Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

25 février 2016

Petite poésie, ça faisait longtemps

 

Petite poésie, d'une auteure que j'adore depuis que je suis ado, Marceline Desbordes-Valmore.

 

J'avais froid

Je l'ai rêvé ? c'eût été beau
De s'appeler ta bien-aimée ;
D'entrer sous ton aile enflammée,
Où l'on monte par le tombeau :
Il résume une vie entière,
Ce rêve lu dans un regard :
Je sais pourtant que ta paupière
En troubla mes jours par hasard.

Non, tu ne cherchais pas mes yeux
Quand tu leur appris la tendresse ;
Ton coeur s'essayait sans ivresse,
Il avait froid, sevré des cieux :
Seule aussi dans ma paix profonde,
Vois-tu ? j'avais froid comme toi,
Et ta vie, en s'ouvrant au monde,
Laissa tomber du feu sur moi.

Je t'aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu'on me défend.
Couvre de larmes et de cendre,
Tout le ciel de mon avenir :
Tu m'élevas, fais-moi descendre ;
Dieu n'ôte pas le souvenir !

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20 janvier 2013

Poésie "La petite marchande de fleurs"

 

Y'a longtemps que je n'ai pas mis de poésie, en voilà une que j'ai trouvé fort jolie, mais hélas bien triste...

 

fée dodo

La petite marchande de fleurs

Elle nous proposa ses fleurs d'une voix douce,
Et souriant avec ce sourire qui tousse.
Et c'était monstrueux, cette enfant de sept ans
Qui mourait de l'hiver en offrant le printemps.
Ses pauvres petits doigts étaient pleins d'engelures.
Moi je sentais le fin parfum de tes fourrures,
Je voyais ton cou rose et blanc sous la fanchon,
Et je touchais ta main chaude dans ton manchon.
Nous fîmes notre offrande, amie, et nous passâmes ;
Mais la gaîté s'était envolée, et nos âmes
Gardèrent jusqu'au soir un souvenir amer.

Mignonne, nous ferons l'aumône cet hiver.

 

François Coppée (1842-1908)

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09 mars 2012

Poésie de François Cheng

Bonjour les gens,

Comme vous le savez sans doute (moi je m'en suis souvenue grâce à Babelio, mais chut !), c'est la semaine de la poésie, du coup j'ai l'intention de vous mettre un peu de poésie. ^^ Mais, pas n'importe laquelle ! Pour changer un peu du classique français, et parce que j'adore tout ce qui vient de par là-bas, je vais vous mettre une poésie d'un auteur né en Chine, François Cheng.

 

chionoise

(Zhu Da)

Au bout de la nuit un seuil éclairé

Nous attire encore vers son doux mystère

Les grillons chantent l'éternel été

Quelque part la vie vécue reste entière.

 

François Cheng.

 

C'est court je sais, mais moi j'aime, et j'espère que vous aussi. A bientôt.

Florel.

 

PS :Je vous ai mis cette image car je l'ai étudié à mon second stage de peinture et calligraphie chinoise, et croyez moi j'ai souffert pour "reproduire" ces oiseaux, en fait, je crois qu'ils n'étaient pas du tout ressemblant. Mais ce peintre avait une tendance à voir les choses bizarrement. D'ailleurs j'ai bientôt fini mon stage de calligraphie et peinture chinoise, et c'est paaaaas juste.

 

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09 février 2011

Poésie de Rudyard kipling "Si..."

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           SI...               

Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
        Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi;
        Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
        Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;
        Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:
        Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
        Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
        Sans avoir l'air trop bon, ni parler trop sagement;

      

Si tu rêves, - sans faire des rêves ton pilastre;
        Si tu penses, - sans faire de penser toute leçon;
        Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
        Et traiter ces trompeurs de la même façon;
        Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
        Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
        Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
        Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;

      

Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
        Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
        Et perdre - et repartir comme à tes débuts mêmes,
        Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;
        Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret
        A servir à tes fins malgré leur abandon,
        Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
        Hormis la Volonté qui ordonne : << Tiens bon ! >>

      

Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
        Ou frayes avec les rois sans te croire un héros;
        Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre;
        Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;
        Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
        De soixante secondes de chemins accomplis,
        A toi sera la Terre et son bien délectable,
        Et, - bien mieux - tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling 1865 - 1936

 

Traduction de Jules Castier 1949.

