour ne pas se faire repérer. (Sans grande efficacité visiblement, puisque les grands-parents du petit garçon tentent d’empêcher leur départ en Syrie. Comme quoi ils se sont déjà pas mal trahis sur beaucoup de points…)
De plus, comment croire qu’un enfant reste imperméable à ce qu’il entoure comme ce petit garçon, quand dans la réalité, les témoignages d’instituteurs et institutrices sur le comportement problématique des jeunes élèves musulmans ne manquent pas ?
Enfin, soulignons encore un exploit, ce petit garçon semble également bien lutter contre l’idéologie islamiste prônée au sein du califat, notamment dans leur école. A part peut-être un petit passage où il traite sa mère de mécréante qui met ma thèse à mal et montre donc la contamination islamiste dans son jeune cerveau, l’idéologie islamiste semble lui passer au-dessus de la tête. Ce qui est bizarre, on ne va pas se mentir.

Après le petit garçon qui se nomme Fabien et que l’on renomme Farid, parlons des parents qui semblent encore plus irréalistes que leur rejeton. Oui. Quand tu vois que les parents partis faire le djihad en Syrie, disent à leur fils que tuer des gens ce n’est pas bien et qu’il vaut mieux l’éviter, en tant que lecteur tu as du mal à avaler la couleuvre. C’est connu les groupes djihadistes sont réputés pour leur magnanimité… De là à nous faire croire qu’ils ne savaient pas à quoi s’attendre en allant en Syrie, il y a un pas que l’auteur n’hésite pas à franchir. Oui, Rachid Benzine va tenter de nous faire croire que les parents ne savaient pas ce qu’était le djihad ! (WTF ?!) Et le plus drôle c’est la femme (décidément Eve est partout) qui a poussé le mari à franchir le pas du départ. Elles sont écoutées ces « femmes » ? (Moi j’aime bien appeler ces sacs poubelles « des choses », mais bon.)

Et en parlant de femme, car le père et mari meurt dans le bouquin. Je dois avouer que le rôle passif que la mère de Fabien tient dans ce livre me dérange quelque peu. Ici, elle n’est apparemment qu’un bout de viande que l’on marie. Or, les femmes de djihadistes savent fabriquer des ceintures explosives, elles sont également souvent fières de pouvoir envoyer leurs enfants jouer les bombes humaines et savent aussi très bien réduire en esclavage ou maltraiter d’autres peuples. Alors que l’on ne me fasse pas croire, qu’une personne fortement endoctrinée comme cette fille et écervelée de surcroît, a gardé un peu de bon sens en refusant tout cela et ne reste qu’un bout de viande à marier à la maison.  C’est vrai que ce silence autour de la mère, est inquiétant de la part de l’auteur. Que cache-t-il sur cette femme ? Et sur la vie à la maison ?
A la fin, elle semble regretter son petit confort, sa vie d’avant voire ses positions, mais de là à en faire une personne qui rejette le djihad et l’islam rigoriste ou dit modéré, non je n’adhère pas.

Bref. Ce livre truffé d’incohérence a pour mission d’attendrir l’opinion française sur le sort des enfants dont les parents sont djihadistes, voire d’attendrir sur le sort des parents. Ceci, afin d’en faciliter le retour. Avec moi la mission de ce bouquin est ratée. Tant pis la mort, la maladie, les conditions d’habitation, les parents qui ont rejeté leur pays d’origine et massacrés des innocents - qu’ils soient français, britanniques ou autre -, ne doivent pas pouvoir revenir dans un pays qui fut chez eux. Pourrir dans le désert, me semble être un moindre mal, pour le mal qu’ils ont fait.
Quant aux enfants, quoi qu’en dise l’auteur et même si la situation est dramatique, ce sont des bombes à retardement et déjà à l’âge de huit ans. Ce petit garçon hermétique à toutes influences intégristes n’existe pas en réalité. Passé un âge, ces enfants ne sont plus des innocents et à huit ans déjà depuis quelques temps… (Et la déradicalisation, c’est comme les camps communistes de rééducation, ça ne fonctionne pas.)
Enfin voyons aussi la question du retour dans des pays où le collaborationnisme islamiste est décomplexé et a pignon sur rue, et ou les lâchetés politiques et autres clientélismes ont fait déjà tant de dégât. Qui peut croire à la sécurité, à notre sécurité, devant tant de lâcheté et de parti pris si retour il y a ?

