Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

03 mars 2018

"Une confession" de Maxime Gorki

Une confession de Maxime Gorki

une confession

Résumé :

Ce court roman (1908), considéré par Gorki comme son oeuvre «la plus mûre», salué à sa sortie par un immense concert d'applaudissements - et de sarcasmes (Lénine condamnera sans appel son «mysticisme») -, traduit en français dès 1909 (mais de façon scandaleusement amputée), sera exclu des Oeuvres complètes de l'écrivain par la censure marxiste... et condamné, par le fait, à près d'un siècle d'oubli.
C'est donc un quasi inédit que l'on propose aujourd'hui aux lecteurs de langue française. Et un inédit de la meilleure eau...
Raconteur-né (comme Jack London à qui il fait souvent penser), Gorki empoigne dès les premières pages les rênes de sa troïka pour un galop picaresque de sa façon... et fouette, cocher!... Matveï, son héros - qui lui ressemble comme un frère -, fait ses classes sur la route avec les vagabonds, pratique tous les métiers, et finit par trouver la Voie - celle d'un christianisme social parfaitement hérétique - au fil de rencontres hautes en couleur.
La sainte Russie est vaste, et vaste aussi ce court roman qui contient la terre immense. Cette générosité-là, seuls les Russes de la grande espèce savent la pratiquer. Et peu importe, dès lors, qu'on adhère ou non aux idées de l'écrivain, aussi sympathiques qu'irréalistes. Il nous suffit d'aller avec lui sur ces chemins perdus semés d'embûches et de merveilles.

Mon avis :

C’est l’histoire d’un enfant pas gâté par la vie. Abandonné par sa famille à la naissance, recueillit plusieurs fois, la mort frappant, Matveï découvre la vie et commence à approcher Dieu.
C’est l’histoire d’un jeune homme qui s'éloigne de Dieu, qui se marie mais qui perd sa femme en couche et son premier fils.
Finalement c'est l'histoire d'un jeune homme qui s’en va sur les chemins pour apaiser son âme et trouver des réponses à ses questions.
Ici, commence l'histoire d’une quête.
Mais le plus important dans ce livre ce n’est pas la vie de cet homme, mais ses questionnements sur Dieu comme ses rencontres.

Du religieux qui honnit la femme à cause de sa propre faiblesse, du religieux qui accuse le diable derrière toutes questions déplacées et derrières toutes vérités, du religieux qui pense que la police est le bras armé du divin, de la femme qui affirme que dieu n’existe pas, du bas peuple qui répugne Matveï par son comportement… Ce livre est une succession de rencontres. Des rencontres qui vont être autant de chance que de portrait religieux intéressant à interroger pour notre vagabond – et oui dedans je mets aussi ce bas peuple qui n’a pas le temps de verser dans la philosophie biblique car vivre leur prend toutes leurs forces et la misère aussi. Même si Dieu n’est pas au centre de leur vie, on comprend leur place dans ce bouquin, car il est légitime pour notre personnage de s’interroger sur ce qui guide leur vie, leur âme, dans le contexte du livre où le protagoniste cherche désespérément l'âme fuyante de Dieu. D'ailleurs, est-ce que le fait que Dieu ne soit pas leur vie fait d’eux des êtres méprisables comme le pense au début Matveï ?

Peu importe ! Revenons-en à notre personnage.

Comme vous le voyez ce livre est une suite de rencontre et de portrait dans la religion ou la non-religion, et une chose en entraînant une autre on va forcément voir notre personnage évoluer. Et pour moi c’est cette évolution qui est intéressante, car on va finalement  le voir évoluer et quitter son monde céleste pour des êtres, des choses plus terre-à-terre, ce qui va le rendre moins pédant à la fin – oui il y a des passage où je l’ai trouvé très pédant vis-à-vis des autres – et donc plus agréable à suivre dans sa quête divine, dans sa quête d’absolu. En effet, il va devenir plus intéressant à suivre car en fonction de ce qu'il voit, vit et entend, il va deviner en Dieu un être qu’on cherche, un être silencieux, un être absent, un être imaginaire, un être qu’on est certain d’avoir trouvé et qui un jour n’est plus là.
En ça il est un peu le portrait de beaucoup de personne, voire de tout le monde, car je doute qu’une personne au monde ait vécu une vie entière sans s’interroger sur ces questions métaphysiques.

Bref ! Ce personnage est très intéressant à suivre dans sa quête, mais finalement ce qui est plus marquant pour moi dans ce livre, outre la fin où il abandonne un Dieu céleste pour une humanité divinisée, c’est son questionnement sur comment les hommes voient Dieu et comment ils l’utilisent. J’en ai vaguement approché le concept au début du billet, mais le personnage a des réflexions parfois étonnantes pour un croyant. Est-ce croire c’est être forcément un mouton ? Est-ce que croire justifie le mépris de la femme ? Est-ce que croire c’est une excuse pour ne pas voir la réalité ? Est-ce que la croyance est une fuite ? Est-ce que le Saint c’est vraiment le gars dans une église qui pratique le pêché et prie ou un paysan qui retourne son champ et vie dans l’alcool pour oublier son malheur ? Etc., etc.
Et moi ces questions c’est ce que je retiens avant tout de cette lecture, parce que finalement avec ces interrogations il a une approche réelle de la croyance, de son utilisation et aussi de l’impiété ; finalement qu’est-ce qui est mal ? Qu’est-ce qui est bon ? Et même et surtout a-t-on vraiment besoin d’un Dieu pour améliorer le sort de l’humanité ? Et si l’humanité c’était Dieu ? En plus d’une mémoire et d’une histoire.

En conclusion, je me rends compte que j’ai très mal abordé ce livre ici, je n’ai même pas abordé du silence imposé par le pouvoir ou encore de la lutte de conscience entre le désir intérieur et les gestes que nous sommes amenés à faire dans la vie, car la vie ne répond toujours pas aux principes de Dieu. J’avoue, c’est un livre tellement riche que j’en ai fait une approche imparfaite et même probablement fausse d’un point de vue professionnel en littérature. Mais qu’à cela ne tienne ! Car c’est ma façon de voir les choses, de les ressentir, et même si dans la forme le livre ressemble à un livre avec une histoire banale, dans le fond l’histoire en est une autre, et juste pour ce fond je conseille la lecture.

Merci Babelio et Libretto.

Quelques phrases :

"Saint est l'homme tant que les diables dorment"

"Je me rappelais l'union avec Dieu que j'éprouvais naguère dans mes prières : il était si bon de disparaître de sa propre mémoire, de cesser d'exister ! Mais dans cette fusion avec les hommes, je ne m'éloignais pas de moi, je semblais au contraire grandir, m'élever au-dessus de moi, et la force de mon esprit se trouvait multipliée. Là aussi, il y avait oubli de soi, cependant cet oubli ne m'anéantissait pas, il éteignait seulement mes pensées amères, et l'inquiétude d'être isolé"

Posté par Florell à 02:15 - Les classiques - Commentaires [0] - Permalien [#]
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