Ici d'autres traductions française.

      


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13 janvier 2011

Poésie de Marceline Desbordes-Valmore "Lettre d'une femme"



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Une lettre de femme.

 

Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J'écris pourtant,
Afin que dans mon cœur au loin tu puisses lire
Comme en partant.

Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu'on aime,
Semble nouveau.

Qu'il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l'attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m'en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.

Ne te détourne point s'il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c'est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.

Tu t'en vas, tout s'en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l'orage,
Lourde de pleurs.

Mais si l'on ne vit plus que d'espoir et d'alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l'espoir.

Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C'est se haïr.

 

Marceline Desbordes-Valmore 1786 - 1859

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28 novembre 2010

Poésie d'Henri Michaux "Ma vie"

 

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Ma vie

Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
A tant de choses, à presque l'infini...
A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes

Henri Michaux ( 1899 - 1984 )

 

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21 novembre 2010

Poésie de Pierre Reverdy "Tard dans la vie"

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Tard dans la vie  

Je suis dur
Je suis tendre
   Et j'ai perdu mon temps
  A rêver sans dormir
     A dormir en marchant
  Partout où j'ai passé
   J'ai trouvé mon absence
  Je ne suis nulle part
    Excepté le néant
        Mais je porte caché au plus haut des entrailles
        A la place ou la foudre a frappé trop souvent
        Un cœur ou chaque mot a laissé son entaille
        Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement


                                             Pierre Reverdy (1889 - 1960 )       


 

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09 novembre 2010

Poésie d'Alfred de Musset "Adieu !"

 

 

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Adieu !

Adieu ! je crois qu'en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t'appelle et m'oublie ;
En te perdant je sens que je t'aimais.

Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l'avenir.
Vienne la voile qui t'emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t'en vas pleine d'espérance,
Avec orgueil tu reviendras ;
Mais ceux qui vont souffrir de ton absence,
Tu ne les reconnaîtras pas.

Adieu ! tu vas faire un beau rêve
Et t'enivrer d'un plaisir dangereux ;
Sur ton chemin l'étoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Un jour tu sentiras peut-être
Le prix d'un cœur qui nous comprend,
Le bien qu'on trouve à le connaître,
Et ce qu'on souffre en le perdant.

 

Alfred de Musset ( 1810 - 1857 )

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05 novembre 2010

Poésie d'Emily Brontë "Je suis le seul être ici-bas dont ne s'enquiert"

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Je suis le seul être ici-bas dont ne s'enquiert.


Je suis le seul être ici-bas dont ne s'enquiert
Nulle langue, pour qui nul œil n'aurait de pleurs ;
Jamais je n'ai fait naître une triste pensée,
Un sourire de joie depuis que je suis née.

En de secrets plaisirs, en de secrètes larmes,
Cette changeante vie s'est écoulée furtive,
Autant privée d'amis après dix-huit années,
Oui, solitaire autant qu'au jour de ma naissance.

Il faut jadis un temps que je ne puis cacher,
Il fut jadis un temps où c'était chose amère,
Où on âme en détresse oubliait sa fierté
Dans son ardent désir d'être aimée en ce monde.

Cela, c'était encore aux premières lueurs
De sentiments depuis par le souci domptés ;
Comme il y a longtemps qu'ils sont morts ! A cette heure,
A peine je puis croire qu'ils ont existé.

D'abord fondit l'espoir de la jeunesse, puis
De l'imagination s'évanouit l'arc-en-ciel,
Enfin m'apprit l'expérience que jamais
La vérité n'a crû dans le cœur d'un mortel.

Ce fût cruel, déjà, de penser que des hommes
Étaient tous creux et serviles et insincères,
Mais pire, ayant confiance dans mon propre cœur,
D'y déceler la même corruption à l'œuvre.

Emily Brontë le 17 mai 1837. (1818 - 1848)

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30 octobre 2010

Poésie de Marceline Desbordes-Valmore "L'impossible"

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L’impossible

 

Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes

Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,

Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,

Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles

Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,

Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

 

Ciel ! Un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,

Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !

Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,

Un rêve ! Où je sois libre, enfant, à peine née,

 

Quand l’amour de ma mère était mon avenir,

Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,

Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !

Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir,

Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme

Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais

Quand toute la nature était parfum et flamme,

Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours… passés.

 

Marceline Desbordes-Valmore. (1786-1859)


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