En résumé, c'est un livre qui soulève une problématique mais pas de manière fiable.

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29 mai 2022

"Deux grains de sucre, un soupçon de secret" de Brigite Piedfert

Deux grains de sucre, un soupçon de secret de Brigite Piedfert

Deux grains de sucre un soupçon de secret

Résumé :

Rouen, 1632. Simon del Prado, jeune maître confiseur, est choisi par les édiles de la ville pour composer la création sucrée qui sera offerte au roi Louis XIII à l’occasion de sa visite prochaine en Normandie. Cette consécration ne manque pas d’exciter la jalousie d’Adrien de Mèchefeux, négociant influent, qui voit d’un mauvais oeil l’amitié que porte à Simon le premier échevin, dont il convoite la fille, Adeline.
Simon n’a pas le temps de fêter son succès qu’il découvre que la  cargaison de sucre en provenance du Nouveau Monde sur laquelle il comptait a été  mystérieusement saccagée à son arrivée au port.
Pour pouvoir exécuter sa commande, il lui faut s’approvisionner chez son ancien maître d’apprentissage, Salvador, un juif converti ayant fui les persécutions en Espagne, et qu’une cabale a relégué loin de Rouen.

Démarche funeste, car elle va précipiter Simon, lui-même un converso, dans les griffes de l’Inquisition…

Mon avis :

Simon maître sucrier de talent à Rouen doit préparer pour la venue du roi Louis XIII un chariot sucré. Belle consécration pour ce jeune maître dans l’art de manier le sucre. Pour autant, cette nomination ne plaît bien évidemment pas à tout le monde, quelques concurrents voient en effet d’un mauvais œil cet espagnol qui prend la place des plus vieilles familles pour un évènement d’une telle importance. La vie de notre maître sucrier qui semblait alors devoir prendre de la hauteur, paraît soudainement plonger dans des profondeurs noires.
Le passé judaïque de sa famille et victime de l’inquisition espagnole refait surface, des cargaisons de sucre sabotées, l’apprenti Côme qui meurt dans des circonstances étranges, rien ne semble plus aller pour Simon qui voit se dresser devant lui obstacles sur obstacles. Ce dernier sait que rien de cela n’est naturel et il n’ignore rien de son ennemi issu d’une grande famille normande, le retors Mèchefeu. Mais ne pouvant rien prouver, il ne peut que serrer les dents et se défendre comme il peut quand le danger est là. Et nous, lecteurs, on ne peut suivre que les déboires de ce pauvre et sympathique Simon… Ce qui est rageant !

Je vais être honnête, moi qui n’attendais pas grand-chose de cette lecture, j’ai trouvé ce livre plutôt excellent. Certes, ce dernier est sans prétention et n’a rien d’inoubliable, mais pour autant je dois dire qu’il réunit tous les ingrédients d’un bon roman noir. Meurtre, jalousie, sabordage, intimidation, inquisition, rien ne manque pour faire passer au lecteur un bon moment de lecture et lui faire sentir le danger de la situation. Surtout que c’est plutôt bien manier, les pages tournent en effet très vites même si l'écriture n'est pas exceptionnelle.
Cependant, même si j'ai aimé cette lecture, j'avoue que je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre, si ce n’est de ne pas vous arrêter sur le nom que porte cette collection de chez
Calmann Lévy. « Territoires » peut en faire fuir quelques-uns parce que ça sonne comme terroir (ça a failli avec moi), mais j’avoue que ça aurait été dommage de passer à côté pour ça. Des romans qui se passent dans des coins perdus de France, peuvent finalement nous surprendre et être agréables. :)

En résumé, ce livre qui réunit ambiance sombre et danger, offre aux lecteurs deux petites heures de tension plaisantes.

