Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

06 décembre 2020

"Babylone, tome 1 : Le réveil des passions" de Françoise Bouron et Catherine David

Babylone, tome 1 : Le réveil des passions de Françoise Bouron et Catherine David

Françoise Bouron, Catherine David

Résumé :

Dans les secrets de la cité disparue…

VIe siècle avant Jésus-Christ.
La rumeur gronde dans Babylone…
Devant chacun des temples de la cité millénaire, des cadavres mutilés sont découverts.
Punition divine pour châtier les babyloniens ou crimes abjects ?
Ces meurtres incompréhensibles réveillent les passions enfouies, alors que la peur, la suspicion et l’angoisse traversent les ruelles de cette capitale en proie à de terribles luttes de pouvoir.

Un vieux roi malade, une reine conspiratrice, un prince fou, un général fougueux, un armateur blessé dans son honneur, mais aussi une jeune fille rêvant d’émancipation… Tous veulent connaître la vérité sur ces forfaits et protéger la grandeur de la ville mythique.

Trahisons, ambitions, intrigues amoureuses…
Entre thriller et saga historique, ce roman flamboyant nous entraîne au cœur de la vibrante et sulfureuse Babylone.

Ce roman est accompagné, en fin d’ouvrage, d’une visite guidée de Babylone, ville splendide située au bord de l’Euphrate, dont il ne reste aujourd’hui qu’un site archéologique inscrit au patrimoine mondial de l’unesco. les jardins suspendus de Babylone étaient l’une des sept merveilles du monde antique.

Mon avis :

Je ne sais pas si je vais être aussi originale que d’autres lecteurs, mais en effet ce livre ne casse pas trois pattes à un canard. Le sexe, les intrigues royales, les meurtres, la peur du châtiment divin c’est récurrent dans l’histoire et pas uniquement réservés à Babylone. Certes ce livre n’avait pas cette prétention première il me semble, il voulait ressuscitait un décor et une dynastie à travers ces diverses intrigues afin d’offrir aux lecteurs un peu d’inconnu que le sempiternel médiéval ou époque moderne. Mais honnêtement… ce n’est pas franchement une réussite.

Oui bien sûr, il y a un décor – mais à la limite, on n’imagine pas l’Egypte pharaonique si différente –, il y a aussi le panthéon divin légèrement abordé ainsi que la pratique religieuse, il y a aussi la dynastie de Napobolossare présente ici. Mais outre le traitement du personnage de Lâbâsi-Marduk dans le texte que j’ai trouvé réussit, tout le reste a pour ma part fait… pschitt.

On nous promettait de l’action, un décor grandiose (la couverture va dans ce sens également),  un lieu mystérieux, une dynastie marquante, mais finalement j’ai vraiment l’impression de n’avoir rien eu de tout ça, - à part une éternité devant moi pour m’ennuyer. Des trop longues descriptions, des scènes qui s’éternisent, de la lenteur, du déjà vu, et finalement rien de vraiment consistant à l’arrivée qui pourrait me donner l’envie de continuer à lire cette saga. Même sur le côté historique je n’ai pas trouvé grand-chose. Sauf les photos en fin de volume très intéressantes. Peut-être plus que le reste du livre.

Je viens de le dire c’est une saga, ce premier tome - tome de présentation - peut peut-être expliquer cette lenteur, espérons que le second soit plus nerveux.

Merci aux éditions XO.

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19 novembre 2020

"L'auberge rouge et autres récits criminels" de Honoré de Balzac

L'auberge rouge et autres récits criminels de Honoré de Balzac

Source: Externe

Résumé :

Une anthologie qui réunit les quatre romans criminels d'Honoré de Balzac, mettant en lumière un aspect peu fréquenté de son œuvre.

