Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

06 octobre 2018

"Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme" de Joesph Yacoub

Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme de Joesph Yacoub

Source: Externe

Résumé :

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient sont menacés. Alors que notre monde est fait de diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse,le Moyen-Orient se vide de cette richesse et se prive d’un apport essentiel pour favoriser la compréhension entre les groupes et les minorités. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Comment cette diversité a-t-elle été gérée, voire malmenée dans le monde arabe ? Que dire d’un tel drame ?
À travers des rappels historiques indispensables, Joseph Yacoub cible deux menaces principales. Dans sa volonté d’arabisation à outrance, le nationalisme arabe, fût-il laïcisant, s’est montré par choix idéologique peu respectueux des chrétiens, comme on l’a vu en Syrie et en Irak. À cela s’est ajoutée la montée d’un islam radical et violent, dont les nouvelles formes atteignent l’Occident même. Face à cette tragédie qui rappelle à maints égards le génocide de 1915, qui toucha Assyro-Chaldéens-Syriaques et Arméniens, il s’agit tout à la fois de comprendre et de suggérer quelques pistes concrètes en termes d’alternative pour que survive ce christianisme autochtone et apostolique, fortement enraciné et universel, riche de culture et de modernité.

Mon avis :

     J'ai enfin fini le livre et je peux affirmer que certains passages n'étaient pas faciles à lire. Cela étant c'était une lecture très intéressante qui rejoint d'ailleurs ma lecture du Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, où les pays musulmans tenaient la première place.
Il le rejoint, mais pas tout à fait non plus, toutefois ils se complètent bien. En effet si le Livre noir est un état des lieux actuels de la situation des chrétiens dans le monde, celui de Monsieur Joseph Yacoub va surtout développer l'aspect historique, politique et culturel de la question chrétienne en Orient. Certes il va aborder un peu l'actualité en parlant notamment du calvaire des otages chrétiens, mais ce n'est pas la part la plus grosse du bouquin. Les trois aspects cités plus haut, remplissent vraiment le livre.

     Déjà d'un point de vue historique et culturel, Joseph Yacoub va rappeler que les chrétiens étaient là avant et ont donc participé activement à l'histoire et à la culture de ces pays, notamment par des débats via les innombrables écoles antiques (Antioche, Alexandrie...) et aussi via les chrétiens syriaques qui ont eux-mêmes fortement participé à l'âge d'or islamique avec les juifs. Sans eux les musulmans n'auraient probablement pas eu grand-chose du savoir antique. D'ailleurs l'âge d'or peut être aussi plus tardif et contemporain.


"L'histoire ne s'arrête pas à la fin du 13ème siècle, période qui correspond généralement au déclin. Sous l'influence des idées de la Modernité occidentale, des voyageurs et des missionnaires, le 19ème siècle fut un tournant. Il a donné un élan sans précédent qui marque le retour de la langue et de la littérature syriaques (ique et moderne) après des siècles de régression. Les voyages d'études en Occident se multiplient. A partir de 1840, le syriaque connaîtra une floraison de publications autochtones et des traductions, accompagnées d'anthologies, de grammaires et de dictionnaires. Depuis les revues se sont multipliées. A l'époque moderne et contemporaine, les chrétiens ont participé activement à la renaissance arabe comme théoriciens, acteurs et traducteurs." Page 176


      Ensuite et toujours pour les mêmes catégories, il va rappeler dans un but pédagogique et par soucis de vérité historique, ceux qui étaient là avant les chrétiens (babyloniens, grecques, juifs...) et qui ont eux-mêmes laissé leur trace dans l'histoire de ces pays.
L'auteur va même plus loin en dépassant les frontières orientales, en parlant de ce que les chrétiens d'Orient ont apporté à l'Occident, notamment des hommes d'église comme Jacques premier évêque de la Tarentaise. Ceci dans le but de montrer les liens qui uni le christianisme d'Occident et d'Orient, et rappeler par ces petits points que l'Occident devrait aujourd'hui adopter une position plus ferme sur les problèmes que traverses les chrétiens d'Orient, comme par exemple au niveau des discriminations (qui sont énormes et ont toujours été car l'Islam est une religion discriminatoire de base).
      De même, Joseph Yacoub rappelle via quelques citations de chrétiens d'Orient, que l'Occident devrait un peu plus les écouter, et notamment quand ils dénoncent le manque de réciprocité dans le traitement des hommes et des femmes en orient à cause de la religion.