 

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16 mai 2022

"Mythos" de Stephen Fry

Mythos de Stephen Fry

mythos stephen fry

Résumé :

Saviez-vous que le fils d’Apollon a failli brûler la terre en jouant avec le char solaire de son divin père ? Que Psyché est entourée de deux vilaines belles-sœurs prêtes à tout pour ruiner son histoire d’amour avec Éros ? Ou que Sisyphe a passé les menottes à la Mort en personne ? La mythologie grecque racontée par le facétieux Stephen Fry est un délice. D’un ton décalé et piquant, mais toujours avec la rigueur et l’infinie tendresse qui le caractérisent, l’artiste anglais aux multiples talents capture ces mythes extraordinaires dont la modernité vous frappe à chaque page.

Mon avis :

Le ton de l’auteur pour rentrer le lecteur dans le monde mythologique, est au premier abord surprenant. De l’humour et un peu de philosophie, on s’attendait à tout sauf à cela. Mais le fait est que ça fonctionne. Une fois la surprise passée, nous plongeons avec délectation dans le monde la mythologie grecque. Bataille, vengeance, colère, métamorphose, amour, jalousie et j’en oublie, deviendront le temps de quelques 400 pages vos compagnons de route. Les dieux et autres créatures fantastiques ne se conduisant pas mieux que les mortels…

Embrassant un large panel de la mythologie grecque, Stephen Fry va dans bien des méandres mythologiques allant des histoires les plus connues au moins célèbres, le lecteur le moins avisé mais curieux prendra beaucoup de plaisir à découvrir ou redécouvrir ces histoires. Par contre, pour celui qui a déjà lu pléthore de livre dessus, il n’y aura hélas pas beaucoup de nouveauté, bien que le ton de l’auteur soit plaisant et les petites histoires dans l’histoire également. Ces dernières  étant d’ailleurs ce que l’on connaît peut-être le moins, par exemple peu de personne se souviennent qu’Atropos donnera son nom à l’atropine une substance toxique à forte dose que l’on trouve dans la belladone. Et des exemples de ce genre, il y en a beaucoup dans le livre, en bas de page ou non ; et pour celui qui connaît déjà les grandes histoires d’Athéna, de Zeus et sa libido, d’Héra et sa jalousie légendaire et j’en passe, ces petites précisions sur les plantes, les animaux, les insectes ou encore la nuance des dieux, satisfera absolument tous les lecteurs. Néophytes ou non. (Merci l’auteur !)

Au-delà de ces points, saluons l’auteur qui fait également en plus de l’étymologie, des rappels culturel s’étendant à tous les arts et sciences connus. Montrant à quel point la mythologie grecque nous entoure et nous berce toujours autant aujourd’hui. Si jamais vous doutez encore de l’influence énorme qu’eut le monde grec en Europe après ça, on ne peut plus rien pour vous… C’est de la mauvaise foi. En parlant de foi, il est même amusant de voir que certains mythes font écho à la Bible.

En résumé, même si vous connaissez grandement la mythologie grecque vous prendrez comme-moi beaucoup de plaisir à lire ce livre pour le langage et les anecdotes. Si vous n’y connaissez rien ou presque, après lecture vous en connaitrez un rayon ! Un livre à lire.

 

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21 mars 2022

"Le sabbat des sorcières" de Carlo Ginzburg

Le sabbat des sorcières de Carlo Ginzburg

Le sabbat des sorcières par Ginzburg

Résumé :

