Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

06 octobre 2018

"Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme" de Joesph Yacoub

Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme de Joesph Yacoub

Source: Externe

Résumé :

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient sont menacés. Alors que notre monde est fait de diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse,le Moyen-Orient se vide de cette richesse et se prive d’un apport essentiel pour favoriser la compréhension entre les groupes et les minorités. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Comment cette diversité a-t-elle été gérée, voire malmenée dans le monde arabe ? Que dire d’un tel drame ?
À travers des rappels historiques indispensables, Joseph Yacoub cible deux menaces principales. Dans sa volonté d’arabisation à outrance, le nationalisme arabe, fût-il laïcisant, s’est montré par choix idéologique peu respectueux des chrétiens, comme on l’a vu en Syrie et en Irak. À cela s’est ajoutée la montée d’un islam radical et violent, dont les nouvelles formes atteignent l’Occident même. Face à cette tragédie qui rappelle à maints égards le génocide de 1915, qui toucha Assyro-Chaldéens-Syriaques et Arméniens, il s’agit tout à la fois de comprendre et de suggérer quelques pistes concrètes en termes d’alternative pour que survive ce christianisme autochtone et apostolique, fortement enraciné et universel, riche de culture et de modernité.

Mon avis :

     J'ai enfin fini le livre et je peux affirmer que certains passages n'étaient pas faciles à lire. Cela étant c'était une lecture très intéressante qui rejoint d'ailleurs ma lecture du Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, où les pays musulmans tenaient la première place.
Il le rejoint, mais pas tout à fait non plus, toutefois ils se complètent bien. En effet si le Livre noir est un état des lieux actuels de la situation des chrétiens dans le monde, celui de Monsieur Joseph Yacoub va surtout développer l'aspect historique, politique et culturel de la question chrétienne en Orient. Certes il va aborder un peu l'actualité en parlant notamment du calvaire des otages chrétiens, mais ce n'est pas la part la plus grosse du bouquin. Les trois aspects cités plus haut, remplissent vraiment le livre.

     Déjà d'un point de vue historique et culturel, Joseph Yacoub va rappeler que les chrétiens étaient là avant et ont donc participé activement à l'histoire et à la culture de ces pays, notamment par des débats via les innombrables écoles antiques (Antioche, Alexandrie...) et aussi via les chrétiens syriaques qui ont eux-mêmes fortement participé à l'âge d'or islamique avec les juifs. Sans eux les musulmans n'auraient probablement pas eu grand-chose du savoir antique. D'ailleurs l'âge d'or peut être aussi plus tardif et contemporain.


"L'histoire ne s'arrête pas à la fin du 13ème siècle, période qui correspond généralement au déclin. Sous l'influence des idées de la Modernité occidentale, des voyageurs et des missionnaires, le 19ème siècle fut un tournant. Il a donné un élan sans précédent qui marque le retour de la langue et de la littérature syriaques (ique et moderne) après des siècles de régression. Les voyages d'études en Occident se multiplient. A partir de 1840, le syriaque connaîtra une floraison de publications autochtones et des traductions, accompagnées d'anthologies, de grammaires et de dictionnaires. Depuis les revues se sont multipliées. A l'époque moderne et contemporaine, les chrétiens ont participé activement à la renaissance arabe comme théoriciens, acteurs et traducteurs." Page 176


      Ensuite et toujours pour les mêmes catégories, il va rappeler dans un but pédagogique et par soucis de vérité historique, ceux qui étaient là avant les chrétiens (babyloniens, grecques, juifs...) et qui ont eux-mêmes laissé leur trace dans l'histoire de ces pays.
L'auteur va même plus loin en dépassant les frontières orientales, en parlant de ce que les chrétiens d'Orient ont apporté à l'Occident, notamment des hommes d'église comme Jacques premier évêque de la Tarentaise. Ceci dans le but de montrer les liens qui uni le christianisme d'Occident et d'Orient, et rappeler par ces petits points que l'Occident devrait aujourd'hui adopter une position plus ferme sur les problèmes que traverses les chrétiens d'Orient, comme par exemple au niveau des discriminations (qui sont énormes et ont toujours été car l'Islam est une religion discriminatoire de base).
      De même, Joseph Yacoub rappelle via quelques citations de chrétiens d'Orient, que l'Occident devrait un peu plus les écouter, et notamment quand ils dénoncent le manque de réciprocité dans le traitement des hommes et des femmes en orient à cause de la religion.

« Nous, chrétiens syriens, souhaiterions seulement être traités dans ce pays à majorité musulmane comme les musulmans le sont en Europe dans les pays de tradition chrétienne. [...] Et nous en voulons un peu aux Occidentaux de ne pas avoir appuyés pour demander l'application de la réciprocité. » (Propos de François Abou Mokh, évêque. Page 201.)     

     Et effectivement, on peut comprendre que ça énerve, si ici les musulmans ont trop de droit qui fait que l'Europe est envahie par l'islamisme au nom des Droits de l'Homme détournés, il faut bien penser que les chrétiens d'Orient n'en ont pas autant chez eux qui est pourtant leurs terres ancestrales. Ce qui est anormal on en convient.

      Comme vous commencez peut-être déjà à le voir, ce livre n'est pas qu'un livre d'histoire, qui retracerai dans de grandes lignes précises l'Histoire de l'Orient depuis l'époque de la Mésopotamie. En effet, il est aussi un appel à changer pour les pays musulmans, notamment en remettant dans l'Histoire de ces pays les peuples et cultures qui étaient là avant et qui ont laissé des traces matérielles et immatérielles dans les paysages, dans les langues, dans les cultures, et qui sont pourtant absents des musées ou des livres d'histoire à cause du nationalisme arabe et de l'islamisme. Comme le dit joliment l'auteur « L'homme n'est pas un être abstrait, né ex nihilo. Il est le produit de l'histoire. », un pays c'est pareil, et il serait temps pour les musulmans de s'en rappeler...
      Pour continuer dans la description du livre, j'ai laissé voir aussi dans les lignes un peu plus hautes, que ce livre était aussi un appel à l'Occident qui devraient appuyer le principe de réciprocité et soutenir les chrétiens d'Orient dans leur demande d'égalité ; toutefois il est bon de préciser que ces pages ne sont pas qu'un « appel », puisque ce bouquin est aussi un état de fait.
Un état de fait en montrant notamment que même laïc ou imprégné de bon sentiment, les pays musulmans et/ou arabes (difficile de séparer ces deux termes) restent imprégnés de cette culture religieuse qui concerne le plus gros pourcentage de la population, de fait et à cause de cela il existe une réelle difficulté de liberté et d'égalité pour les populations non musulmanes. L'auteur décrit notamment la situation irakienne qui fait un pas en avant, un pas en arrière, entretient le flou, et tout cela dans la même constitution !
      Cela étant et pour une touche d'espoir (?), l'auteur nous montre à côté qu'il existe au moins un pays musulman non arabe, le Kirghizistan, qui est purement et simplement laïc – notamment grâce à l'occupation soviétique – et qui n'hésite pas à partir à la recherche de son passé chrétien nestorien. Si cela laisse de l'espoir et montre que la laïcité et la diversité sont possibles en terre islamique (même si ça ne concerne pas un pays arabe), il ne faut pas non plus oublier comme le précise l'auteur que ça reste aussi un pays assez faible et jeune, qui n'est pas à l'abri d'un retournement d'idée à cause de violence. Mais voilà, l'auteur a eu l'honnêteté de parler de ce pays et ceci malgré sa passion chrétienne. Et j'insiste sur ce dernier point car il est vrai qu'il cache mal ses passions, mais d'un côté tout ce qui écrit là est juste, donc ça se comprend qu'il vive cet effacement de l'histoire très mal lui qui est né en Syrie. Nous même en Occident on ne le vit pas mieux d'ailleurs...

      En résumé, et comme vous le devinez ce livre est nécessaire pour comprendre le présent des minorités en terre musulmane et voir leur traitement. C'est accessoirement un bon complément au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, et un excellent bouquin pour prendre de la distance sur les sempiternels discours de l'amitié entre religion, puisqu'ici l'auteur montre bien que ça doit aller plus loin qu'une supposée amitié ; toutefois c'est très « difficile » à lire car on est vite saturé par l'information. Donc à lire, oui, mais doucement et calmement, et ne pas hésiter à relire des passages si besoin.

Editions Salvator.

 

Extraits :

"Au confluent de l'Orient et de l'Occident, accepter le principe de réciprocité de traitement. Les musulmans qui revendiquent, à juste titre, des droits et des libertés publiques pour eux en Occident, devraient aussi avoir le souci de ces mêmes droits dans leurs pays d'origine pour tous ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, comme les chrétiens et les autres minorités. Défendre cette diversité menacée les honorerait, car on est loin de l'égalité de traitement."