Balzac, auteur de romans policiers ? Surprenant. Et pourtant... Comment ne pas voir un récit noir dans L'Auberge rouge, qui montre un chirurgien militaire, Prosper Magnan, échafaudant un meurtre en public... pour découvrir le lendemain même que sa victime hypothétique a été assassinée? De même pour La Grande Bretèche, nouvelle qui met en scène une femme soupçonnée d'adultère par son mari, au point de lui faire commettre l'irréparable. Quant à La Vendetta, ce bref roman raconte le tragique destin de Ginevra, jeune fille corse qui brave l'interdit paternel pour épouser celui dont elle ignore... qu'il est un ennemi de la famille. Enfin, Une ténébreuse affaire s'inspire d'un fait divers historique du Premier Empire, l'enlèvement mystérieux d'un sénateur averti d'un complot ourdi par Fouché contre Napoléon. Outre la capacité de Balzac à jouer de l'enquête et du mystère, cette anthologie révèle la virtuosité avec laquelle il combine histoire et politique, roman sentimental et étude de mœurs, enquête policière et suspense judiciaire.

Mon avis :

Quatre nouvelles. Trois très agréables, une plus ennuyeuse. Ce n’est pas si mal quand on sait le mal que j’ai avec Balzac. Au fond, ce livre confirme ce que je me doutais depuis longtemps après ma lecture de Vendetta (aussi présente dans ce livre), de Balzac je n’aime que les textes courts qui laissent peu de place aux très grandes descriptions. La quatrième nouvelle, Une ténébreuse affaire, en possède plus que les autres, ceci explique en partie pourquoi je n’ai pas accroché. La présence de trop de personnage dès l’entrée du récit a fait le reste.

Ces nouvelles simples dans leur ensemble (sauf la quatrième), montre de Balzac son imagination. Ces nouvelles nous font en effet passer du meurtre cupide à la vengeance clanique, en passant par la passion assassine et le fait divers.
Bien que je n’aie pas accroché à la dernière nouvelle, ces nouvelles nous montrent également le talent de Balzac à s’adapter à son support. On peut effectivement saluer la réussite de l’auteur de faire passer tant d’émotion, d’évènement, en si peu de pages. Lui qui habituellement se sentait obligé d’écrire des tartines pour immerger son lecteur dans son univers, avec ce livre on remarque qu’il savait faire sans. Ca réconcilie un peu avec l’écrivain.

Un petit salut posthume à l’auteur pour ses écrits sans trop d'alourdissement littéraire, et merci à Babelio et aux éditions Archipoche.

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04 novembre 2020

"La solitude Caravage" de Yannick Haenel

La solitude Caravage de Yannick Haenel

caravage livre

Résumé :

Dans un bel essai plongeant dans la vie du Caravage, Yannick Haenel interroge l’intériorité du plus grand des peintres. Comment peignait-il ? Que cherchait-il à travers ces scènes de crime, ces têtes coupées, cette couleur noire qui envahit peu à peu tous ses tableaux ?
« Vers 15 ans, j'ai rencontré l'objet de mon désir. C'était dans un livre consacré à la peinture italienne : une femme vêtue d'un corsage blanc se dressait sur un fond noir ; elle avait des boucles châtain clair, les sourcils froncés et de beaux seins moulés dans la transparence d'une étoffe. »
Ainsi commence ce récit d'apprentissage qui se métamorphose en quête de la peinture. En plongeant dans les tableaux du Caravage (1571-1610), en racontant la vie violente et passionnée de ce peintre génial, ce livre relate une initiation à l'absolu.
À notre époque d'épaississement de la sensibilité, regarder la peinture nous remet en vie. On entre dans le feu des nuances, on accède à la vérité du détail. C'est une aventure des sens et une odyssée de l'esprit. Aimer un peintre comme le Caravage élargit notre vie.

Mon avis :

Je me faisais une joie de lire La solitude Caravage, découvrir le portrait de Caravage grâce à l’intermédiaire d’une rencontre picturale, c’était en effet assez bien présenté pour être tentant. C’était même au-delà, puisqu’il y avait la promesse d’apprendre des choses sur Caravage, même si pour cela il fallait que je chemine par le nombril de l'écrivain.

J’ai appris des choses, c’est un fait.
J'ai découvert un écrivain, c'est un fait.
Je n’ai pas entièrement perdu mon temps, c’est un fait également.
Toutefois, et malgré ma volonté de continuer au moins pour la vie de Caravage, je n’ai pas réussi à finir le livre. L’énervement comme l’ennui m’ont vaincu par K.O.

Voulant partir dans trop de poésie, qu’il en a oublié le rationnel.
Voulant trop faire ressortir le génie de ce peintre, qu’il en finit par écrire des absurdités psychologiques.
Voulant être trop original, qu'il en devient ridicule.
Bref. Voulant trop en faire, Yannick Haenel a perdu la lectrice que je suis.