Du XIVe au XVIIe siècle, dans toute l'Europe, des femmes et des hommes accusés de sorcellerie ont raconté s'être rendus au sabbat : là, de nuit, en présence du diable, on se livrait à des festins, à des orgies, à l'anthropophagie, à la profanation des rites chrétiens.
D'où vient le sabbat ? Les accusés se sont-ils laissé extorquer, souvent sous la torture, le récit que leurs juges attendaient d'eux ? Selon Carlo Ginzburg, pas toujours. Dans quelques cas, l'écart entre les questions des juges et les réponses des accusés laisse affleurer des éléments liés à une couche plus profonde. Partant de ces anomalies, appuyé sur un immense matériel documentaire, il a entrepris de retrouver et de recomposer les pièces dispersées de cette histoire nocturne.
L'enquête conjugue plusieurs approches auxquelles correspondent autant d'hypothèses : une approche historique qui, des lépreux aux juifs, aux hérétiques et aux sorciers, dessine à la fin du Moyen Âge la place du complot ourdi en son sein par les ennemis de la chrétienté ; une approche morphologique, qui rassemble les éléments disjoints d'une très ancienne culture à fond chamanique, largement attestée dans le monde eurasiatique ; une dernière hypothèse, plus ambitieuse encore, lie l'identification de formes générales de l'expérience essentielle de la mort et de l'au-delà et les structures élémentaires du récit.
Un programme immense, mais aussi une rigoureuse leçon de méthode qui veut, à chaque moment, rappeler les exigences, les limites et les possibilités du métier d'historien.

Mon avis :

Depuis tant d'année que je suis sur Babelio, c'est bien la première fois que je n'arrive pas à finir un livre reçu en Masse critique. J'adore les livres d'histoire et je trouve toujours un intérêt à lire un livre qui parle d'histoire, mais là ma patience comme mon intérêt ont trouvé leur limite.

L'idée de départ, qui cherche à trouver l'origine des idées et des images qui ont circulé sur les sorcières est fort intéressante, c'est pour cela que je l'ai choisi. En remontant dans les mythes et les légendes de part le monde (ou presque), l'auteur voulait nous montrer la continuation des idées qui s'est abattue sur les sorcières. Attester que l'idée du sabbat n'est pas sortie ex-nihilo du moyen-âge. Il voulait aussi nous montrer, comment les événements comme le complot des lépreux et des juifs par exemple, aidèrent également à cette chasse au sorcière et appuyèrent encore un peu plus l'idée des comportements hérétiques. Mais si l'idée est sympa, faut dire que l'approche du sujet est un enfer.
C'est simple, je n'ai presque rien retenu de ce que j'ai lu. Il y a beaucoup trop de digression, trop de direction dans lesquelles l'auteur part, qui fait que ce livre est compliqué à suivre.

Je ne critiquerai pas le travail de l'historien. Il a refait l'historiographie de la question en introduction, il n'a pas hésité non plus à dire que son approche peut rencontrer des limites comme dans le chapitre « anomalies ». Mais c'est un fait, bien que publié chez Folio ce livre n'a pas pour vocation à être lu par tout le monde, seul un historien de BAC+8 et insomniaque qui a du temps à perdre avec cette question, pourra y trouver un intérêt. (Et je lui souhaite d'avance du courage.)

En résumé, la question est intéressante mais l'approche est à revoir. Un peu d'ordre dans les idées serait la bienvenue.

 

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14 février 2022

"L'abolition des privilèges" de Bertrand Guillot

L'abolition des privilèges de Bertrand Guillot

Source: Externe

Résumé :

C’est un État en déficit chronique, où les plus riches échappent à l’impôt. Un régime à bout de souffle. Un peuple à bout de nerfs, qui réclame justice et ne voit rien venir. Un pays riche mais bloqué, en proie aux caprices d’un climat déréglé. Telle est la France à l’été 1789. Jusqu’à ce qu’en une nuit, à Versailles, tout bascule. C’est la Nuit du 4 août.

Mon avis :

La couverture ne paye pas de mine, la petite maison d’édition n’est pas des plus engageante non plus, et pourtant voilà une des plus belles pépites 2022 que j’ai lu et que je serai probablement amener à lire. Bertrand Guillot signant ici un roman historique et documentaire des plus complets, et des plus agréables à lire par son érudition et surtout son humour finement ciselé.

Il est question dans ce livre de la nuit du 4 août 1789 qui vit l’abolition des privilèges en France. Dans les livres d’histoire elle ne fait généralement guère couler d’encre et les évènements sont condensés justement en cette unique date, faisant in fine oublier les acteurs, les débats, les oppositions, le temps et même tout le reste - on a dû se dire que ça ne devait pas passionner grand monde. Mais avec Bertrand Guillot, ses noms que l’Histoire n’a pas retenu vont ressortir des limbes, parce qu’ils ont été spectateurs de l’Histoire et de ses heures perdues ou longues.