 "Les syriaques ont traité de tous les sujets. Si les intellectuels nationalistes arabes avaient pris la peine de chercher, ils y auraient trouvé des idées y compris sur le patriotisme et la justice sociale, sujets qu'ils chérissaient.
La pensée syriaque embrasse en effet tous les domaines du savoir, religieux, philosophique, éthique, moral, juridique, politique, spirituel, ascétique, poétique, historique, linguistique, grammatical, encyclopédique... Autrement dit, contrairement à ce que certains affirment, elle ne se limite pas à la dimension religieuse malgré son importance. Son âge d'or commence à fleurir à partir du 4ème siècle, qui vit depuis le début des publications et des traductions du grec en syriaque et des contributions de grand intérêt."

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10 août 2018

"Alexandra David-Néel : exploratrice et féministe" de Laure Dominique Agniel

Alexandra David-Néel : exploratrice et féministe de Laure Dominique Agniel

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Résumé :

Alexandra David-Neel est la plus célèbre des explo­ratrices. Déguisée en mendiante, elle est la première femme européenne à pénétrer en 1924 dans Lhassa, la capitale du Tibet, alors interdite aux étrangers. On croit connaître le destin de cette infatigable voyageuse, mais sait-on qu’Alexandra David-Neel (1868-1969) a été une féministe de la première heure, journaliste, cantatrice, authentique anarchiste ne voulant dépendre de personne ?
Pour percer le mystère de la vie de cette femme incroyable, il y a un repère, un fil conducteur auquel Laure Dominique Agniel redonne toute sa place : son mari, Philippe. L’ami, le confident, le seul avec qui elle laisse tomber le masque.
Les milliers de lettres à son époux nous éclairent sur sa quête acharnée de liberté pendant les 101 années de son existence. Les différents noms qu’elle a portés traduisent ce cheminement vers l’invention de soi : née Alexandra David, elle associe le nom de son mari au sien pour signer son oeuvre Alexandra David-Neel.
Dans un style limpide et enlevé, Laure Dominique Agniel nous restitue la vie menée tambour battant d’une femme en avance sur son temps.

Mon avis :

     Beaucoup le savent, j’ai beaucoup d’admiration pour cette femme au fort caractère que jusqu’à aujourd’hui je n’ai découvert qu’à travers ses écrits. Alors quand j’ai vu qu’il y avait un livre qui parlait d’elle (et il y en a plus que je pense), je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de retrouver cette femme, sa personnalité, sa vie, ses combats, à travers le regard de quelqu’un d’autre qui pourrait m’apporter quelque chose de neuf, soit par son approche, soit en parlant de chose je ne connaissais pas comme des écrits que je n’ai pas encore lu par exemple.

     Intéressant, le livre l’a été, et pour tout dire, j’ai adoré toutes ces informations que Madame Agniel a réuni patiemment afin de mieux cerner ce personnage légendaire, et ce pour mieux nous faire partager sa personnalité. On y découvre ou redécouvre, une femme très intelligente qui sait s'adapter aux peuplades qu'elle rencontre, forte, avide de connaissance, singulière, neurasthénique (parfois), libre, amoureuse, etc.
Et même si tout n'est pas découverte pour moi, je m'aperçois quand même que certaines de ces informations me manquaient cruellement. En effet, j’ai découvert des écrits, des passages de sa vie que je ne connaissais pas ou que j’avais oublié, et qui sont pourtant nécessaires à connaître pour mieux éclairer ses démarches et comprendre sa personnalité ambiguë. Car oui, elle a beau avoir été « La lampe de sagesse », celle qui a parcouru en long, en large et en travers l’Asie, Alexandra David-Néel n’en reste pas moins un être qui n’est pas à une contradiction près.

Bref ! Niveau découverte j’ai été servie, l'auteure a vraiment potassé son sujet, en mettant bien en avant la personnalité de ce petit bout de femme et sa vie privée, complétant ainsi le portrait que j'avais de cette dernière.

     Plus personnellement, ce livre a été par ailleurs bénéfique pour moi car il m’a permis de revoir ma position sur Alexandra David-Néel. Je précise, que je l’apprécie toujours autant et je me retrouve beaucoup dans ce personnage, mais en lisant ces pages je remarque quand même qu’elle avait une tendance à condamner parfois un peu trop rapidement l’humain. Pour une personne qui pouvait se permettre de voyager, de méditer... et tout ça contrairement à d’autre, c’est finalement un peu agaçant je trouve, et aujourd’hui cet "air supérieur" me dérange un peu ; car finalement je m’aperçois qu’elle n’avait pas toujours le recul nécessaire, ce qui m’avait échappé quand j’ai lu les premiers livres de cette autrice vers mes 18 ans. Même si je partage bien volontiers sa vision sur la haute société et ses femmes superficielles qui parlent chiffon.
     Pour autant si la légende est un peu égratignée, je partage toujours autant ses opinions et sur certains sujets je pense être pire encore - ce n’est pas un hasard si j’apprécie autant cette femme.

     Comme vous le devinez assez bien je pense, j’ai adoré ce bouquin. Il est bien écrit, fluide et bien renseigné, et pour ceux qui ne connaissent pas encore cette femme, c'est une bonne intro vu qu'il met en avant sa personnalité, son professionnalisme et son rôle dans la mémoire du monde. D'un monde et d'un temps. Les seuls défauts que je lui trouve sont, le manque de photo - une ou deux aurait été bien - et sa longueur. Hé oui, il n’est pas assez long pour une vie qui a duré 101 ans. J'en aurais voulu encore plus ! Mais à part ça, rien de grave. 

Merci aux éditions Tallandier.

Extraits :

"Ainsi un jeune peintre lui déclare  :"Jésus vivait dans un rêve. Il disait des choses folles, contraires à toute évidence ; Dieu ne nourrit pas les oiseaux, beaucoup meurent de froid et de faim en plein hiver... beaucoup d'hommes meurent aussi. ce ne sont pas les doux qui conquièrent la terre, ce sont les violents.
- Ils conquièrent le Ciel aussi, paraît-il, répond Alexandra. Le royaume des cieux est forcé et ce sont les violents qui s'en emparent. C'est dans l'Evangile de Saint Matthieu.
- Jésus vivait dans un rêve mais il était grand. Ils l'ont trahi ! s'indigne le jeune peintre.
- Il en est toujours ainsi, répond la jeune philosophe. Tous les maîtres ont été trahis par leurs prétendus disciples ; faute de pouvoir s'élever à la hauteur du maître, ils l'ont fait descendre à leur niveau."" p.38

"Dans la ligne de mire de l'insoumise Alexandra Myrial, l'intégrisme religieux, sujet du premier chapitre : "La crainte inspirée par l'inconnu à des cerveaux frustres s'étend à ceux qui parlent en son nom, à ceux qui expliquent la loi et en exigent l'observation au nom des dieux [...]. Par ces lois mystérieuses, présentées comme l'expression d'une volonté extra-terrestre, les chefs religieux vont commander à l'homme, non plus en lui disant "je veux" qui s'adressait au corps et auquel il pouvait tenter de se soustraire, mais en lui disant "tu dois". L'homme a désormais en lui une contrainte invisible : la volonté du dieu qu'il porte comme un fardeau. Qu'il aille, qu'il vienne, en tout lieu, en tout temps, sa mémoire lui répétera ce qu'il doit faire ou éviter. On lui a appris a discerner le bien et le mal [...]. S'appuyant sur la volonté exprimée par le dieu, volonté incompréhensible et indiscutable, on s'efforça de lui faire accepter comme l'expression du bien la résignation passive, l'aveugle soumission, la douleur, le renoncement aux aspirations les plus naturelles. Le mal officiel, ce fut la vie elle-même avec tous ses désirs et toutes ses joies, son besoin de liberté, sa curiosité des choses, ses fières révoltes, son horreur de la souffrance, tout de ce qui est beau et vrai." p.54-55

"Mais ce qui aurait véritablement réjoui Alexandra c'est la visite du quatorzième Dalaï-Lama qui s'est rendu deux fois à Samten Dzong, en 1982 et en 1986. "Je suis vraiment très heureux car j'ai vu là où elle habitait, je me suis senti très proche d'elle. J'ai ressenti son grand amour pour notre culture", déclarait Tensing Gyastso à Digne le 15 octobre 1982. En reconnaissant Alexandra David-Néel comme la plus grande des spécialiste de la culture tibétaine du 20ème siècle, il donnait un sens à l'engagement de toute une vie : quel meilleur moyen de sauver une culture que la diffusion de la connaissance ? Par son amour des paysages tibétains, de la langue, des légendes, des hommes et des femmes du pays des neiges, Alexandra fait revivre le Tibet dans l'imaginaire du monde, un Shambala spirituel qu'aucune armée, aucune colonisation ne pourra jamais détruire." p.261-262

"Voilà une autre contradiction d'Alexandra : elle n'est pas si détachée des conventions qu'elle le prétend, elle aime être servie par des domestiques zélés. Très gourmande, elle raffole de mets raffinés et porte des vêtements bien coupés, des chapeaux et des soieries, mais elle aspire tout autant au dénuement. Privilège des riches qui peuvent choisir de se dépouiller de tout le confort qui les encombre. Elle mettra douze années à se débarrasser des ses oripeaux d'Occidentale."