Certes, les erreurs que je souligne là, pourraient dans d’autres romans passées outre. Mais quand on a la prétention d’écrire sur un personnage qui a réellement existé, le minimum c’est de garder un peu de sérieux et de raison. On ne sort pas juste des phrases pour faire de belles phrases, remplir des pages ou encore divaguer.

Désolée, il a fallut que je lise plus de 200 pages pour vous dire que je n'ai vraiment pas aimé. Et que j'ai souvent levé les yeux au ciel d'agacement.

Editions Folio.

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11 mai 2020

"Horemheb, le retour de la lumière" de Christian Jacq

Horemheb, le retour de la lumière de Christian Jacq

Résumé :

« Horemheb contempla la Grande Épouse royale, nimbée de la lumière dorée du couchant. Une beauté presque irréelle.
– Viens, exigea-t-elle en se relevant.
Serrant très fort sa main, elle l’ emmena au bord de la terrasse.
– Que discernes-tu, mon roi ?
Dans la lumière de l’ occident se dessinaient les formes des pyramides qu’ avaient érigées les pharaons de l’ âge d’ or.
– Nos ancêtres ont bâti l’ éternité, rappela la reine, et nous devons poursuivre leur œuvre. Ce qu’ Akhénaton a tenté de détruire, consolide-le ! »

Avec Horemheb, le retour de la lumière, Christian Jacq raconte l’ extraordinaire destin du scribe qui, aux côtés de Toutânkhamon, devient général puis pharaon, évitant à l’Égypte de sombrer dans le chaos.
Uni à une remarquable Grande Épouse royale, Horemheb n’ aura d’ autre enfant que l’Égypte et ouvrira son pays à la dynastie des Ramsès.

Mon avis :

Avec Horemheb on retrouve mon couple favori de la littérature, Vent du Nord et Le Vieux. Mais cette fois-ci on les retrouve à l’époque de la fin du règne d’Akhenaton et à l’avènement – et fin – de Toutankhamon. Cette période, on s’en doute, et donc l’idéal pour un roman où se mêle intrigue politique et religieuse ; les partisans d’Aton œuvrent dans l’ombre pour rétablir le culte de ce dernier, et il faut relever l’Egypte mise à mal par Akhenaton et donc en passer par plusieurs réformes. Bref ! Une belle ambiance explosive en perspective. 

Enfin explosive au sens figuré ; il n'est pas encore question de bombe à l'époque, ce n'était pas encore la mode. Toutefois il faut bien dire que le succès de ce livre commence bien par le fait que l’auteur nous plonge dans une époque mouvementée, où les intérêts divergent et créent ainsi des situations dangereuses et complotistes. Des morts, des arrestations injustes, des trahisons, des coups du sort, il y en aura beaucoup.

Mais le succès du livre ne réside pas que dans de cette base somme toute classique du roman historique. En effet, les autres points agréables du livre sont : les personnages, l'absence de redondance et son côté "didactique".
Pour la redondance et la pédagogie je n'ai pas grand chose à en dire, si ce n'est que sur la pédagogie l'auteur prend le temps de décrire rapidement mais efficacement les rites et les fonctions, de manière à ce que ça soit compréhensible par tous et un minimum facile à retenir.
Pour les personnages, je vais être par contre un peu plus loquace, parce qu'il y en a beaucoup et ce beaucoup permet justement une large palette de caractère et d'ambition qui vont jouer sur l'intrigue. A l'exemple d'Horemheb qui est un personnage efficace et très intègre envers son pharaon, mais qui va forcément s'opposer à Nakhtmin qui est un fourbe en puissance mais lui aussi bien placé à la cour. A l'exemple encore d'Amenta (la première femme d'Horemheb) qui s'avère être un personnage entreprenant, et qui va donc forcément être utile à l'histoire par sa fidélité et son caractère.
A l'exemple encore de plein d'autres, puisqu'en effet on pourrait faire ça pour tous les personnages, du premier au dernier, qui par leur peur ou leur honneur vont bien montrer l'importance du règne et de ce qui s'y joue. En clair, ils ne sont pas là juste pour meubler et les capacités ou défauts de chacun ne sont pas gâchés.