Ce positionnement a un véritable but narratif. En effet, s’attarder sur ces gens et avec ces gens qui pensaient revenir vite chez-eux pour certains et prenez en prime à cœur leur tâche, sert avant tout à montrer aux lecteurs la difficulté de l’accord, le désespoir qui peut saisir les acteurs de l’évènement face à la lenteur, mais aussi à lui donner la possibilité d’être spectateur de ce temps où l’Histoire avance plus ou moins lentement pour finir en festival. Car que ça soit côté scène ou côté tribune, et je ne parle même pas des loges, du spectacle et des coups de théâtres il va y en avoir ! Toi lecteur qui lit ceci, prends du pop-corn en ouvrant ce livre, car après tant de siècle de distance tu vas assister à un véritable sketch. Certes, la plume de l’auteur n’y est pas pour rien dans cette impression divinement drôle qu’est l’évènement du 4 août et qui se dégage de ces pages, mais quand de surcroît tu vois des nobles ou des membres du clergé renoncer à des privilèges qu’ils n’ont pas, faut dire que ça ne manque pas de piquant aux yeux du lecteur. Tout comme quand tu découvres les paroles échangées entre députés et qui cachent mal un égo blessé, ou encore quand tu saisis la surenchère que chacun apporte par ses idées et ses refus, promettant après ce moment d’euphorie une belle gueule de bois à l’arrivée.

Vous l’avez sans doute compris, ce livre qui manie l’histoire et l’humour nous raconte la longue histoire de l’abolition des privilèges qui ne s’est donc pas faite en une nuit, et peut-être même un peu par hasard. Il nous fait découvrir également ces personnages qui ont raconté et participé à cet épisode, et qui assis sur des bancs durs comme de la pierre ont trouvé le temps long ou ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire.

Mais croire que ce livre ne s’arrête que sur ces débats ou ces refus de débats - si certains sont prompts à abandonner leurs privilèges ou ceux du voisin, d’autres au contraire s’y accrochent -, c’est une erreur. En effet, ce bouquin va au-delà en s’attardant sur le climat du royaume, météo certes pourrie, mais je parlais surtout de celle du peuple. C’est-à-dire, de ce peuple qui a écrit des cahiers de doléance où dedans il existe encore un respect pour le roi (la fin de la monarchie ce n’était pas leur priorité), et qui demande entre autres choses l’impôt pour tous ou encore l’abolition de certaines taxes, mais sûrement pas la fin des privilèges. Certaines régions françaises possédant des privilèges sur lesquelles même le bas-peuple ne serait pas prêt de s’asseoir…
De cette immense foire revendicatrice, l’auteur va également s’en éloigner pour aborder dans le même temps l’esprit du royaume encore une fois incarné par la foule. Au bord de l’explosion et paniquée, comme l’indique la grande peur de l’été 1789, la Journée des Tuiles à Grenoble en 1788, ou encore la peur de la famine qui hantait les esprits du royaume étant donné que le blé manquait et qu’il était source de spéculation(s). Ainsi nous voyons donc et pour ceux qui l’avait oublié, que la prise de la bastille, que la réduction du pouvoir royal… ne résolurent pas les problèmes immédiats du peuple qui n’en a pas grand-chose à foutre d’une constitution, ou des virgules et des adjectifs d’un texte de loi (parce que oui, on est déjà chiant comme ça à l’époque). Ce que Louis XVI ne manquera pas de souligner. (Louis XVI est un personnage très contrasté.)