"Au mur des peintures tibétaines et cette citation qui avait marqué son adolescence : "Le monde est une charogne et ceux qui s'y attachent sont des chiens" ! Il n'est pas signé d'un cynique grec, mais de Pierre Valdo, qui fonda au 16ème siècle le mouvement protestant des Vaudois." p.149

18 juillet 2018

"Le don de la pluie" de Tan Twan Eng

Le don de la pluie de Tan Twan Eng

le don de la pluie

Résumé :

État de Penang, Malaisie, 1939. Philip, un adolescent d’origine anglo-chinoise, rencontre Endo, un diplomate nippon qui lui apprend l’art de l’aïkido. Alors que la guerre menace et que les Japonais envahissent le pays, le jeune homme se retrouve déchiré entre son amitié pour son nouveau maître et sa loyauté envers sa famille ainsi que son pays. Hanté par la prophétie d’une vieille devineresse, Philip tente de tracer sa route sur les chemins périlleux et parfois obscurs de la guerre.

Tour à tour roman d’espionnage et roman d’apprentissage, Le Don de la pluie oppose la vision orientale d’un destin tout tracé à la vision occidentale du choix et de la liberté, et nous fait voyager à travers les temples magiques et les forêts tropicales interdites de la Malaisie.

Mon avis :

C'est une histoire pleine de bruit et de fureur.
C’est une histoire entre un sensei et son élève.
C’est une histoire entre un japonais et un jeune métis en Malaisie.
C’est une histoire terrible car c’est pendant la guerre ; et rien, des actions, des choix, ne pouvait changer l’issue de cette histoire.
Du libre arbitre à la route toute tracée, ce livre, c’est l’histoire de deux visions et deux vies qui se croisent et s’affrontent. C’est une histoire terrible, douloureuse, mais magnifique.
Honnêtement, je ne m’attendais pas à l’aimer autant, j’avais flashé sur l’écriture bien avant le résumé, mais c’est pourtant toute imprégnée de cette relation étrange, de cette dichotomie sur la vision de la vie, que je viens de fermer ce livre.

     L’histoire a pour contexte la seconde Guerre mondiale en Malaisie et en Asie. Le Japon est à l’époque belliqueux et cruel, et dans ce contexte deux hommes se rencontrent et nouent une relation. Seulement, le Japon est un pays ennemi, de fait la relation du jeune Philip Hutton avec un diplomate japonais Endo-San est mal vue et venue, et beaucoup la critique. Et même si certains comprennent cette amitié et les bénéfices sur le jeune Philip, il leur est malgré tout difficile pour eux de comprendre la place qu’elle prend dans sa vie. Qu’elle prend aussi dans cette Malaisie en guerre abandonnée par les Anglais, et dans cette Malaisie en souffrance et occupée où les japonais n’ont rien à envier aux allemands niveau atrocité. Oui, c'est une histoire compliquée.
     Pour être franche, cette relation est aussi difficilement compréhensible par le lecteur, car elle s’approcherait presque d’une histoire d’amour insensée et malsaine devant les faits implacables de Endo-San. Mais pourtant, cette incompréhension qui m’a été donné par l’auteur, c’est pour moi la réussite de cette histoire, car avec ce livre le lecteur est ici quasiment un personnage. Il réagit à peu de chose près de la même manière que les protagonistes du livre, et même quand on apprend au fil des pages, que c’est une histoire sur plusieurs vies et qu’il faut qu’elle finisse, que c’est le destin qui agit et que chacun a ses raisons d’agir, l’attachement de Philip pour Endo-San reste quand même incompréhensible par moment, et ceci même si on n’a l’avantage de tout savoir.
Comme on le voit, ce roman ce n’est pas que l’histoire d’un malheur annoncé, c’est aussi beaucoup d'ambiguïté y compris pour le lecteur. Rien n’est clair, rien n’est gagné d’avance, puisque l’auteur joue énormément sur les sacrifices, avec la mort, sur ces faits et ces sentiments qui nous échappent et nous obligent à quelques actions - et pas toujours les bonnes d’un point de vue ou d’un autre.
Bref. C’est vraiment un roman puissant qui nous entraîne on ne sait où, et pour ma part ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre où je suis quasiment logée à la même enseigne que les perso. Et ça, je ne risque pas de m’en plaindre !

     Enfin, un autre atout de ces lignes (que j’ai vite abordé quelques lignes plus haut), c’est que ce livre réunit à une histoire, l’Histoire de la Malaisie à cette époque ; et même si tout n’est pas vrai, par exemple sur la Chine, j’ai apprécié découvrir la seconde Guerre mondiale de ce côté-ci du globe. Ca change des mêmes histoires que l'on raconte ici, et que d’ailleurs je ne lis plus car c’est toujours la même chose et que c’est chiant. Voilà, en plus de l’histoire, le contexte, bien que terrible, vaut le détour par ces pages car on apprend des choses et on ne peut pas se plaindre de ça.

     En conclusion, je n’ai rien à dire de mauvais sur ce livre. Oui il est épais, oui ce n’est pas une lecture facile, oui c’est philosophique, oui c'est triste, mais c’est tellement bien raconté, dosé, profond et beau, que je ne peux que vous conseiller de lire ce livre. Pour tout ce qu’il raconte et nous apprend, on doit le lire.

Merci aux éditions Flammarion.

 

EXTRAITS : "Les jeunes ont des espoirs et des rêves, alors que les vieillards n'en conservent que les vestiges et se demandent ce qui est arrivé à leur vie"

"Mes anciens disciples m'appelaient parfois pour tenter de me convaincre de retourner dans ce monde, mais je refusais en leur disant que j'avais renoncé au fleuve et au lac, adoptant ainsi une expression cantonaise - toi chut kong woo - qu'on applique aux guerriers ayant quitté volontairement leur univers de violence pour chercher la paix."

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25 juin 2018

"Essais sur l'histoire de la mort en occident" de Philippe Ariès

Essais sur l'histoire de la mort en occident de Philippe Ariès

Source: Externe

Résumé :

Dans cette série d'essais visant à retracer l'évolution des attitudes devant la mort de l'homme occidental, Philippe Ariès se situe à la limite du biologique et du culturel, au niveau de l'inconscient collectif. L'ouvrage commence à l'époque du Moyen Âge, au temps de la "mort apprivoisée", où aucune crainte n'accompagnait son spectacle chez les vivants et où le cimetière servait souvent de lieu de sociabilité, de danse et de commerce. Puis, l'art et la littérature des débuts de l'époque moderne commencent à associer Éros et Thanatos, dans une complaisance extrême à l'égard de la souffrance et de la mort, jusqu'à ce que le romantisme ne laisse subsister que la seule beauté sublimée du mort, en la dépouillant de ses connotations érotiques. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, commence alors ce vaste mouvement de refoulement qui mène jusqu'à nous, où la mort se voit frappée d'interdit, n'étant plus que très rarement représentée. --Hervé Mazurel

Top chrono :

J'ai beaucoup apprécié l'époque médiévale, moderne, mais dès le contemporain ça me plaisait moins. De plus les articles datent assez, alors est-ce que les conclusions sont toujours d'actu ?
Sinon j'ai aussi apprécié voir comment il visualisait le 18ème siècle, pour beaucoup d'historien la déchristianisation qui commençait, mais pour lui c'était avant tout le symbole de la confiance naissante entre les divers membres de la famille.
A lire c'est une évidence, mais à voir s'il n'existe pas des études plus récentes aussi, notamment sur les questions archéologiques, archives et approche des mentalités.
Je ne dis pas que c'est mauvais, loin de là ! Mais vaut mieux compléter vu que les articles ne sont pas récents.