De la dire que tout est parfait dans ce livre ? Non. Je note juste une fausse note ou alors j'ai raté un passage, c'est que je ne comprends pas comment Horemheb peut en venir à soupçonner Nakhtim d'être ce qu'il est. Mais excepté ceci, vous l'aurez compris ce livre m'a énormément plu, et si l'action vous plaît, l'Egypte Antique aussi, n'hésitez pas à lire ce livre. Bon temps garanti.

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22 février 2019

"La nostalgie des pays perdus" de Jean-Claude Perrier

La nostalgie des pays perdus de Jean-Claude Perrier

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Résumé :

Qu’est le monde d’hier devenu ? Découvrir ses monuments et ses mystères, ses splendeurs et ses ombres, ses foules et ses visages faisait le voyage et le voyageur. Submergé par le tourisme de masse, le voilà englouti sous les guerres, les fanatismes, les tsunamis. Et la laideur.

Ce livre constitue la grande cérémonie des adieux qui manquait à la littérature des ailleurs. Il est tant de lieux où l’on ne pourra plus aller ou revenir sur un globe rétréci comme peau de chagrin.

Inconsolable, Jean-Claude Perrier se souvient des siens qui sont aussi les nôtres. Sa remémoration est notre consolation. Elle invite, par les mots, les images, le style, à entreprendre l’ultime tour du monde.

Mon avis :

Je pensais lire un livre sur les pays plus ou moins lointains qui raconterait l’histoire, les personnages, la magie, des lieux emblématiques de l’auteur. Je pensais lire un livre un peu général, un peu mondial, où chacun se sentirait concerné par les mots et paysages qui défileraient dans ces pages.
Ben non.
Finalement c’est un livre très personnel, où l’auteur parle de lui, de ses rencontres, de ses questionnements, de ses voyages, de ses attentes. Déçue ? Oui, un peu, car je ne m’attendais vraiment pas à ça.

Toutefois, je n’irai pas dire que ce livre est mauvais. En effet, si la magie n’a pas opéré entièrement, j’ai malgré tout ressenti cette nostalgie que l’auteur a pour les lieux et les gens qu’il a connu, car je comprends son sentiment. Qui ne s’est jamais demandé ce qu’était devenue cette personne ou comment le lieu à évoluer pendant tout ce temps d’absence ?

Outre la nostalgie, et même si cette dernière est différente de celle de l’auteur car sa vie n’est pas la mienne, je dois admettre que pour le voyage, pour les rencontres, ce livre n’est pas désagréable non plus, puisqu’il est aussi le récit d’un lieu dans une époque. Il donne ainsi à voir certaines mentalités, certaines tensions politiques… à un moment donné, et donne aussi à voir ce qui a changé.

En résumé, ce n’est pas un livre que je qualifierais d’indispensable, mais si un jour vous l’avez sous la main, ouvrez-le, et vous prendrez conscience que face au temps l’homme est impuissant.

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28 janvier 2019

"San Perdido" de David Zukerman

San Perdido de David Zukerman

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Résumé :

Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme
qui réalise un jour les rêves secrets
de tout un peuple ?
 
Un matin de printemps, dans la décharge à ciel ouvert  de San Perdido, petite ville côtière du Panama aussi  impitoyable que colorée, apparaît un enfant noir  aux yeux bleus. Un orphelin muet qui n’a pour seul talent  apparent qu’une force singulière dans les mains.
Il va pourtant survivre et devenir une légende. Venu de nulle  part, cet enfant mystérieux au regard magnétique endossera  le rôle de justicier silencieux au service des femmes  et des opprimés et deviendra le héros d’une population  jusque-là oubliée de Dieu.

Mon avis :

Quand je pense à ce livre, je pense irrémédiablement à une salade de fruit. La couverture exotique, la chaleur d’Amérique Latine, me font immanquablement penser à une belle salade colorée aux fruits chauffés par le soleil. Dans cette salade, il y aurait des fruits magnifiques où s’ajouterait quelques saveurs piquantes et acides, qu’un sucre dominant viendrait adoucir pour couronner d’un sourire satisfait les lèvres du mangeur.
Tout cela est bien sûr métaphorique. Les beaux fruits seraient les pauvres gens, les saveurs piquantes et acides seraient les misères et les véreux, quant au sucre il représenterait l’espoir en la personne de la Langosta. Ce personnage charismatique, magnétique et magique qui est la voix et le bras de ce peuple oublié des politiques comme des dieux.