Mais si ce livre est un roman/récit sur un épisode de la Révolution Française dont certains parallèles avec l’actualité aident à mieux en comprendre l’enjeu et la profondeur, ces pages portent également un regard sur notre France actuelle. Oui les privilèges n’ont pas disparu le 4 août car à chaque régime ses privilèges, sans oublier ceux qui luttent avec véhémence pour en réclamer des nouveaux comme l’interdiction du droit au blasphème par exemple. Enfin en filigrane, il dénonce cette bureaucratie française - déjà ancienne - qui enlise dans des débats stériles le pays par ses pinailleries et sa rigidité - pas encore cadavérique mais pas loin. Mais le plus important à mes yeux, c’est qu’il met en évidence à quel point cette nuit du 4 août et les évènements qui l’ont concrétisée, ont reforgé le territoire du royaume de France en une nation une et indivisible. Tout cela est encore balbutiant, évidemment, mais il faut un début à tout.

En conclusion, c’était une lecture intelligente, bien écrite et salvatrice, et je n’ai pas parlé de tout ce que je voulais parler. Ce livre embrasse tellement l’horizon révolutionnaire qu’il en est vaste.

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06 février 2022

"Le dernier sommeil selon Caravage" de Alain le Ninèze

Le dernier sommeil selon Caravage de Alain le Ninèze

Source: Externe

Résumé :

Mêlant récit romanesque et enquête historique, un auteur raconte l'histoire d'un tableau célèbre.

Lorsqu'il peint La Mort de la Vierge en 1606, Caravage est déjà un artiste célèbre à Rome. Mais son tableau déclenche un énorme scandale. Les religieux du couvent qui le lui ont commandé refusent de l'accrocher dans leur église : en lieu et place d'une Vierge montant au ciel dans la gloire de l'Assomption, le peintre a représenté le cadavre d'une femme. Et le modèle qu'il a pris est le corps d'une prostituée retrouvée noyée dans le Tibre...
Caravage, alors âgé de trente-six ans, est à un tournant de sa vie. Les circonstances vont l'entraîner dans un maelström qui fera de ses quatre dernières années une véritable descente aux enfers.

Mon avis :

J’avais vaguement en cours d’histoire d’art vu des informations sur cette œuvre de Caravage. Je savais que l’Eglise avait refusé ce tableau ne répondant pas à ses canons, l’humanité et la vulgarité mortelle de la Vierge étant trop présentes à son goût. Je me souviens dans le cours, qu’il y avait vaguement été question de ce vide que masque cette grande tenture rouge. Et c’est déjà pas mal.

Mais grâce à Alain de Ninèze, qui est - faut bien le dire - très bien renseigné sur le peintre, la profondeur de l’œuvre comme de l’artiste m’est apparue dans toute sa complexité et sensibilité ; me laissant entrevoir ainsi le lien et la blessure qui unissent l’œuvre au peintre. Du moins si on part du principe que Riccardo Bassani et Fiora Bellini racontent la vérité sur Anna Bianchini en modèle de la Vierge. Car en effet, il semblerait selon ces historiens d’art, que le modèle qui servit pour la représentation de la Sainte Vierge était une prostituée avec qui Caravage a entretenu des liens forts.

Néanmoins, si on découvre dans ces pages la genèse de ce tableau, si on voit dans ces pages un peintre qui peint vite (ça change de Léonard de Vinci !), qui aime à choisir ses modèles dans la rue, un peintre moins imbu de lui-même qu’un Michel-Ange Buonarroti, un peintre avec ses problèmes (et pas des petits !) et son entourage. J’ai pour ma part apprécié davantage le portrait psychologique que l’auteur a dépeint de Caravage grâce à des lettres d’époque. Donnant ainsi, et même si c’est discutable, un fond d’authenticité à ce livre. Certes, le coup du peintre ou de l’artiste torturé, sombre, bourru, qui souffre de la pauvreté ou du quand dira-t-on, et qui  connaît mille problèmes avec la loi, c’est à défaut d’être éculé déjà bien connu. Mais le fait est que c’est bien la vie de Caravage, donc on ne peut pas en vouloir à l’auteur de ne pas faire dans l’originalité, surtout que l’écriture ne rattrape même pas ce point. Cependant, il faut bien admettre que sans cela le livre serait passé à côté de l’œuvre et de l’artiste avec un coeur qui bat. L’auteur ne partageant de surcroît que le minimum, laissant au portrait de l’artiste ce que l’histoire a de silence.