« Nous, chrétiens syriens, souhaiterions seulement être traités dans ce pays à majorité musulmane comme les musulmans le sont en Europe dans les pays de tradition chrétienne. [...] Et nous en voulons un peu aux Occidentaux de ne pas avoir appuyés pour demander l'application de la réciprocité. » (Propos de François Abou Mokh, évêque. Page 201.)     

     Et effectivement, on peut comprendre que ça énerve, si ici les musulmans ont trop de droit qui fait que l'Europe est envahie par l'islamisme au nom des Droits de l'Homme détournés, il faut bien penser que les chrétiens d'Orient n'en ont pas autant chez eux qui est pourtant leurs terres ancestrales. Ce qui est anormal on en convient.

      Comme vous commencez peut-être déjà à le voir, ce livre n'est pas qu'un livre d'histoire, qui retracerai dans de grandes lignes précises l'Histoire de l'Orient depuis l'époque de la Mésopotamie. En effet, il est aussi un appel à changer pour les pays musulmans, notamment en remettant dans l'Histoire de ces pays les peuples et cultures qui étaient là avant et qui ont laissé des traces matérielles et immatérielles dans les paysages, dans les langues, dans les cultures, et qui sont pourtant absents des musées ou des livres d'histoire à cause du nationalisme arabe et de l'islamisme. Comme le dit joliment l'auteur « L'homme n'est pas un être abstrait, né ex nihilo. Il est le produit de l'histoire. », un pays c'est pareil, et il serait temps pour les musulmans de s'en rappeler...
      Pour continuer dans la description du livre, j'ai laissé voir aussi dans les lignes un peu plus hautes, que ce livre était aussi un appel à l'Occident qui devraient appuyer le principe de réciprocité et soutenir les chrétiens d'Orient dans leur demande d'égalité ; toutefois il est bon de préciser que ces pages ne sont pas qu'un « appel », puisque ce bouquin est aussi un état de fait.
Un état de fait en montrant notamment que même laïc ou imprégné de bon sentiment, les pays musulmans et/ou arabes (difficile de séparer ces deux termes) restent imprégnés de cette culture religieuse qui concerne le plus gros pourcentage de la population, de fait et à cause de cela il existe une réelle difficulté de liberté et d'égalité pour les populations non musulmanes. L'auteur décrit notamment la situation irakienne qui fait un pas en avant, un pas en arrière, entretient le flou, et tout cela dans la même constitution !
      Cela étant et pour une touche d'espoir (?), l'auteur nous montre à côté qu'il existe au moins un pays musulman non arabe, le Kirghizistan, qui est purement et simplement laïc – notamment grâce à l'occupation soviétique – et qui n'hésite pas à partir à la recherche de son passé chrétien nestorien. Si cela laisse de l'espoir et montre que la laïcité et la diversité sont possibles en terre islamique (même si ça ne concerne pas un pays arabe), il ne faut pas non plus oublier comme le précise l'auteur que ça reste aussi un pays assez faible et jeune, qui n'est pas à l'abri d'un retournement d'idée à cause de violence. Mais voilà, l'auteur a eu l'honnêteté de parler de ce pays et ceci malgré sa passion chrétienne. Et j'insiste sur ce dernier point car il est vrai qu'il cache mal ses passions, mais d'un côté tout ce qui écrit là est juste, donc ça se comprend qu'il vive cet effacement de l'histoire très mal lui qui est né en Syrie. Nous même en Occident on ne le vit pas mieux d'ailleurs...