Conte cruel et magnifique, ce livre qui compte plusieurs personnages, plus d’une histoire et plus d’un monde, nous est raconté de manière brillante par un auteur qui sait ménager ses effets pour tenir en haleine le lecteur. Mélangeant les références littéraires comme le conte, le roman social où se cache même une once de polar, avec des effets picturaux aux couleurs chaudes et froides, c’est un véritable film en couleur et profondeur qui se déroule devant les yeux gourmands du lecteur ; où la jalousie, la manipulation, la colère, la compassion, la vengeance, la cupidité, l’orgueil, l’ambition, mènent la danse et donnent donc à ce livre plusieurs pistes de lecture non désagréables. Cela indique par ailleurs, le talent de l’auteur qui a su d’une fine aiguille coudre tout cela ensemble sans jamais jouer de la faciliter.

Pour moi, tout est parfait ici… ou presque. En effet, quelques scènes et descriptions sont, je trouve, de trop. Toutefois le rythme soutenu et régulier, l’imagination de l’auteur, l’entretien du mystère, la présence de personnages variés avec des buts différents et la description de la société, fait que l’on doit lire ce livre qui s’annonce être déjà un des meilleurs de 2019.

En résumé, l’auteur a placé haut la barre avec son premier livre publié, et autant vous dire que pour le second il est mal barré vu qu’il devra réitérer l’exploit. Ce dont je doute fortement, puisque jamais un écrivain écrit deux chefs-d’œuvre de suite. Mais en attendant le « forcément moins bien », ne boudons pas notre plaisir.

Editions Calmann-Lévy.

29 décembre 2018

"A fleur de peau" de James Barnaby

A fleur de peau de James Barnaby

Source: Externe

Résumé :

Se réveiller sans rien savoir des dernières heures écoulées, un fardeau que Jane supporte depuis ses onze ans. L'année où elle a été enlevée. Brillante étudiante de 19 ans aux yeux de tous, la jeune fille souffre pourtant de « fugues temporelles », crises proches du somnambulisme dont elle ne garde aucun souvenir. Comme chaque année, Jane passe l'été au bord du lac Mendota dans le chalet familial. Obligée de se rendre à Chicago pour son travail, sa mère la laisse en compagnie de son beau-père, Richard, qu'elle adore. Mais le lendemain matin, Jane se réveille les mains ensanglantées. Près d'elle gît Richard, égorgé. Et Jane le sait, elle a tout de la coupable idéale...

Mon avis :

A fleur de peau, possède un résumé tentant pour qui comme moi ne lis pas beaucoup de polar. Quand je l’ai reçu, j’avais cependant un peu peur de m'être emballée pour rien, vu que dès l’entrée du livre il est question de Walt Disney et des soi-disant scènes qui impressionnent les enfants dans les animés. Et pour moi, s’il y a bien une chose qui ne fait pas peur quand on est gamin c’est bien Walt Disney. Car Walt Disney ce n’est pas L’exorciste non plus, mais passons.

Un peu refroidi donc, j’ai commencé à lire quand même ces pages, et outre le fait que j’ai constaté beaucoup de longueur et de description qui m’ont rendue la lecture parfois un peu pénible, je dois avouer que dans l’ensemble le livre est vraiment pas mal et se lit plutôt bien. D'une part, grâce à l’histoire de cette jeune fille manipulée qui a des absences et des crises de délire, et qui sera maltraitée par toutes les institutions existantes comme la police et les services de santé lors de l’enquête. Et d'autre part, grâce au fait qu’il se sert pour la base de son mystère, de pratiques manipulatrices réelles mises en place par des services secrets et des médecins de tout bord depuis longtemps.

