Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

25 février 2015

"L'orangeraie" de Larry Tremblay

"L'orangeraie" de Larry Tremblay

l'orangeraie roman

Résumé :

«Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi.» Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l'ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s'empare de leur enfance et sépare leurs destins. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Conte moral, fable politique, L'Orangeraie est un roman où la tension ne se relâche jamais. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert. L'Orangeraie a remporté plusieurs prix dont le Prix des libraires du Québec.

Mon avis :

Voilà un livre qui……… dérange. A mi-chemin entre le fictif et le réel, l’auteur nous embarque dans une guerre qui ne dit pas son nom, mais qui n’en est pas moins actuelle.

Il ne va pas être facile de parler de ce livre, car c’est une lecture terrible, puisque derrière ces deux petits enfants innocents, derrière ce décor d’orangeraie, se cache la guerre, la haine, le mensonge, la mort, et on se doute très tôt que c’est deux petits garçons vont en être victimes.

Cela dit ce qui m’a le plus choqué dans cette histoire, ce n'est pas tant la guerre qui est le quotidien des humains, mais la mentalité des personnages adultes qui conduisent cette guerre ; cette mentalité de barbus haineux, cette mentalité de martyre que l’on fête sans honte, cette mentalité de sacrifice nécessaire au nom de la guerre, au nom d’un dieu, au nom de la vengeance. Alors je conçois qu’une guerre fait des morts, que les pertes suscitent un sentiment de haine, de revanche, je conçois même que certaines guerres sont utiles au nom de la liberté (celle du livre j’ai des doutes), mais ce que je ne cautionne pas c’est la manière qui est décrite dans le livre pour la faire. Le mensonge, la manipulation, la lâcheté commune à toutes les guerres, m’ont rendue folle de rage et l’idée de sacrifice tout autant. Au point que pour le dernier point, jusqu’à l’ultime moment, je n’ai pas voulu y croire tellement ça me paraissait aberrant.

Une guerre fait des morts certes, mais on ne devrait pas mêler des enfants incapables de penser par eux-mêmes à ça, que les adultes se démerdent ! Car là ça va vraiment trop loin, et encore plus selon-moi avec la place de dieu dans le récit. Je ne crois pas en dieu, du coup c'est vrai que le fait qu’il soit un des moteurs me gêne, et ça me gêne doublement quand on prend connaissance de la raison du père dans le choix d’un de ses fils. L’idée de départ est déjà horrible, mais le raisonnement l'est tout autant. Faut croire qu'ils ne sont pas humains.

Un petit mot sur la fin avant de finir, elle n’est pas aussi agréable à lire que le reste (enfin si on peut trouver un livre pareil agréable). Alors elle est intéressante pour comprendre les sentiments qui animent Amed, même si parfois je n’ai pas compris certaines de ses réactions, mais néanmoins dans cette fin Amed n’est pas le seul protagoniste que je ne comprends pas tout le temps, Mickaël en est aussi. Avec ses doutes que je trouve assez injustifiés (comme le fait qu’il se juge mal placé pour dénoncer la cruauté de la guerre), certains de ses raisonnements, ses quelques questions nébuleuses sur le mal, lui aussi je ne l’ai pas toujours compris ; dans le sens où parfois j’ai trouvé qu’il philosophait pour rien, et qu’il essayait de raisonner ce qui n’est pas raisonnable, - et qui est encore moins raisonnable quand on n’est pas à leur place.

Avoir de l’empathie pour les victimes de la guerre, et donc vouloir la dénoncer c’est normal et faisable quand on possède un minimum d’humanité et d'intelligence, mais s’imaginer le mal quand on n’est pas une once du mal dénoncé, je n’en vois pas l’intérêt. Bien sûr qu’à leur place et bien dressé il ferait pareil, mais voilà il n’est pas à leur place, et il ne le sera probablement jamais puisqu’il peut réfléchir sur l’absurdité de la guerre, alors pourquoi se demander cela ?

Je ne sais pas si ce rejet de quelques questions vient du fait que je pense qu’il faut se poser seulement des questions utiles, mais de mon point de vue j’ai trouvé parfois que les interrogations n’allaient nulle part. Pour moi il faut savoir penser sur du concret, pas de l’imaginaire, mais ce n'est que mon avis.