Extraits : "Le testament a donc été complètement laïcisé au 18ème s.
Comment expliquer ce phénomène ? On a pensé (thèse de M. Vovelle) que cette laïcisation était l'un des signes de la déchristianisation de la société.
Je proposerai une autre explication : le testataire a séparé ses volontés concernant la dévolution de sa fortune de celles que lui inspiraient sa sensibilité, sa piété, ses affections. Les premiers étaient toujours consignées dans le testament. Les autres furent désormais communiquées oralement aux proches à la famille, conjoint ou enfants. On ne doit pas oublier les grandes transformations de la famille qui ont abouti alors au 18ème s. à des relations nouvelles fondées sur le sentiment, l'affection. Désormais, le "gisant au lit, malade" témoignait à l'égard de ses proches d'une confiance qu'il leur avait généralement refusée jusqu'à la fin du 17èmesiècle ! Il n'était plus nécessaire désormais de les lier par un acte juridique."


"A partir du 16ème, et même à la fin 15ème, nous voyons les thèmes de la mort se charger d'un sens érotique. Ainsi dans les danses macabres les plus anciennes, c’est à peine si la mort touchait le vif pour l'avertir et le désigner. Dans la nouvelle iconographie du 16ème siècle, elle le viole. Du 16ème au 18ème siècle, d'innombrables scènes ou motifs, dans l'art et dans la littérature, associent la mort à l'amour, Thanatos et Eros : thèmes érotico-macabres, ou thèmes simplement morbides, qui témoignent d'une complaisance extrêmes aux spectacles de la mort, de la souffrance, des supplices.
[...]
Comme l'acte sexuel, la mort est désormais de plus en plus considérée comme une transgression qui arrache l'homme à sa vie quotidienne, à sa société raisonnable, à son travail monotone, pour le soumettre à un paroxysme et le jeter alors dans un monde irrationnel, violent et cruel. Comme l'acte sexuel chez le marquis de Sade, la mort est une rupture. Or, notons-le bien, cette idée de rupture est tout à fait nouvelle. Dans nos précédents exposés nous avons voulu au contraire insister sur la familiarité avec la mort et avec les morts."

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06 avril 2018

"Le vrai visage du Moyen Âge : au-delà des idées reçues" Sous la dir. de N. Weill-Parot et V.Sales

Le vrai visage du Moyen Âge : au-delà des idées reçues. Sous la dir. de N. Weill-Parot et V.Sales

le vrai visage du MA

Résumé :

Que la violence y ait régné sans partage, que les puissants y aient exercé une impitoyable domination sur les faibles, que la justice y ait été cruelle et expéditive, qu'une religion fanatique y ait régenté la vie des hommes, à peine tempérée par les superstitions les plus extravagantes, qu'on n'y ait eu que de très approximatives connaissances dans les domaines de la science, de la médecine ou de l'hygiène, qu'on y ait méprisé les femmes et méconnu tout ce qui était étranger aux frontières de l'Occident, pour la majorité d'entre nous, cela ne fait aucun doute : le Moyen Âge, interminable parenthèse entre les accomplissements de l'Antiquité et les merveilles de la Renaissance, est le point de référence obligé lorsqu'on veut dénigrer les temps obscurs auxquels nous avons échappé pour accéder enfin à la modernité. Autant d'idées reçues que les plus grands spécialistes français de la question contestent avec force.

Contributeurs : Dominique Barthélemy, Colette Beaune, Ziad Bou Akl, Alain Boureau, Boris Bove, Nicolas Carrier, Franck Collard, Philippe Contamine, Patrick Gautier Dalché, Danielle Jacquart, Philippe Josserand, Didier Kahn, Gabriel Martinez-Gros, Laurence Moulinier, Marilyn Nicoud, Jacques Paviot, Valérie Toureille, André Vauchez, Jacques Verger, Catherine Verna, Laurent Vissière et Nicolas Weill-Parot.

Mon avis :

J’ai mis du temps - étude oblige – mais je l’ai fini ! Et malgré le temps à le lire je peux dire que j’ai été ravie de lire ce livre. Un gros coup de cœur.

Loin du politiquement correct, de la réécriture comme des louanges, ce livre est une mine d’or d’information sur le Moyen Âge. Déjà pour les étudiants, pour ma part je trouve qu’il complète bien mes cours, ce qui est un peu logique car certains sont mes profs comme Monsieur Collard mais pour ceux qui ne sont pas mes profs ça marche aussi - et je regrette d’ailleurs que certains ne soient pas mes profs, ça aurait évité quelques catastrophes… Ensuite, il est aussi parfait pour le lecteur lambda qui veut se cultiver et sortir des clichés que l’on entend sans cesse sur l'époque médiévale habituellement vu que ce livre a pour mission de bousculer les idées reçues et qu'il temporise les ardeurs des discours.

Par ailleurs comme il est écrit par des vrais historiens ce bouquin est aussi une mine d’or sur ce qui fait le sel de ce métier, à savoir : la méthode, la vue d’ensemble, la relativisation, la déduction, la projection… Quand on lit ce livre on voit bien qu’être historien ne s’improvise pas, qu’il faut du temps et de la recherche et que ça va plus loin que répéter une liste de faits comme ça, sans réfléchir.
En effet, les faits s’analysent et comme le montre ce bouquin ça prend du temps pour les analyser et aussi les partager, d’où le fait qu’on peut franchement critiquer ces gens à la TV, à la radio, dans les journaux… qui tentent de donner des leçons d’histoire en 5 minutes et qui se veulent être exhaustifs en plus de ça - même s'ils ne sont pas tous ainsi faut bien l'admettre.
Ce genre de programme c’est très bien pour avoir une première approche, ouvrir sa curiosité, mais pour l’approfondissement et pour une bonne vue d’ensemble ça ne suffit pas, et ce livre le met particulièrement bien en lumière. Il montre vraiment que dans les discours souvent politiques (l’histoire est très politique) on fait usage de trop de raccourci et d’idée fausse qui suffisent hélas pour beaucoup de personne et de ce fait entretient les fausses légendes et facilite la déconstruction...
Outre la méthode, ce livre est aussi une bonne critique sur l’historiographie comme des discours sur l’histoire qui s’inscrivent dans un cadre politique.
Et moi, toutes ces qualités et connaissances me laissent rêveuse… J’aimerai être aussi douée que ça un jour. (Ce qui n’arrivera jamais.)

Enfin, le dernier atout de ce bouquin collectif, c’est la pluralité des thèmes abordés ; de la médecine à la ville, en passant par la femme, la science loin d'être irrationnelle contrairement à ce qu'on pense généralement, les seigneurs, l’hygiène, l’université (je ne digère toujours pas mon mauvais cours sur ce sujet), les traductions beaucoup du fait des chrétiens et des juifs dans le monde islamique, etc., etc. tout passe à la lumière de l’historien, et ceci pour le plus grand bonheur du lecteur qui veut apprendre et sortir des clichés ou compléter ses connaissances.
Le seul défaut qu’on pourrait éventuellement trouver à ce livre - et encore que pour moi ça n’est pas un défaut -, c’est la manière un peu enfantine d’aborder les pistes de réflexion sur cette période par le jeu des questions-réponses, mais personnellement je trouve que ce procédé a au moins le mérite d’être clair et de faciliter la lecture et je n’y vois rien à redire même si beaucoup ne trouveront pas cela sérieux.

En résumé, c'est un livre à lire, c'est un livre fabuleux, c'est un livre nécessaire que tout le monde doit lire. Vraiment j'insiste.

Extraits : (Difficile de choisir !)

"Parleriez-vous d'un sentiment national français au Moyen Âge ?

L'expression "sentiment national" ne se rencontre pas à l'époque. Si l'on considère que, pour qu'une idée existe, il faut qu'elle ait une expression linguistique, alors il faudrait conclure cette idée n'existe pas au Moyen Âge. Mais peut-on être aussi catégorique ? Je retiens un élément : le roi de France passe pour une incarnation de la France, indépendamment de ses qualités propres ; donc s'il est chassé, supplanté, la France elle-même est menacée dans sa survie. L'idée était admise et ancrée que le roi de France devait être un Français. Des textes produits au XIVème siècle dans l'entourage de Charles V le disent expressément, cela pour ruiner les prétentions des rois d'Angleterre, présentés comme des étrangers : "Nul de succède [à la couronne de France] qui est d'étrange pays." Christine de Pizan dit très nettement que les français ont la chance d'avoir toujours été gouvernés par des gens de chez-eux. Il y a donc bien une sorte d'identification entre le roi et ceux qui lui sont soumis dans les limites de sa souveraineté, de son ressort et de son hommage ; et d'un point de vue émotionnel, effectivement, la présence anglaise a été vécue comme une invasion suivie d'une occupation

La France existait donc bien au Moyen Âge...