Comme je l’ai déjà dit, le livre malgré les longueurs se lit bien, l’enquête et l’histoire de Jane sont prenantes, riches en surprise, en obstacle convenu, même si on s’étonne peu au final que les salauds et les requins festoient toujours sur le dos des victimes… Mais en ce qui me concerne, ce qui m’a réellement plu ici, c’est tous les détails sur les pratiques manipulatrices et le but de ces démarches de « reprogrammation », où on comprend pourquoi et sous certaines conditions Walt Disney peut servir l’hypnose et la manipulation, et donc faire peur aux enfants si on reste dans cette optique-là. Ca ne tient pas la plus grosse partie du livre, certes, pourtant ces explications et la manière dont s’imbrique la trame dedans rend l’horreur des faits plus tangible et l’histoire un tantinet moins imaginaire et délirante. Ca fait un peu froid dans le dos...

En résumé, un peu long mais très intéressant à lire pour l’ingrédient de l’intrigue qu’est l’hypnose dans un but de servir l’état, les institutions, les ambitions personnelles.

Editions De Borée.

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25 décembre 2018

"Le Facteur Cheval : jusqu'au bout du rêve" de Nils Tavernier

Le Facteur Cheval : jusqu'au bout du rêve de Nils Tavernier

facteur cheval

Résumé :

En 1879, à Hauterives dans la Drôme, le facteur Cheval effectue chaque jour dix heures de marche pour boucler sa tournée de 32 kilomètres... Pas un instant de repos pour ce fils de paysan qui n’est allé que six ans à l’école. Et pourtant, la maturité venant, il se lance dans l’une des aventures les plus extraordinaires du siècle. Trente-trois années durant, sans aucune connaissance de l’architecture, il va bâtir pour l’amour de sa fille Alice un Palais idéal «vu en songe». Un palais aujourd’hui classé monument historique et visité par le monde entier... Auteur et réalisateur, Nils Tavernier a été bouleversé par la destinée étonnante de ce simple facteur devenu un artiste reconnu. Sa vie lui a inspiré un film magnifique ainsi que le présent livre, première grande biographie de Ferdinand Cheval nourrie d’archives inédites, notamment de son journal.

Mon avis :

Nous voilà dans la Drôme pendant le 19ème siècle. Dans une France pré-révolutionnaire et révolutionnaire riche en changement, dans les campagnes le paysan, le petit ouvrier, ne voient pas vraiment d’amélioration à sa misère. Obligés qu’ils sont, d’exercer divers métiers pour survivre, la révolution ne leur a jamais réellement appartenu…
Nous voilà dans la Drôme pendant le 19ème siècle, et c’est dans cette France rurale encore superstitieuse, que né Ferdinand Cheval enfant de paysan et précurseur de l’architecture naïve.

Nous connaissons quasiment tous l’œuvre de Cheval, de visu ou sur photo. On sait aussi du sculpteur qu’il était facteur et qu’il a imaginé son château de longue année avant de passer à l’action. Mais au fond, qu’en savons-nous exactement ? Et qui peut prétendre apprécier l’œuvre sans connaître sa vie ? Les souffrances, les rêves, les envies de cet homme ? Car oui, une fois n’est pas coutume pour l’art contemporain, je vais penser pour le coup que ce château est intime lié à cet homme, à ce qu’il portait dans ses tripes, sa tête et son cœur. En effet, d’un terrain de jeu pour sa fille à une justification pour s’évader de la peine, d’une envie furieuse à réaliser un rêve à cette envie d’entreprendre, chaque parcelle de ce château répond au désire de cet homme. Et c’est cette histoire, cette tête, cette vie que l’auteur Nils Tavernier nous propose de découvrir.

Fruit d’une longue recherche et conclusion d’un travail minutieux, Nils Taverniers va donc nous faire découvrir la France d’alors (un peu), mais aussi et surtout la vie de cet homme qu’il n’a pas exposée dans la totalité de son film. Et mes amis quelle vie !
Comment vous dire que quand vous lirez ce livre, il est probable qu’une impression d’admiration devant la ténacité de cet homme naisse en vous très vite ? Car devant les malheurs de cet homme, mais qui n’a jamais cessé de croire et qui n’a pas chômé un instant, la force de ce simple facteur va vous éblouir. Et vous éblouir autant que son imagination à laquelle il ne refusait rien ; cosmopolite (merci de ne pas y voir un hymne à la mondialisation), sauvage, religieux, naturel, marin… tout se mélange, se fusionne, dans un bâtiment pour ne former qu’un.

