Flûte de Paon / Livre-sse livresque

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03 avril 2019

"Les mal-aimés" de Jean-Christophe Tixier

Les mal-aimés de Jean-Christophe Tixier

les mal-aimés Tixier

Résumé :

1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes et des adolescents décharnés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers.

Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie, des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent… Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « ce sont les enfants qui reviennent. » Comme si le bâtiment tant redouté continuait de hanter les mémoires.

Porté par une écriture hypnotique, le roman de Jean-Christophe Tixier, portrait implacable d’une communauté rongée par les non-dits, donne à voir plus qu’il ne raconte l’horreur des bagnes pour enfants qui furent autant de taches de honte dans l’Histoire du XXe siècle.

Mon avis :

Ils pensaient qu’étouffer les faits les feraient tomber dans l’oubli, et que ne pas déranger les morts éloignerait leur furie, les Erinyes. Une série d’évènement leur donnera tort. La vengeance divine, à moins que ça soit celle du diable, frappe et frappe fort. C’est le moment pour chacun de se débattre avec sa conscience…

Dans ce village des Cévennes la vie n’est pas facile tous les jours. Il faut panser les bêtes, rentrer le foin, réparer le toit, anticiper toutes mauvaises fortunes pour que demain ne soit pas pire qu’aujourd’hui. Quelques mains, surtout si ces mains ne sont pas coûteuses, ne sont dans ce contexte pas de refus… Dans les bagnes et l’assistance, les villageois vont alors se servir en échange de quelques piécettes.
Mais un jour, devant la maltraitance, le bagne ferme. Mais les petits démons sont toujours là. Surtout dans les consciences, où les langues se délient et s’accusent, cherchent des explications aux malheurs qui les frappent.  

Cette honte, cette peur, cette avarice, cette culpabilité, cette envie de sang, l’auteur a très bien su les retranscrire. Par petite touche, petit évènement, on voit que ça grignote les cœurs et les esprits, et que la population est prête à accuser n’importe qui, à faire n’importe quoi, pour taire leur peur et calmer les esprits, ou au contraire les échauffer.
En parallèle cependant, on découvre aussi que certains habitants voudraient bien ressusciter les démons et même le bagne, comme cette sainte âme qui chante la messe tous les dimanches. C’est qu’il y a beaucoup à y gagner...

Toutefois, l’auteur ne fait pas qu’aborder les êtres et les sentiments qui s'agitent autour de ces enfants. A travers cette histoire de bagne et d’enfant, c’est aussi une parcelle des mentalités de l’époque que Jean-Christophe Tixier aborde. A savoir la déchristianisation de la France à la veille de la loi de 1905 et qui est bien plus prononcée en ville que dans les campagnes, bien qu’elle ne soit pas absente de ces dernières étant donné que l’on craint davantage l’œuvre du Diable que celle de Dieu qui semble une entité plus lointaine et absente.
Sur ce sujet, j’ai adoré d’ailleurs les réflexions sur l’inexistence de Dieu du médecin qui représente la ville, et celles de l'ambitieux curé de campagne qui voit dans cette loi le malheur annoncé des êtres et du pays. Enfin, surtout la perte de son pouvoir sur les âmes si vites submergées et qui ont besoin d'un guide spirituel. L’auteur cherche-t-il à dénoncer l’ignorance et la peur si bien entretenues par les curés afin de mieux gouverner ? Je ne sais, mais tel est mon ressenti.

Quoi qu'il en soit, j'ai adoré les réflexions et les mentalités représentées dans ce bouquin si parlant avec des personnages si peu bavards. Outre cette description des caractères et les réflexions, j'ai apprécié aussi le fait que l'auteur aborde un sujet si peu abordé en littérature : les bagnes d'enfant. Toutefois, je n'en fais pas un coup de coeur malgré le fait que ça soit un livre que j'ai aimé lire. L'écriture ne m'a en effet, pas tant emballée que ça. Mais ça se lit très bien quand même.

Quant à vous messieurs, dames, si la cruauté du sujet vous inquiète et vous fait repousser l'envie de lire ce livre, n'ayez crainte ce n'est pas un roman difficile à lire. Notamment grâce au fait que l'auteur impose plus ou moins un voile de pudeur sur les sévisses. Rendant de ce fait la lecture moins appuyée sur la maltraitance.

Albin Michel.

 

Posté par Florell à 17:13 - Contemporain - Commentaires [0] - Permalien [#]
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