Outre Caravage, soulignons aussi la grande érudition d’Alain le Ninèze qui nous partage son savoir par des petites notes en bas de page mais aussi par le décor et les informations glissaient çà et là dans les paragraphes. Finalement on en apprend autant sur Caravage que sur Rome en ce temps.

En résumé, c'était un livre court à l'écriture pas si fantastique, mais pour tout ce que l'on découvre il vaut la peine d'être lu.

Editions Atelier Henry Dougier.

31 janvier 2022

"L'année de Plantu 2021 : Les années fioles" de Plantu

L'année de Plantu 2021 : Les années fioles de Plantu

L'année de Plantu 2021 Les années fioles de Plantu

Résumé :

L'année 2021, encore placée sous le signe de la pandémie, a malheureusement ressemblé à 2020 : confinement, déconfinement, soignants mobilisés, services de réanimation engorgés...
Malgré tout, l'espoir revient avec la campagne de vaccination ! 
Et si le coronavirus a encore et toujours éclipsé le reste de l'actualité, Plantu n'a pas oublié les autres grands sujets comme l'élection de Biden aux États-Unis, la politique internationale, le dérèglement climatique et son lot de catastrophes naturelles, les Régionales mais également l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty.
Malgré son départ du Monde en mars dernier après cinquante années passées à produire un dessin quotidien, Plantu continue à vivre, à penser l'actualité et à la traduire avec ses dessins acérés, dérangeants et, finalement, bienveillants.

Mon avis :

Je connais vaguement Plantu mais l'actualité par chance un peu plus, même si la COVID a éclipsé beaucoup d'autres sujets. Et ça fait plaisir de voir que d'autres ne l'ont pas oublié, même si tous les sujets abordés ici ne méritent pas l'intérêt que l'on pourrait leur porter. C'est juste l'époque qui veut que l'on s'engage pour tout et n'importe quoi, comme les ouïgours en Chine par exemple et Plantu suit la tendance. Ce qui est un peu dommage pour un dessinateur de sa trempe, faire croire que certains problèmes sont des problèmes de la France et des français faut pas déconner. (Qu'est-ce que l'on va s'embêter avec ça et en faire un "combat" à mener, alors que l'on a plus urgent ici et que dans le fond tout le monde s'en fout de ces gens ?)

Au-delà de certains sujets qui sont sans importance et où je pense que l'auteur aurait dû mettre son talent ailleurs. Je dois quand même souligner que les dessins parlent souvent mieux qu'un long article, avec l'humour et/ou l'effroi en plus. La moquerie, la réflexion sont présentes aussi.

En résumé, c'était un bon rappel de l'année 2021 (la piqûre en moins) mais ne connaissant pas les autres années je me garde d'en faire le comparatif avec les exemplaires passés.

 

Editions Calmann-Levy.

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24 janvier 2022

"Le Diable à Westease" de Vita Sackville-West

Le Diable à Westease de Vita Sackville-West

Le Diable à Westease de Vita Sackville-West

Résumé :

« Pourquoi avoir choisi Mr Gatacre comme victime ? Je suppose que vous n’avez rien à lui reprocher ?
– En partie parce qu’il était petit, frêle, facile à endormir… Et je ne tenais pas à ce qu’il souffre. »

Westease, adorable village de la campagne anglaise, préservé des horreurs d’une guerre encore toute fraîche, est bien tranquille… trop, peut-être ? Lorsque Roger Liddiard, jeune et brillant romancier, s’y arrête au volant de sa Jaguar, il en tombe amoureux et décide de s’y établir, non loin du Professeur, vieux gentleman solitaire, du peintre Wyldbore Ryan, et de Mary Gatacre, la fille du révérend. Voici que Mr Gatacre est assassiné, sans raison ni indice évidents… Liddiard brûle de résoudre l’énigme. Sans savoir à quel point sa propre responsabilité pourrait être engagée.