L’admiration est une chose, la vision onirique de l’artiste aussi. Mais quid de la personnalité de ce dernier ? Là aussi l’auteur, ne l’a pas oublié.
Considéré comme un peu fou, même si finalement on apprécie les touristes qui affluent dans ce petit village, car c'est un peu comme Rodia aux EU de l'art spectacle, il est intéressant de voir que ce simple facteur, discret, et acceptant de supprimer certaines choses écrites dans la description de son Palais pour les articles nationaux, prenne de l’assurance au fur et à mesure que le temps passe, et arrive à s’imposer comme le seul artiste de sa gloire, que d’autres ont tenté de s’approprier. Mais n’allez pas croire pour autant qu’il prit la grosse tête, cet homme a su rester humble toute sa vie, comme toute les petites gens de l’époque.

Toutefois, si vous pensez ne lire que l’histoire d’un homme qui va évoluer et n’a jamais lâché prise, détrompez-vous. Car si Le Palais idéal et son créateur tiennent la plus grosse place dans ces pages, tout n’est pourtant pas que cela. En effet, il est aussi beaucoup question du bâtiment, que ça soit dans la description et sa construction - c’est même parfois là un peu long -, mais aussi dans son combat pour la reconnaissance au monument historique. Car en effet, si aujourd’hui l’œuvre de Cheval est qualifiée d’art brut, d’art naïf, d’aucuns à l’époque n’appelaient pas cela de l’art, et il aura fallu la ténacité de Malraux et que les surréalistes s’y intéressent et le revalorisent en même temps que Gaudi, pour que ce Palais idéal, ce château improbable, soit protégé du temps et de ses ravages. Avec toutefois quelques difficultés à ce niveau-là.

En résumé, ce fut un livre agréable à lire malgré quelques longueurs, et si vous voulez lire et prendre connaissance d’un homme qui marqua l’histoire de l’art mais qui jamais n’aura des centaines biographies sur sa personne, ce livre est franchement pas mal. Car il a l’air plutôt bien complet.

Merci aux éditions Flammarion.

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27 novembre 2018

"Augustin" de Alexandre Duyck

Augustin de Alexandre Duyck

Source: Externe

Résumé :

Le 11 novembre 1918 à 5h15, la France et l’Allemagne signent l’armistice. Mais l’état-major français décide d’attendre onze heures, en ce onzième jour du onzième mois, pour que cessent les combats.
A 10h45, le soldat de première classe Augustin Trébuchon est tué.
Il est le dernier soldat français tué.
Alexandre Duyck a fouillé les archives militaires et civiles, retrouvé tout ce qu’on pouvait savoir sur ce  berger devenu soldat et imaginé le reste  : les pensées de cet homme courageux, observateur, taiseux, blessé deux fois, qui fut de tous les combats, ne prit en 4 ans qu’une seule permission et obéi aux ordres jusqu’au bout.

Mon avis :

On imagine les guerres avec la mort en masse, la mort par milliers. On n’imagine jamais ou difficilement le dernier mort, les derniers morts, qui meurent un peu solitairement, qui meurent à l’écart de la tuerie de masse. C’est pourtant une réalité de la guerre, le dernier mort et même ces derniers morts qui ne sont pas passés loin de la vie. Ces derniers morts qui rendent la victoire plus amère. A ces derniers morts et le temps d’un roman, Alexandre Duyck va rendre leur vie, va rendre leurs rêves vains.

Il va être difficile pour moi de vous parler de ce bouquin, car je ressors de ce livre ni émue, ni bouleversée, ni étonnée, ni en colère, car rien n’est plus bête et n’est plus vrai que les rêves, les traumatismes, les silences d’un homme... Cela ne veut pas dire que j’ai été insensible à ce livre et qu’il est nul, loin de là il est excellent, mais la guerre déshumanise et déniaise tellement, que j'avoue avoir vu et vécu ce livre à cette manière, comme si même l’auteur cherchait à mettre cela en avant, bien avant le reste. Certes, l’émotion n’est pas tout à fait absente non plus, il y quelques petites phrases qui la dévoilent, mais le livre est raconté tellement de manière froide, lucide, historique, que l’émotion passe à travers. On ne s’y attarde pas et on regarde le reste : l’absurdité des ordres qui tiennent la vie d’un homme ; la violence ; l’innocence et l’honneur d’un homme ; la tuerie ; le jugement des hommes entre eux, comme celui de l’intellectuel face aux paysans.