Il ne paraît pas absurde, en effet, de parler de France et de Français dans les derniers siècles du Moyen Âge. C'ets dire que je suis loin de blâmer les historiens du XIXème siècle, de Michelet à Lavisse, qui ont comme on dit maintenant, crée et raconté le "roman national". Pour eux, ce n'était pas un roman, c'était un récit, composé de bonne foi. Ce n'était pas l'histoire d'un mythe, c'était l'histoire d'une réalité. Il se peut qu'ils aient surestimé tel élément et qu'ils aient volontiers retenu des textes ou des faits répondant ç leur attente et à celle de leur public, mais ils ne les ont pas inventés. Lorsque Jeanne d'Arc déclare dans sa fameuse lettre au roi d'Angleterre (mars-avril 1429) qu'elle veut le "bouter hors de toute France", il ne s'agit évidemment pas simplement de la région parisienne. Entendons-nous bien : être Français, être bon Français, à l'époque, c'est une détermination géographique, mais c'est aussi l'adhésion à la lignée des Valois. En disant tout cela j'ai l'impression de proférer de évidences, mais apparemment, cela mérite encore d'être dit." Pages 20-21. Historien : Franck Collard.

"Selon une idée générale très répandue, dans les médias, dans la classe politique, parfois dans les manuels scolaires, il y aurait eu au coeur de ces conflits de civilisation une oasis de paix et de tolérance : al-Andalus.

Jacques Berque a écrit un livre pour tenter de rapprocher les deux rives de la Méditerranée, un de ses derniers, qui s'intitule Andalousies. Comme se ce mot magique suffisait, un peu comme la lecture d'Avérroès, à rapprocher les civilisations. C'est malheureusement totalement faux. Ce qu'on présente comme la tolérance andalouse, c'est la tolérance du monde islamique à l'égard des religions qui ne sont pas l'islam mais qui font partie des "religions du livre" citées dans la Coran ; cependant, cette tolérance, la dhimma, implique une forme de soumission, un statut d'infériorité. Ce qu'on mesure mal dans notre civilisation moderne, où la tolérance date de la fin du 17ème siècle, c'est que, lorsque la tolérance s'est exercée dans le monde ancien, y compris dans l'Empire romain, mais surtout dans le monde islamique, elle ne signifiait jamais l'égalité. Au contraire, la condition de la tolérance est l'inégalité. En d'autres termes, vous tolérez un inférieur,celui qui vous prête son concours, qui vous donne ses impôts, son travail. [...]" Pages 79-80. Historien : Gabriel Martinez-Gros.

"Récemment encore, un journaliste me disait : "il y a encore des gens pour dire que le jihad, c'est la guerre sainte, alors que tout le monde devrait savoir que c'est un combat intérieur ; le jihad comme la guerre sainte, cela n'a jamais existé, cela a été inventé de toute pièce par les Européens..."
C'est évidemment lui qui se trompait. Dans la revue L'Histoire, à chaque fois qu'il est question d'un article sur l'islam, on me demande de préciser ce qu'est le jihad, et à chaque fois je suis obligé de réécrire les mêmes 3 lignes donnant la définition banale mais juste. Eh oui, le jihad c'est la guerre sainte ou légale."


23 juin 2017

"Un été avec Machiavel" de Patrick Boucheron

Un été avec Machiavel de Patrick Boucheron

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Résumé :

« L’intérêt pour Machiavel renaît toujours dans l’histoire au moment où s’annoncent les tempêtes, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. Si on le relit aujourd’hui, c’est qu’il y a de quoi s’inquiéter. Il revient : réveillez-vous. » Depuis sa mort en 1527, on le lit pour s’arracher à la torpeur. Mais que sait-on de lui hormis le machiavélisme, cette angoisse collective devant le mal en politique ? Allons donc chercher l’homme derrière le masque qui le défigure. Levons les contradictions qui travaillent cet esprit ardent de la Renaissance florentine : le créateur du Prince et l’homme d’action, le poète obscène et le blagueur, l’inspiration qu’il trouve autant chez les peintres que dans la mécanique des passions et intérêts humains. En somme, la sagesse de Machiavel ne se trouve-t-elle pas dans « l’art subtil de la provocation joyeuse » ? Patrick Boucheron nous invite sur un tempo allegrissimo à découvrir un Machiavel insolent, visionnaire, implacable comme un soleil d’été. « Machiavel est un éveilleur, parce qu’il est un écrivain. Il écrit pour porter la plume à la plaie. Il écrit pour raviver, non la splendeur des mots, mais la vérité de la chose ». Un été avec Machiavel est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2016 sur France Inter.

Mon avis :

Machiavel, Machiavel un auteur connu de tous même si tout le monde ne le lit pas.
Machiavel, l’auteur du Prince, mais un Prince pas si Machiavélique que ça, plutôt un livre pour apprendre à gouverner tout en ayant l’art d’entourlouper les gens ; et si je vous parle de cela c’est parce qu’en lisant ce livre Un été avec Machiavel j’ai la certitude d’être passé à côté de l’œuvre maîtresse de Machiavel que je n’ai pas tant apprécié que cela, j’admets.
Il faudrait que je la relise dans une édition argumentée.
Avec ce livre et une édition argumentée je comprendrai mieux ce livre (Le Prince) que j’ai laborieusement lu et finalement très mal compris.
Mais parce que j’ai laborieusement lu Le Prince de Machiavel, j’ai difficilement lu Un été avec Machiavel de Patrick Boucheron. C’est un livre très intéressant, on apprend beaucoup de chose sur Machiavel, sur ses livres, sur les temps, sur les messages de ce bouquin et sa manière qu’il a de marquer l’histoire, mais au final et malgré tout cela ça n’a pas suffi pour me faire aimer ces pages à la première lecture - même s'il permet une autre approche du Prince.
Il y a pourtant de magnifiques passages à méditer, à imaginer, à dévorer, à relire, et il est aisé de faire le parallèle avec aujourd’hui, mais malgré cela ce livre m’est resté obscure car l’œuvre principale qu’il aborde m’est resté elle-même en grosse partie obscure... Alors là je vais mettre 3 étoiles, mais je sais que quand je relirai ces deux livres (Le Prince et Un été avec Machiavel) je mettrai plus d’étoile à ces derniers, car j’aurai enfin eu tous les éléments en main pour bien comprendre la portée de l’œuvre "machiavéliste" et sa résonance au temps présent et futur...

Merci aux éditions des Equateurs

Extraits :

« On racontera bientôt que Machiavel, avant de mourir, fit un songe. Il voyait arriver vers lui une foule misérable et triste en haillons. De l’autre côté, un autre groupe s’avançait, noble et solennel. Il demanda leurs noms  aux premiers : nous sommes les saints qui allons en paradis. Quant aux seconds, ils déclaraient : nous sommes les damnés qui allons en Enfer. Mais oui, il les reconnaissait : il y avait parmi eux tous ces grands esprits de l’Antiquité qui lui avaient offert avec tant de libéralité leur conversation. Avec eux, on pourra continuer à parler politique. Pourquoi aller s’ennuyer avec les gueux ? Point de doute, Machiavel a décidé : il suivra les grands hommes en enfer. »

" Raymond Aron l’a écrit en 1945 : « La querelle du machiavélisme se rallume chaque fois que des Césars plongent l’Europe dans la servitude et la guerre. » En sommes-nous là ? Peut-être pas, ou pas encore. SI l’histoire est scandée par une succession de moments machiavéliens, il y a des moments forts et des moments faibles, plus discrets, plus sournois, plus entêtants. Les moments faibles ne sont pas toujours les moins dangereux, dès lors que menace l’engourdissement général. Machiavel est un éveilleur, parce qu’il est un écrivain. Il écrit pour porter la plume à la plaie. Il écrit pour raviver non la splendeur des mots, mais la vérité de la chose. "

"Le gouvernant avisé, lit-on dans le Prince, "ne doit avoir autre objet ni autre pensée que la guerre et les institutions et science de la guerre". Mais alors qu'est-ce que la paix ? Machiavel répond : la violence en puissance, celle qui n'a pas besoin de s'exercer sinon par les effets d'une menace insidieuse, d'autant plus efficace qu'elle demeurera vague, incertaine, informulée."

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23 avril 2017

"Contre la bienveillance" d'Yves Michaud

Contre la bienveillance d'Yves Michaud

Source: Externe

Résumé :

Le constat est maintenant partout : la puissance du fondamentalisme religieux, la montée des populismes de droite comme de gauche, le discrédit de la classe politique, le rejet de la construction européenne, rendent caducs les schémas anciens. En particulier l’idée que la démocratie, à force de bienveillance, peut tolérer toutes les différences, toutes les croyances.
Oui ! Il y a des croyances insupportables et intolérables. Non ! Le populisme n’est pas une illusion qui se dissipera d’elle-même avec un peu de pédagogie et de bonne volonté. Non ! La politique internationale n’obéit pas aux chartes du droit international.
Il faut dénoncer la tyrannie des bons sentiments, la politique de l’émotion et de la compassion. Non que la bienveillance soit un sentiment indigne, mais nous devons cesser de croire qu’on peut bâtir sur elle une communauté politique.