      En résumé, et comme vous le devinez ce livre est nécessaire pour comprendre le présent des minorités en terre musulmane et voir leur traitement. C'est accessoirement un bon complément au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, et un excellent bouquin pour prendre de la distance sur les sempiternels discours de l'amitié entre religion, puisqu'ici l'auteur montre bien que ça doit aller plus loin qu'une supposée amitié ; toutefois c'est très « difficile » à lire car on est vite saturé par l'information. Donc à lire, oui, mais doucement et calmement, et ne pas hésiter à relire des passages si besoin.

Editions Salvator.

 

Extraits :

"Au confluent de l'Orient et de l'Occident, accepter le principe de réciprocité de traitement. Les musulmans qui revendiquent, à juste titre, des droits et des libertés publiques pour eux en Occident, devraient aussi avoir le souci de ces mêmes droits dans leurs pays d'origine pour tous ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, comme les chrétiens et les autres minorités. Défendre cette diversité menacée les honorerait, car on est loin de l'égalité de traitement."

 "Les syriaques ont traité de tous les sujets. Si les intellectuels nationalistes arabes avaient pris la peine de chercher, ils y auraient trouvé des idées y compris sur le patriotisme et la justice sociale, sujets qu'ils chérissaient.
La pensée syriaque embrasse en effet tous les domaines du savoir, religieux, philosophique, éthique, moral, juridique, politique, spirituel, ascétique, poétique, historique, linguistique, grammatical, encyclopédique... Autrement dit, contrairement à ce que certains affirment, elle ne se limite pas à la dimension religieuse malgré son importance. Son âge d'or commence à fleurir à partir du 4ème siècle, qui vit depuis le début des publications et des traductions du grec en syriaque et des contributions de grand intérêt."

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13 octobre 2012

Le roman de la Pologne ou la belle histoire de la Pologne

"Le roman de la Pologne" de Beata de Robien

pologne

Résumé :

Le Roman de la Pologne n'est pas l'histoire romancée de la Pologne. C'est l'histoire de la Pologne qui est un véritable roman. La Pologne est une terre de passions. Entre Orient et Occident, elle semble avoir puisé sa force de sa position géopolitique fragile. Tantôt glorieuse, indépendante, tantôt soumise, déchirée ou annexée, elle a appris à dompter ses faiblesses pour affronter les aléas de l'Histoire. Le Roman de La Pologne nous invite à découvrir ou redécouvrir ce pays, au fil de ses transformations politiques, sociales et culturelles. Il nous conduit surtout à saisir l'âme polonaise, dans ce qu'elle peut avoir de plus poétique et indomptable. Sur les bords de la Vistule, plusieurs personnages nous serviront de guide : les rois Piast et Jagellon, Sigismund Auguste, Chopin, mais aussi Marie Leszczynska, reine de France, Madame Hanska, dont Balzac fut follement amoureux ou Marie Walewska à qui Napoléon a bien failli offrir la Pologne. Car la terre polonaise entretient avec la France une intimité profonde. Jamais une guerre ne vint entacher l'entente de ces deux pays, unis plusieurs fois à travers l'histoire, souvent par les liens du cœur. Les femmes tiennent une large place dans ce roman. Artistes, amantes ou souveraines, elles portent en elles l'essence de leur terre natale, subtil mélange de romantisme et d'ardeur impétueuse. Véritable fresque de couleurs et d'émotions, cet ouvrage nous plonge au cœur d'un pays attachant. Étonnamment proche.

Mon avis :

J’ai fini ce livre il y a plus d’un mois et même si le début a été assez laborieux, pour cause de nom inconnu ou quasiment, j’avoue que finalement j’ai grandement apprécié cette lecture.

L’histoire de la Pologne est finalement tout aussi passionnante que celle d’autres pays et tout aussi surprenante. En fait, je ne l’imaginais pas du tout comme ça. Sincèrement je la voyais assez sauvage voire barbare, et finalement non. A l’heure où la France se bat pour une couronne, ou pour une religion… en Pologne il fait dans l’ensemble bon y vivre pour beaucoup de peuple. Sans compter que la Pologne est en avance sur son temps. Alors qu’à l’étranger nous avons des monarchies absolues, là-bas ils ont une monarchie républicaine, en effet en Pologne le roi est élu, la couronne n’est pas héréditaire. Autre chose où la Pologne a été assez en avance c’est sur le commerce, la justice du peuple ou encore la religion. Bien que la Pologne soit catholique, elle n’a jamais eu de difficulté à vivre avec les juifs ou encore les protestants, même si pour gouverner il faut être automatiquement catholique et aimer la fête !

