Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

28 février 2021

"L'envie : du ressentiment" de Matthieu Terence

L'envie : du ressentiment de Matthieu Terence

Du ressentiment : envie

Résumé :

“ L’envie est, avec l’orgueil, l’un des péchés du diable. En suivant la carrière du Mal à travers les siècles, on comprend que l’envie se soit muée en ressentiment.
Cet affect caractérise aujourd’hui l’ère d’uniformisation mondiale à laquelle la modernité donne lieu. Comme l’ont pressenti Nietzsche, Bernanos ou Robert Bresson, chacun envie désormais les autres pour ce qu’ils ont, pour ce qu’ils font ou même pour ce qu’ils sont. Et, paradoxe diabolique, c’est bien à cette condition ressentimentale que le monde suit sa course à l’indifférenciation. ”

Les sept péchés capitaux, ce n'est pas seulement de la théologie, c'est aussi de la littérature. Il fallait Mathieu Terence, l'auteur de L'autre vie, pour nous raconter les affres et les terreurs du désir de possession.

Mon avis :

Parmi les sept péchés capitaux, il en existe un qui se nomme l’envie dont le ressentiment est le moteur principale selon l’auteur.
Pour approcher ce péché capital, l’auteur va faire partir sa réflexion de la Bible pour en venir jusqu’à nos jours, car qui mieux que le diable est à l’origine de ce péché ? En commençant par la Bible et son diable, l’auteur va donc poser le tableau de ce qu’est l’envie. Comment se manifeste-t-il ? Et qu’en pensaient les saints et autres gens d’Eglise ? Pour Grégoire 1er , l’envie a « pour progéniture la haine, la discorde, la diffamation, la joie de voir autrui dans l’adversité, le chagrin de le voir prospérer. » p.35

Tout cela reste bien évidemment en surface, néanmoins cette approche historique et philosophique permet de voir l’évolution du diable dans les discours et même dans la société quand « le démon se retire des débats théologiques » pour « envahir l’art et les asiles ». p.21

Aujourd’hui, excepté quelques hurluberlus, plus personne ne croit au diable, mais lui et son envie ont-ils disparu pour autant ? Non, car le diable peux prendre différentes formes, et à entendre l’auteur l’une des pires formes est celle du ressentiment. Ce ressentiment qui naît de l’envie. L’envie à ne pas confondre avec la jalousie.
 « La jalousie est une possessivité, quand l’envie est une convoitise. On est jaloux de son bien ou de ce qu’on considère comme tel, comme l’avare l’est de son magot. Le jaloux vit dans la terreur de perdre, l’envieux est rongé par la rage de s’approprier ce qui lui paraît lui revenir et qui, par malchance ou par injustice bien sûr, est le propre d'un autre », & « L’envie n’est d’ailleurs pas proportionnelle à la valeur objective de la « chose » désirée. Descartes maintient qu’elle est une passion, « une espèce de tristesse mêlée de haine qui vient de ce qu’on voit arriver du bien à ceux qu’on pense en êtres indignes » ». p. 36

Une fois cela fait, toute sa réflexion dénoncera les excès de ressentiment, de ces groupes ou de ces personnes envieuses, qui ne pouvant posséder ce qu’ils pensent leur revenir de droit et sans effort, souhaite le malheur de celui qui a. Saboter les bases de la société pour que tout le monde vive en état d’échec permanent, serait l’idéal de l’envieux. L’envieux aime bien se présenter en victime, et ainsi justifier sa haine.

Tout cela est bien beau, mais au final dans notre société actuelle, où diable le diable se cache-t-il ? Dans l’argent, la société de consommation, le pouvoir, les belles idées politiques enfin de premier abord. Bref ! Il se cache de partout et fait adopter de nouveaux comportements. Mais le problème c’est qu’au nom de l’envie que l’on présente toujours comme normale dans nos sociétés, c'est qu'elles basculent souvent dans des excès idéologique ou comportemental comme le narcissisme. La réflexion va encore plus loin mais arrêtons-nous là.

En résumé, très intéressant tout cela, il y a matière à la réflexion, mais pour être honnête j’ai trouvé le propos de l’auteur parfois un peu confus, - à moins que ça soit ma fatigue qui en soit responsable ? -, j’admets en effet avoir eu parfois du mal à suivre le cheminement de ce dernier. De plus, j’ai eu quelquefois l’impression qu’il tenait des propos qui auraient demandé plus de nuance et d’explication. Et enfin et au final, je trouve que l’auteur s’est un peu éloigné de son sujet. Même si tout est bon à prendre pour base de réflexion.

Babelio et les Editions du Cerf.

Extraits :

"A la différence des six autres péchés, l'envie n'est liée à aucun plaisir, sinon celui que procure l'humiliation - encore est-ce un plaisir masochiste. Se méfier, se plaindre, se sentir victime d'injustice, blessé par l'avoir ou par l'être de l'Autre, sans espoir de trouver la paix sinon en agissant contre la personne qui nous semble jouir de ce qui nous revient de droit, autan de station discrète scandant le calvaire de l'envie, [...]". pp 29-30

"Celui qui n'est pas envieux fait des envieux. Une autre tactique consiste à se rabaisser, à s'enlaidir, à se plaindre. "Faire pitié plutôt qu'envie" est la nouvelle injonction de l'époque contemporaine." p.44

"Là où le dissolu peut prétexter la concupiscence, le lâche la pauvreté, le violent la colère, l'envieux n'a aucune excuse, sinon son impuissance à obtenir ce dont il conteste la jouissance à tel ou telle." p.38

"L'envieux de passif, peut devenir actif. Le dépit peut enfler son agressivité et le pousser à provoquer l'infortune, la faillite, l'échec, voire pire, de celui dont la réussite ou le bonheur l'offusque." p. 39

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10 février 2021

"Le château de mon père : Versailles ressuscité" de Collectif.