Mon avis :

Il est des livres qui font du bien car il montre que des gens réfléchissent encore, celui-ci Contre la bienveillance d’Yves Michaud en fait parti. Que ça m’a fait plaisir de lire ce livre qui va mettre à jour et développer tous les - du moins les principaux - travers de notre société, empreinte de beaucoup trop de charité chrétienne et qui agissent dans un but égocentrique et de haine de soi au délitement de la nation.
Petite précision, ce livre n’est pas entièrement contre la bienveillance, l’auteur met juste en garde contre l’idiotie généreuse qui poussent à ne pas voir et nommer la réalité (par politiquement correct, par terrorisme intellectuel, par clientélisme…), ce qui par conséquent nous enlise un peu plus chaque jour dans notre merde (n’ayons pas peur du mot), nos erreurs, et nous pousse à continuer sur la mauvaise route qu’un jour le gouvernement français - et même d’autres – a pris en donnant raison aux revendications contraire aux intérêts de la nation et des droits de l'homme.
Revendications intégristes islamiques (voile, burka, repas sans porc…), revendications de diverses associations qui ont pour but les droits de l’homme en les détournant de leur fonction première, ou encore revendications des idiots généreux qui peuvent avoir de belles pensées mais les utilisent mal généralement. 
J’entends de là les bien-pensants dire que c’est scandaleux de ne pas être un idiot généreux, de ne pas être ouvert aux autres (et j’ai l’impression qu’on confond souvent « fermeture d’esprit » et « lucidité ») ; mais refuser de se tirer une balle dans le pied n’est pas une tare. De plus quand on voit où nous conduit cette politique désastreuse et du « bien voir » qui pousse à accepter l’inacceptable, à nous asseoir sur nos valeurs, à se suicider à petit feu, on peut se demander où se trouve le problème de refuser cette dictature de la bienveillance malsaine et pousser jusqu’à l’absurde.

Plus précisément maintenant, l’auteur va donc développer les travers, les comportements et les lâchetés, des différents gouvernements qui ont conduit à cette situation désastreuse que nous vivons aujourd’hui. Il va dénoncer aussi le comportement dictatoriale des parties les plus modérés, certains discours qui amoindrissent les faits (la vague de refus des hommages aux victimes de Charlie Hebdo dans les écoles et plus importantes qu’on veut nous le faire croire) ou les discours doubles dont il faut se méfier sous des dehors normaux ou généreux, ceux de Belkacem par exemple ou de certaines ONG encore. En plus, il va aussi réexpliquer par la philosophie certaine notion de penser et de gouverner comme le « soin ».

Mais dénoncer n’est pas tout, faut-il encore argumenter et proposer des solutions. L’auteur l'a fait ; par exemple en ce qui concerne l’Islam et les musulmans et d’une manière général à tous ceux qui viennent ici, il va proposer de redécouvrir l’idée du contrat social qui imposerait les valeurs communes de la France et de la démocratie et rejetterait tout ce qui ne va pas avec notre démocratie, - et avec l’Islam il y a beaucoup de choses qui ne collent pas avec la démocratie et les droits de l’homme. Pour s’en convaincre il suffit de lire la déclaration des droits de l’homme en islam qui fait office de loi dans les pays musulmans. (C’est l’opposée de la notre).
D’ailleurs puisqu'on parle de religion, je dois dire que j'ai apprécié l’approche de l’auteur qui dit que la laïcité n’est pas le point de vu par lequel il faut aborder l’intégrisme, pour lui il faut aborder le problème religieux par la notion du contrat social ; car si la laïcité doit organiser les relations Église/État, elle ne peut faire face aux violences des intégristes d’aujourd’hui qui sont prêt à imposer leur religion par la force, ce qui n’était pas le cas au tournant du 20ème. En effet, quoi de mieux comme première mesure d'expulsion, de déchéance, qu'un contrat social non respecter ?


Comme vous le voyez, cette approche par la critique montre qu’il est nécessaire de revoir le fonctionnement de nos sociétés et certaines lois qui ne peuvent plus être appliquées à l’époque actuelle, comme par exemple le droit d’asile qui ne peut plus être applicable face à ce qu’on vit aujourd’hui, ou encore du regroupement familiale qui est devenue une notion ruineuse, catastrophique et ne tenant pas ces objectifs.
Cette approche montre aussi que les principes bienveillants mais malsains du moment qu’ils deviennent une ligne politique, des objectifs à atteindre pour une minorité contre le bien de la nation, doivent arrêter pour le bien-être du pays et son avenir. Il faut aussi sur certains sujets et pour le bien-être du pays dépasser le clivage gauche/droite. L’auteur insiste aussi sur le fait qu’il ne faut pas avoir peur d’agir et arrêter de faire des comparatifs crétins avec le passé à chaque fois qu’une personne propose quelque chose qui met en avant la défense nationale ou encore les intérêts nationaux, l’exemple le plus flagrant est actuellement la déchéance de la nationalité.
Sur cette question d’ailleurs je vais donner mon avis. Personnellement, je trouve inconcevable et abject d’être contre cette mesure symbolique - et encore pas tant que ça -  mais nécessaire. En effet, on ne peut pas considérer comme français et leur accorder les droits qui vont avec, des connards qui nous crachent ouvertement dessus. Par ailleurs il est abject de dire que cette mesure est contre-productive et de faire des comparatifs entre ces trous du cul et des victimes de régimes totalitaires pour expliquer le refus de cette mesure. Comment peut-on comparer des juifs victimes du nazisme à des terroristes !? Comment peut-on comparer les allemands qui ont été déchus de la nationalité française lors de la première guerre mondiale - sans doute victime des événements plus que coupable -, à des terroristes qui embrassent ouvertement l’idéologie qui veut notre mort !? Faut être con et n’avoir rien dans le crâne pour faire cela ! Honnêtement.
Bref !
Pour en revenir au livre, l’auteur va expliquer en quoi cette mesure de la déchéance de nationalité est nécessaire dans le contrat social mais aussi un des meilleurs moyens (avec la peine capitale) de se débarrasser d’individu nuisible en leur refusant l’accès au territoire et/ou en les expulsant.

Mais comme la France est sous l’égide de l’Europe (hélas) il faut aussi revoir ces institutions supra-nationales qui ne respectent pas la souveraineté nationale, bloque toute réforme et font n’importe quoi au nom d’idéaux marchands, de cosmopolitisme absurde…. Et le meilleur exemple la Turquie avec ce fumier d’Erdogan... Mais peu importe l'exemple, ce comportement suicidaire des élites dirigeantes montre clairement qu’il faut repenser l’Europe ou mieux, s’en éloigner. Ca pourrait éviter le pire, et dans le pire vous mettez ce que vous voulez, tout est valable. (Personnellement je ne peux plus me la voir, je n’arrive plus à supporter cette Europe qui a dépassé depuis longtemps sa fonction première et s’occupe de chose au sein des pays membres qui ne devraient pas la regarder, mais qui aussi n’hésite pas à pactiser et à se coucher devant le diable. Ils sont prompts pour faire des rapprochements avec le passé mais seulement quand ça les arrange...)

Au-delà de la politique nationale ou européenne, l'auteur va avoir une approche de la politique internationale toute aussi critique, elle dure peu, mais il va montrer comment la politique internationale peut être mauvaise et conduire à des désastres ou à des situations qui durent, vu qu’elle ne prend pas en compte certains paramètres qui ont leur importance. Comme l’Histoire ou encore les liens entre clans qui régissent les pays et les mentalités.


En résumé, même si je n'ai pas tout raconté, c'est un livre nécessaire car Yves Michaud pense avec sa tête et non avec son coeur. Certes il va parler de choses déjà connues, mais en lisant ce livre on se rend compte à quel point certains problèmes ne sont pas abordés sous le bon angle ou avec la bonne notion. A lire.

 

Extraits :

"En fait, l’islam ne pourra être accepté sans réserve que le jour où il reconnaîtra explicitement et inconditionnellement démocratie, pluralisme, liberté de pensée et d’expression, liberté de conscience, en particulier liberté de choix de la religion ou de la non-religion, ce qui veut dire liberté absolue d’apostasie, et enfin renoncement tout aussi explicite et inconditionnel à la charia comme droit absolu.
Bien évidemment, aussi, l’islam n’a aucun droit à être protégé par autre chose que le droit commun de choix de sa religion et de liberté de conscience dans une société démocratique. Toute instauration d’un délit d’islamophobie comme forme d’intolérance particulière est, de ce point de vue, à exclure. Si l’islam doit être toléré au titre de la liberté de conscience, il ne peut être protégé par principe de toute critique derrière le paravent d’un délit qui sera évoqué à la première remarque critique."