Ce livre m’a beaucoup appris sur la Pologne mais finalement aussi sur l’Europe entière. J’avoue que j’ignorai qu’Henri III avait été roi de Pologne avant d’être roi France, par contre un roi de Pologne peu heureux et plutôt voleur. Il s’est enfuit de Pologne en pleine nuit avec tous les joyaux de la Pologne à la mort de son frère le roi Charles IX.

Tout comme j’ignorais cette grande bataille en 1683 contre l’empire Ottoman de Mohammed IV. Qui voulait faire de l’Europe chrétienne une Europe musulmane, le Vatican les écuries du Sultan. Ce fut une grande bataille assez décisive sur l’avenir de l’Europe ; allez savoir ce que serez l’Europe aujourd’hui sans Jan Sobieski III qui a été le seule roi d’Europe à envoyer son armée à Vienne pour repousser les troupes de Mohammed IV et de son vizir Kara Mustafa pacha. D’ailleurs il y a eu un échange entre le vizir et le roi de Pologne que je suis obligée de vous faire part tellement j’ai apprécié la répartie du roi de Pologne.

Page 183 – 184: « Tandis que la garnison de Vienne prolonge une résistance héroïque, le roi polonais marche sur la capital assiégée. Arrogant, Kara Mustafa lui envoie une pinte remplie de graines de pavot, accompagnée de ce commentaire.

 « Mon armée contient autant de soldats qu’il y a de graine dans cette mesure. »

  Le roi de Pologne lui dépêche une pinte de poivre avec ce message :

 « Cette pinte contient peut-être moins de graine de poivre que la vôtre de pavot, mais essayer de les avaler ! » »

Un héros quoi !

Pourtant, cet exploit des polonais n’empêchera pas La Prusse, La Russie et l’Autriche de séparer la Pologne en trois parts à partir 1772 pour la rayer de la carte en 1795. Et c’est d’ailleurs à partir de cette date, que la culture polonaise a failli disparaitre au même titre que son pays, si les polonais n’avait pas été un peuple fier. Ils ont, pour lutter contre l'extinction de leur racine, continué à apprendre clandestinement leur langue, leur coutume… au mépris du danger et des sanctions. D’ailleurs à partir de là, on a deux ou trois fois le sourire aux lèvres en lisant certains passages ; j’ai particulièrement apprécié le moment où on apprend que les habitants de Varsovie s’habillaient tous en noir pour porter le deuil de leur nation, alors qu’ils avaient, dans le même moment, enlevé des vitrines des magasins et de la rue toutes couleurs à l’exception du noir et du blanc. Cette résistance aux couleurs du deuil ne fera curieusement pas rire le Tsar de Russie qui décidera de rajouter de la couleur dans les rues, qui elles disparaîtront la nuit venue. Néanmoins, tout cela ne permettra pas à la Pologne de retrouver son identité avant la chute du communisme en 1990.

Autre point intéressant du livre c’est que l’auteur a développé dans des chapitres, la vie de grand nom polonais, Chopin, Marie Curie, karol Wojtyla dit Jean Paul II, et il est amusant de voir comment la petite histoire de ces gens-là a parfois rejoint la grande histoire, et c’est particulièrement vrai pour Jean-Paul II et le communisme.

Y aurait encore beaucoup à dire ce bouquin, mais ça ferait vraiment trop long, du coup je vous laisse découvrir cette Pologne par vous-même si jamais un jour l’envie vous prend. J’avoue que dans mon cas c’est surtout mon nom de famille qui m’a donné l’envie d’en apprendre plus, même si je suis une 100% française. ^^