Mon avis :

Je ne sais pas si Le Diable à Westease tient la comparaison avec les romans d’Agatha Christie, ne connaissant qu’à peine les livres de cette dernière. Mais quoi qu’il en soit, on ne peut pas nier à l’auteure le talent de l’époque et tout à fait anglais, de faire une intrigue agréable avec trois fois rien et aucune action trépidante. En effet, point de pression, de chantage, de menace, dans ce roman policier tout va se jouer calmement entre les personnages ; Ici place aux ressentis, aux jugements de valeur, aux paroles échangées, etc., pour trouver qui a assassiné Mr. Gatacre le pasteur du village. Bon je ne vous cache pas qu’il y a un échange de main sans doute, mais ce n’est pas ce que vous imaginez là non plus…

Cela dit malgré ce calme, et même si parfois ce livre peut sembler un peu traîner en longueur avec la petite histoire d’amour, les dialogues qui font des grands détours, quelques longueurs, je dois dire que ce roman m’a été appréciable. Il est simple comme le décor et l’époque qui est son cadre, certes il n’est pas dans la profondeur mais pour ce genre de roman la profondeur n’est pas toujours nécessaire ni appréciable.

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture anglais même si ce n’est pas lecture du siècle.

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14 janvier 2022

"Le premier des chefs" de Marie-Pierre Rey

Sur Encre d'époque mon avis sur Le premier des chefs de Marie-Pierre Rey.

le premier des chefs livre Rey

Résumé :

L'histoire d’Antonin Carême est saisissante : à l’instar de Bonaparte, son idole, sorti de l’anonymat par la seule force de son intelligence, de son charisme et de son courage, le « roi des cuisiniers » a lui aussi connu une éblouissante trajectoire au XIXᵉ siècle.
Moins de quinze années séparent le jeune garçon analphabète et chétif, abandonné par un père trop pauvre pour le nourrir, du pâtissier en vogue, régalant le Tout-Paris de ses exquis croquembouches aux couleurs pastel et aux formes architecturales les plus extravagantes ; et moins de cinq ans auront suffi à transformer le pâtissier débutant en chef adulé des plus grandes cours d’Europe. La liste des personnalités qui firent appel à son talent parle d’elle-même : Talleyrand, Caroline Bonaparte et Joachim Murat, Napoléon, le tsar Alexandre Ier, le futur George IV, le baron et la baronne de Rothschild...
Puisant dans des archives inédites, cet essai retrace la vie trépidante de ce praticien de génie, tout en offrant un éclairage neuf sur l’essor de la gastronomie française et l’invention d’une véritable modernité culinaire.

 

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19 décembre 2021

"Miss Dior" de Justine Picardie

Sur Encre d'époque mon avis sur Miss Dior de Justine Picardie

Justine picardie Miss Dior

Résumé :

C’est en effectuant des recherches sur le célèbre couturier que la journaliste Justine Picardie découvre par hasard le passé héroïque de la sœur de ce dernier. Inspiratrice très chère au cœur de Christian Dior, elle a en effet rallié, dès 1940, les rangs de la Résistance au sein de l’un des premiers réseaux de France. Quatre ans durant, la jeune femme expérimentera la clandestinité, active dans la lutte contre l’occupant en Provence puis à Paris. Dénoncée, elle est arrêtée en 1944 puis transférée rue de la Pompe dans la tristement célèbre annexe parisienne de la Gestapo, véritable antichambre de l’enfer. Catherine Dior y sera longuement torturée avant d’être déportée à Ravensbrück avec tant d’autres prisonnières politiques. Durant ces mois d’absence, rongé d’inquiétude, son frère remuera ciel et terre pour la retrouver…
À travers la vie de « Miss Dior » – tel est le surnom donné à Catherine –, Justine Picardie retrace le destin des Françaises qui résistèrent au péril de leur vie. Dans un récit saisissant de réalisme, elle offre une plongée vertigineuse dans le milieu de la mode parisienne, tombé entre les mains de l’ennemi et fréquenté par le gratin de la Collaboration.
Une histoire vraie de courage et d’héroïsme.

Avec des photographies de Cecil Beaton, Margaret Bourke-White, Robert Doisneau, Willy Maywald et André Zucca.

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