« Si recommander la bienveillance, la sollicitude, l’attention, le soin -qu’on appelle le car comme on voudra – n’a rien de pendable quand on s’en tient à la morale avec ses limites, faire du soin le principe d’une politique entraîne une cascade de conséquences inacceptables.

L’obsession de la bienveillance et du soin conduit à accepter toutes les différences, pour peu qu’elles invoquent les excuses de la vulnérabilité, de la souffrance, et de la minorité. Elle favorise donc les revendications communautarisme qui s’avancent masquées sous des dehors de plaintes.
C’est ainsi que, aujourd’hui en France, voire en Europe, la moindre critique de l’islam rencontre aussitôt l’accusation d’islamophobie et déclenche des discours d’excuse de la bien-pensance. Non l'islam n'est pas intolérant ! Non, l'intolérance en son sein est uniquement le fait des minorités ! Et de toutes manières c'est la religion des ex-colonisés et des opprimés. (Sur ce dernier point je regrette que l'auteur ne disent pas que l'inverse est vrai aussi, ils furent colonisateurs, esclavagistes et oppressifs.)
[…].
L’obsession de la bienveillance et du soin nous fait aborder avec compassion les plaintes, toutes les plaintes et, en ce sens, valide et renforce toutes les revendications populistes les plus démagogiques -puisque se sont chaque fois des victimes qui parlent et qu’il faut les écouter : victimes du capitalisme, victimes de la mondialisation, victimes de leurs échecs scolaires […]
Dès lors que l’on parle de victimes, il y aussi des agresseurs ; et comme ces agresseurs sont dissimulés par le fameux « système », non seulement la démagogie mais aussi le conspirationnisme peuvent se donner libre cours.

Bienveillance et vision morale du monde, dans tous les cas, nous font nous aveugler face à la réalité – face à la réalité de l’affrontement religieux, face à la réalité du populisme démagogique, face à la réalité d’un monde internationale où prévalent comme par le passé la force et les intérêts.
Le paradoxe de cette souffrance, si complaisamment débusquée, n’est pas mince : elle engendre l’anesthésie à la réalité et l’aveuglement aux faits. La souffrance et son accompagnement, le dolorisme, servent une fois de plus de paravent à la réalité.

Les différences religieuses « actives », militantes, celles qui débordent le for intérieur, doivent être proscrites.
[…]
Sur d’autres points, la réflexion est à approfondir et à nuancer, mais par exemple, si l’accès aux langues minoritaires peut être facilité, celles-ci ne peuvent en aucun cas avoir un usage public officiel. Il faut qu’il y ait une langue de la Res publica, le français. De même pour les matières enseignées dans les écoles ou l’accès aux soins. Les différences culturelles doivent demeurer des différences culturelles sans jamais devenir des différences politiques.
[…]
A l’inverse, certaines lois doivent être réintroduites : les lois mémorielles doivent être abolies, les droits exorbitants donnés à certaines associations d’ester en justice et qui sont un encouragement Quant à ceux qui ‘accepteraient pas cette idée du commun, ils peuvent, comme le disait Rousseau, « partir avec leurs biens », mais s’ils s’engagent dans des menées contre la communauté, le retrait graduel des droits sociaux et des droits civils, et pour finir, la déchéance de la nationalité s’imposent. »

Voici un lien avec un début très intéressant sur la déchéance de la nationalité et sa conséquence : apatride.

En voici un extrait :

"Article premier - Définition du terme "apatride"

1. Aux fins de la présente Convention, le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation.
2. Cette Convention ne sera pas applicable :
i) Aux personnes qui bénéficient actuellement d'une protection ou d'une assistance de la part d'un organisme ou d'une institution des Nations Unies autre que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, tant qu'elles bénéficieront de ladite protection ou de ladite assistance;
ii) Aux personnes considérées par les autorités compétentes du pays dans lequel ces personnes ont établi leur résidence comme ayant les droits et les obligations attachés à la possession de la nationalité de ce pays;
iii) Aux personnes dont on aura des raisons sérieuses de penser :
a) Qu'elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l'humanité, au sens des instruments internationaux élaborés pour prévoir des dispositions relatives à ces crimes;
b) Qu'elles ont commis un crime grave de droit commun en dehors du pays de leur résidence avant d'y être admises;
c) Qu'elles se sont rendues coupables d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies."

 

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14 avril 2017

"Fausses vérités et vrais mensonges de l'histoire" de Pierre Monteil

Fausses vérités et vrais mensonges de l'histoire de Pierre Monteil

histoire pierre monteil

Résumé :

Chaque génération hérite des a priori et des idées reçues de la génération précédente. Ces fausses vérités et vrais mensonges, qui apparaissent à chaque époque de l'Histoire, se nourrissent de l'ignorance aussi bien que de la propagande,  et survivent au fil des siècles. Cependant, force est de constater que ces nombreux poncifs sont considérés par beaucoup comme une réalité.  Saviez-vous, par exemple, que Moïse et l'Exode n'ont aucun fondement historique, pas plus que les premiers rois du Grand Israël ? Que la Grèce antique ne fut jamais un havre de paix et de raison ? Que Christophe Colomb ne fut pas le premier à découvrir l'Amérique ? Que le Lusitania fut coulé alors qu'il transportait des armes ? Que le Tibet d'avant l'invasion chinoise de 1950 était une théocratie médiévale et obscurantiste ? Que la guerre d'Irak et l'affaire des armes de destruction massive reposent en fait sur du vide ? Cet ouvrage, mêlant simplicité d'écriture, esprit critique et objectivité, a été écrit pour s'adresser à un public large. Que vous soyez donc un passionné ou bien un simple néophyte, ne tardez pas à (re)découvrir ces fausses vérités et vrais mensonges de l'Histoire.

Mon avis :

Fausses vérités et vrais mensonges de l’histoire, fait parti de ces livres qui abordent de manière superficielle des sujets qui mériteraient plus de recherche. Cependant et malgré cela il est très intéressant à lire. D’une part parce qu’il aborde différentes époques et différents sujets, et ensuite parce qu’il est parfois assez suffisant pour constater les fausses vérités, les raccourcis et les plus gros mensonges (avant une lecture d’ouvrage plus conséquent).

Franchement j’ai apprécié ce livre, d’une part parce qu’il se propose de lutter contre les idées reçues, mais aussi parce qu’il permet de s’interroger sur des gens élevés aux statues d’icône (Lénine ou encore Malcom X qui est un fervent partisan de la violence et du racisme prôner par l’organisation extrémiste Nation of Islam), sur la fabrication de l’histoire, ou encore sur certains mensonges qui ont conduit à de grands mouvements sentimentaux populaires par la manipulation via des images et discours. Certes ce dernier point est su de tout le monde, mais je trouve que c’est toujours bien de rappeler ces pratiques dictatoriales et manipulatrices encore actuelles.

Bref ! Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre si ce n’est qu’il est intéressant, se lit bien, et titille assez la curiosité. A lire pour le plaisir.

Merci aux éditions Jourdan.

 

Extraits :

Affaire des couveuses du Koweït :

« Cependant dès mars 1991,  plusieurs journalistes américains s’aperçurent que le témoignage de Nayirah ne correspondait pas à la réalité. Ainsi, si de nombreux  patients et nouveau-né étaient mort lors de l’invasion du Koweït, c’était avant tout parce que le personnel médical c’était enfui, et non à cause des exactions irakiennes.

Pire, l’on découvrit que la jeune femme, loin d’être une infirmière lambda, était en fait une fille de Saud Bin Nasir al-Sabah, ambassadeur du Koweït à Washington (et membre de la famille royale koweïtienne).

En réalité, cette campagne en faveur d’une intervention internationale en Irak avait été commandée par l’association Citizen for a free Kuwait.

[…]

Ces nombreuses révélations, donnant naissance à l’affaire des couveuses du Koweït, firent grand bruit dans la presse.

Ce scandale véritable cas d’école, démontrent aujourd’hui à quel point il est facile de manipuler l’opinion publique afin de la pousser à défendre les idées du gouvernement. »

Lénine :

« Au final on ne peut que constater un décalage flagrant entre l’image plutôt positive de Lénine, telle qu’elle est véhiculée aujourd’hui, et l’implacable réalité du terrain. Cette dichotomie est d’autant plus incompréhensible, dans la mesure où, comme nous avons pu le constater, Lénine a violé tous les engagements pour lesquels il avait combattu le régime tsariste : suppression des libertés individuelles ; création d’une police secrète sans aucune base légale ou judiciaire ; rétablissement de la peine de mort ; instauration de la Terreur rouge (qui fit 3 fois plus de victimes en deux semaines que le régime tsariste en un siècle) ; dissolution de l’assemblée constituante qui lui était hostile ; instauration d’une véritable dictature ; ouverture de camp de concentration ; interdiction du droit de grève ; instauration d’un parti unique ; et au final un bilan humain estimé à près de quinze millions de morts (si l’on ajoute les victimes de la guerres civile à celles de la famine).