Le château de mon père : Versailles ressuscité de Collectif.

le château de mon père Versailles

Résumé :

Comment imaginer que voici 150 ans, il a fallu toute la détermination de Pierre de Nohlac pour sortir de l'oubli le Château de Versailles ?

Comme toute sa famille, Henri mène une vie de château... Et pas dans n'importe lequel ! Au château de Versailles où son père travaille. Mais grandir dans un palais ne rend pas la vie forcément plus belle, surtout lorsque votre père a décidé de dédier la sienne à cet édifice.

En 1887, Pierre de Nolhac est nommé attaché au Château de Versailles afin de veiller sur ses collections, derniers trésors d'une royauté désormais abolie. Le jeune homme a de l'ambition : rapidement promu conservateur, il veut que le palais du Roi-Soleil retrouve une place de choix dans le coeur des politiciens, des artistes, des Français tout simplement. Il mettra toute son énergie pour redonner au lieu ses lettres de noblesse... Mais à quel prix pour sa vie personnelle et celle de ses proches ?

Son fils Henri nous conte sa vie de famille et de château, un récit mêlant joies et drames, petite et grande histoire...

Mon avis:

Versailles château royal ! Il se dit que ce château fut construit par Louis XIV sur la base d’un pavillon de chasse que Louis XIII affectionné. Il se dit aussi que Colbert n’appréciait pas cette dépense et cette idée, pour lui, seul Le Louvre était le véritable château des rois. Qu’à cela ne tienne ! Louis XIV veut son château qui marquera le monde. C’est chose faite. En 1682 Louis XIV y emménage avec sa cour.

Des empires, une restauration, des monarchies, des révolutions, des républiques, plus tard, Versailles n’est plus que l’ombre de son soleil. Trop royal pour la Troisième République, le château est plus un embarra qu’autre chose, surtout quand une impératrice allemande désire le voir.

Cela étant, un maigre budget est alloué pour ce vieux musée qui n’intéresse plus personne, et Pierre de Nolhac vient d’être nommé conservateur sous la direction de Gosselin qui lui fait bien comprendre que ce château n’a d’intérêt que pour écrire dessus mais non travailler dessus. Toutefois, suite à une conversation Pierre de Nolhac change d’avis, et ce dit que conserver et restaurer ce château est tout aussi important. Ça sera la mission de sa vie, une mission qui lui fera oublier un peu sa famille… Nous suivons donc ici sa vie, son œuvre, son combat pour la survie de ce château.

Père médiocre, homme d’un autre temps, ne jugeons cependant pas cet homme à l’aulne de ses relations familiales - sommes toutes classiques pour l’époque -, mais plutôt sur son combat contre une République un peu trop négligente avec ses rois. Car en effet, Pierre Nolhac, c’est ce passionné qui fera tout pour réveiller l’intérêt de ce château, et de débrouille en aide providentielle il y arrivera.
Mais comme cette histoire s’étale sur le temps long forcément l’histoire de la résurrection ne se fait pas sans accro. En effet, entre les ouvriers profanateurs et les évènements mondiaux comme la Première Guerre mondiale ce château connaîtra des ralentissements dans sa régénération, parfois même d’autres fonctions.

Vous l’avez compris cette BD c’est l’histoire d’un château qui renaît et d’un homme, mais c’est aussi bien plus que cela. Effectivement, ces pages sont aussi un coup de projecteur sur l’époque où nous voyons renaître de ses cendres le Paris de la belle époque. Ce Paris qui attire les talents artistiques, les esprits les plus audacieux, les femmes les plus élégantes, les grands de ce monde. Ce Paris bouillonnant, dont le nom fait encore rêver. Les auteurs nous ont vraiment plongés dans tout un contexte qui nous aide au final à mieux appréhender l’histoire du château. L’immersion est totale.

Avant de finir un petit mot sur les dessins. Pour être franche la BD n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement, surtout si cette dernière est en noir et blanc. Toutefois, si je ne suis pas tombé en pâmoison devant les dessins (que je trouvais parfois un peu grossiers), je dois néanmoins avouer que la retranscription de la décrépitude du château ou le faste de certaines scènes était à la mesure du sujet. Les fissures que l’on n’a pas manqué de dessiner sur les murs, les papiers qui traînent parterre comme dans une vulgaire halle aux poissons, en passant par les marques d’un poulet fumant ou encore d’un voile nuageux en blanc volant, il faut bien admettre que le travail pour plonger le lecteur dans une époque, une sensation, un instant, a fonctionné efficacement.

En résumé c’était une lecture intéressante qui remplit bien son job, juste dommage de l’avoir reçu abîmée.

Merci à Lecteurs.com, La Boîte à bulle, le Château de Versailles.

Posté par Florell à 09:00 - BD / Manga - Commentaires [0] - Permalien [#]
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