En résumé c’est un livre à lire parce qu’il est en dehors du temps, mais aussi de son temps. Même si moi j'en parle mal et n'ai pas abordé tous les sujets que ce livre soulève, comme le déshonneur, l'hérédité de la haine, le traumatisme de la guerre...

 

Je remercie les éditions de la Table Ronde.

Posté par Florell à 20:38 - Contemporain - Commentaires [0] - Permalien [#]
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01 octobre 2014

"Aristote mon père" d'Annabel Lyon

"Aristote mon père" d'Annabel Lyon

aristote mon père

Résumé :

Pythias, la fille d'Aristote, a été élevée à l'égal des hommes. Elle fait figure d'exception à Athènes, puis en Macédoine où elle est contrainte de s'exiler : c'est elle, et non son frère cadet, qui assiste Aristote dans ses travaux, provoque les collègues de son père par ses remarques pointues, et se rêve en philosophe, scientifique ou sage-femme. La mort d'Aristote disperse ses biens et sa famille à travers la Macédoine, laissant Phytias seule, en décalage avec cette société qui nie l'existence d'une conscience féminine, et l'oblige à se confronter à la réalité d'un monde dont elle s'était toujours tenue écartée.

Après Le Juste Milieu, qui évoquait la relation entre le jeune Alexandre le Grand et son précepteur Aristote, Annabel Lyon renouvelle le défi ambitieux d'écrire l'Antiquité d'une plume actuelle et spontanée. Aristote, mon père exhale le soufre des temples, le sang des femmes et les larmes de la tragédie.

Mon avis :

J’ai découvert cette auteure en même temps que ce livre, et la première chose que j’ai à dire c’est qu’il n’est pas mauvais mais il n’est pas forcément parfait à mon sens. Je m’explique.

L’histoire en elle-même n’est pas mauvaise. Elle est même plutôt agréable à lire, et c’est très sympathique de pouvoir vivre un quotidien grec. De vivre à côté des personnages, de cerner les mentalités de l’époque, d’aller dans les temples et les villes. Néanmoins j’ai buté sur deux ou trois petites choses qui fait que ce n'est pas la lecture agréable que j'ai imaginé. Déjà au niveau de l’écriture. C’est facilement lisible, mais parfois les enchaînements sont beaucoup trop rapides, et quatre fois j’ai dû relire des passages pour comprendre les actions.

Ensuite sur le récit lui-même, je suis assez mitigée. J’ai préféré la première partie quand Aristote était encore vivant à celle où il n’était plus, car à partir de là tout va beaucoup plus vite d’une part, et d’autre part ça devient un peu fou. Pythias atterrie dans des endroits bizarres, elle fait des choix que je n’ai absolument pas du tout compris, elle perd ce côté calme et réfléchi qu’elle avait au début pour se transformer en personne un peu impulsive. Bref, on quitte le côté solennel du départ, pour atterrir dans un vrac de comportement excessif qui étonne quand même beaucoup.

Pour toutes ces raisons, la seconde partie n’est donc pas vraiment la partie que j’ai le plus apprécié, même si elle ne fut pas mauvaise pour autant ; car il y a quand même cette magie divine qui arrive et qui accompagne Pythias, il se passe des choses très intéressantes malgré tout, et en plus on voit Pythias évoluer dans un cadre qui est nouveau pour elle. Elle se retrouve seule, sans argent, sans rien, et du coup j’ai passé mon temps à me demander ce qu’elle allait faire et comment elle allée s'en sortir. Finalement même si ce n’est pas la partie que j’ai apprécié le plus, elle contrebalance celle du début qui était entièrement rationnelle, ce qui donne du souffle au roman.

En fait mon seul vrai regret dans ce bouquin, c’est que Pythias devient dans cette partie comme tout le monde. J’aurai préféré la voir donner des cours, philosopher, plutôt que de la voir faire des choses insensées - même si elle ne perd pas ce côté intellectuel, car elle a la chance d’avoir un mari qui n’a rien contre. En fait sur la fin, Pythias devient pour moi un peu décevante, mais après peut-être que c'est sa vie, vu que je ne la connais pas. D'ailleurs va falloir que je cherche pour connaître cette fille.

En résumé ce n’est pas une lecture mauvaise mais ce n’est pas non plus un coup de cœur, cela dit ça reste un agréable livre à lire. Ca change. Et c'est une auteure à suivre.

Je remercie grandement les éditions de la Table Ronde.

Posté par Florell à 13:29 - Littérature - Commentaires [0] - Permalien [#]
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