A l’aune de ces chiffres, force est de constater que Lénine ne fut pas un idéologue innocent, prix « involontairement » dans l’engrenage de la violence, qui aurait été contraint de se « salir les mains » à contrecœur à cause d’un contexte géopolitique difficile.

Aujourd’hui le premier dirigeant de l’URSS doit être considéré comme ce qu’il fut, c’est-à-dire « l’inventeur » de la première dictature totalitaire du 20ème siècle, sa responsabilité dans les atrocités commises au cours de son règne ne pouvant être écartée. »

 

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18 août 2016

Suivons les pas des amants désunis

Romanesque de Tonino  Benacquista

Source: Externe

Résumé :

Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se rend dans un théâtre, au risque de se faire arrêter, pour y voir jouer un classique : Les mariés malgré eux. La pièce raconte comment, au Moyen Âge, un braconnier et une glaneuse éperdument amoureux refusent de se soumettre aux lois de la communauté.
Malgré les mille ans qui les séparent, les amants, sur scène comme dans la réalité, finissent par se confondre. Ils devront affronter tous les périls, traverser les continents et les siècles pour vivre enfin leur passion au grand jour.
Tonino Benacquista livre ici un roman d’aventures haletant et drôle qui interroge la manière dont se transmettent les légendes : l’essence même du romanesque.

Mon avis :

Romanesque : le titre sied à merveille au contenu de ce livre. Ce livre mes amis, quel livre ! Quelle aventure ! Quelle inventivité ! Quelle lecture ! Sans pour autant être un coup de cœur – mais pas loin –, ce livre m’a enchantée par son histoire hors du commun et ô combien riche en trouvailles, évènements, surprises, et j’en passe.

Nous suivons l’histoire de deux amants qui dérangent par leur façon de vivre et de penser leur amour, punis sur terre comme au ciel et enfin aux enfers, ils devront traverser plusieurs épreuves qui calmeront la colère de dieu et le désarroi du diable devant son échec à les séparer.
Mais les épreuves stressantes et terribles de nos amants, qui traversent le temps et les continents avec ruse et force, n’est pas le seul point positif de ce livre. En effet, ce dernier m’a énormément plu par son côté légendaire. J’ai aimé voir comment l’imaginaire de l’auteur a pu concevoir la transcription des légendes qui peuplent notre terre. J’y ai trouvé un côté enfantin et très nouveau. Car on n’imagine pas les légendes s’écrire ainsi avec un parcours aussi fou.

Outre ceci, et dans cette chance que nos amants ont eu à parcourir le temps, j’ai aussi goûté cette petite critique de l’incertitude historique que l'auteur glisse par-ci par-là. Cette avance que les amants avaient sur elle et qui leur permettait de critiquer certaines choses était en effet sympathique à suivre pour l'étudiante en histoire et histoire d'art que je suis. Car cela montre qu'on ne peut pas tout savoir et que parfois l'Histoire comme les légendes s'écrivent avec des lambeaux d'histoire et de l'imagination, ce qui ne les rend pas forcément très fiables. Et ceci c'est un sentiment que je ressens souvent dans mes études, du coup comme ça me parlait, ben forcément j'ai apprécié.

Enfin, pour finir, je dois dire que l’élégance du livre vient aussi de nos deux amoureux. Alors certes, c’est un peu beaucoup niais une histoire d’amour, mais malgré cela j’ai trouvé du charme dans cette histoire. Nos deux tourtereaux qui s’aiment mal pour l’opinion et envers et contre tout sans pour autant être écœurant d’amour, sont attachants par cette envie de vivre simplement ensemble et la persévérance qu'ils y mettent.
De plus, d’un point de vue du caractère je les ai trouvé surprenants ; ils sont débrouillards, ne se démontent pas face à l’hostilité des vents ou des hommes, et surtout, ils savent ce qu’ils veulent. L’auteur ne remplit pas des pages en les faisant jouer la girouette, là ça reste un but, une idée et pas autre chose, et je dois dire qu’en plus des épreuves incroyables qu’ils traversent, ce but à atteindre qui ne varie pas d’un point et ce qui fait que j'ai été happée par le récit. Car je n'avais qu'une question en tête de toute ma lecture.

Malgré cet avis un peu dithyrambique, je le rappelle ce livre n’est pas un coup de cœur parce que certains passages à l’époque contemporaine ne m’ont pas emballée autant que ça, mais malgré tout, cette histoire d’amour servie à la fois par une plume commune, délicate et poétique, et qui nous propose de suivre des personnages hors du commun dans des épreuves hallucinantes, est une perle. C’est un livre de cette rentrée littéraire à ne pas rater. C’est du roman, de la nouveauté comme on aime. C’est Romanesque !

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard.

 

Extraits :

"Vexés par l'insubordination des amants, les fâcheux s'en sont allés, mais déjà une ombre morbide et souveraine plane sur la scène. L'insolence s'efface par pudeur, l'heure n'est plus à la farce : on se meurt."

"Temps,
Toi qui m'oppresses depuis mon premier jour, toi qui me rappelles à chaque instant que tu m'octroies combien je suis mortel. Sache que dorénavant je serai lent quand tu voudras me hâter, et je perdrai plus mes heures à t'attendre quand je voudrai me hâter. J'ai depuis ce jour bien plus de temps que tu n'en auras jamais. J'ai depuis ce jour bien plus de temps que tu n'en auras jamais."

04 mai 2016

"La nuit appartient au tigre" de Michel Honaker

La nuit appartient au tigre de Michel Honaker

Source: Externe

Résumé :

Ancien des forces spéciales, Derek Ardo cherche à fuir son lourd passé. Reconverti dans l’humanitaire, il est engagé par une fondation pour prendre la tête d’une médiathèque dans un quartier neuf d’Aramsha, en Inde. Hormis Aparajita, une petite fille au caractère bien trempé, et Trishna, une jeune femme bannie par sa famille pour avoir fui un mariage forcé, les visiteurs sont rares, et sa vie s’annoncerait des plus tranquilles s’il n’y avait la présence d’un tigre mangeur d’hommes, dont les victimes se multiplient. Un climat de méfiance et de peur s’installe en ville, et Derek engage alors une guerre personnelle contre le fauve.
Dans un univers à mi-chemin entre Le Livre de la jungle et L’Histoire de Pi, Michel Honaker soulève des questions intemporelles telles que la relation de l'homme à la nature, sa volonté de contrôle et de domination, ou encore le poids des traditions. Tout à la fois roman d’aventures, d'initiation et fable écologique contemporaine, La nuit appartient au tigre est un roman court, dense et inoubliable.

Mon avis :

Ce livre c’est l’histoire d’un conte, d’un conte qui finit mal, enfin… qui finira mal. Plus loin. Plus tard.

Ce livre c’est l’histoire des hommes aux prises avec un tigre légendaire et tueur, qui veut se venger en laissant éclater sa part d’homme.

Ce livre c’est l’histoire d’une nature dévastée, d’un habitat violé, d’un tigre qui ne pardonne pas cette soif d’argent.

Ce livre c’est aussi l’histoire d’un homme qui croit en la culture et d’une femme rejetée. D’une panoplie de personnage attachant, mystérieux, entier, voire détestable.

C’est aussi un livre qui effleure la hiérarchie indienne, qui montre ces sociétés où chacun est à sa place et où personne ne pourra en bouger parce que la naissance en a décidé ainsi.

Ce livre c’est une histoire racontée simplement mais avec beaucoup de passion. Une écriture fluide, une histoire ni trop courte ni trop longue. Une histoire parfaite, avec plus d’une leçon qui nous rappellera l’impermanence de notre condition, qui critiquera la soif d’argent démesurée, les arrangements entre puissant, la destruction d’une nature originelle qui nous apportera que du malheur.

Ce livre est une histoire magnifique à lire, relire et à méditer. Un coup de coeur pour ma part. Pour l'histoire comme pour la couverture.

Petit passage comme ça en passant : "[...] Réaliste. La réalité, c'est ce qui manque le plus dans notre monde. Voir les choses et les nommer. Pas faire semblant qu'elles ne se sont pas produites. Pas faire comme si elles n'existaient pas."

Merci aux éditions Denoël

Editions Denoël collection Y
Sortie le 17 mars 2016

Posté par Florell à 17:54 - Contemporain - Commentaires [0] - Permalien [#]
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