Ces derniers points étaient d’ailleurs très bien abordés, et c’était même agréable de les voir aborder, car ils font - tout comme l’éducation anti-allemande - intégralement parties de l’époque et de cette guerre. Bien sûr, il faut nuancer cette approche catégorique qui met en avant la tuerie de masse des paysans et le mépris social, les deux dépendent des régions et des personnes, et je ne pense pas que l’on puisse affirmer que l’incompréhension entre les hommes soit du mépris social. Toutefois, cela n’empêche en rien la réalité du propos, et ça ne fait que conforter la réalité historique du livre prouvant ainsi le sérieux de l’auteur.
Enfin, sur le point historique toujours, j’ai aussi énormément apprécié le fait que l'auteur aborde d’autres points, comme l’inadaptation de l’équipement français dans cette guerre ou encore l’histoire des mentalités qui fut abordée via les soldats et les villageois.

Enfin et pour finir, les autres atouts du livre que j’ai apprécié, c’est cette critique des grands hommes de l’époque et des officiers (qui ont eu des idées fixes stupides comme Floch avec son chiffre 11), ainsi que le fait que l’auteur ne s’attardent pas seulement sur Augustin Trébuchon, mais parle des autres morts, des derniers vivants, des derniers personnages, des derniers combats. Jusqu’au bout la boucherie, jusqu’au bout tuer.

En résumé et même si l’émotion était absente de cette lecture, je l’ai énormément aimé par le fait qu’elle aborde l’histoire et les mentalités de l’époque. A lire, pour se plonger dans la guerre.

 

Extraits :

"Un premier avis, rédigé, sur le moment même, a fait décéder Augustin le 13 novembre 1918, suite à ses blessures. Puis un deuxième a raccourci la vie du soldat de trois jours, finalement mort pour la France le 10 novembre 1918, date que l’on a gravée sur la trentaine de tombes, dont la sienne. « Il n’était tout simplement pas possible de mourir pour la France le jour de l’armistice, le jour de la victoire », écrira Charles de Berterèche de Menditte, officier d’infanterie dans ses Souvenirs de la guerre 1914-1918."

"Delalucque retournerait en Normandie, il y serait ouvrier agricole puis clochard, vivant tantôt dans un hangar, tantôt à la rue. On dit que c’est sa compagne qui l’a tué quelques années plus tard à coups de couteau. Personne ne se souviendra qu’il a sonné, le 11 novembre 1918 à 11 heures, sur le dernier champ de bataille français de la Première Guerre mondiale, le clairon annonçant la fin de la Grande Guerre. On l’oublie tellement que ce n’est pas même son clairon qui trône dans les vitrines du musée de l’Armée à paris : c’est celui du soldat Pierre Sellier, originaire de Belfort qui fut chargé, le 7 novembre au soir, de sonner le cessez-le-feu pour permettre aux plénipotentiaires allemands chargés de négocier l’armistice de traverser les lignes françaises à Haudroy dans l’Aisne"

13 octobre 2018

"Concours pour le Paradis" de Clélia Renucci

Concours pour le Paradis de Clélia Renucci

Source: Externe

Résumé :

« Tout était dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »

Dans le décor spectaculaire de la Venise renaissante, l’immense toile du Paradis devient un personnage vivant, opposant le génie de Véronèse, du Tintoret et des plus grands maîtres de la ville. Entre rivalités artistiques, trahisons familiales, déchirements politiques, Clélia Renucci fait revivre dans ce premier roman le prodige de la création, ses vertiges et ses drames.

Mon avis :

« Les artistes ne sont que les marionnettes du pouvoir, interchangeables tant qu’un nom ne vient pas légitimer les œuvres qu’ils réalisent. »

Le Palais des Doges brûle, la salle du Conseil symbole du pouvoir vénitien et de sa politique, n’est plus que ruine fumante. En cette année 1577, Venise se réveille stupéfaite et le Paradis est mort ! Brûlé par la fournaise, il n’en reste qu’un tas de cendre. Tout est à reconstruire pour le triomphe de Venise, tout est à redécorer. Tout n’est donc pas perdu pour tout le monde. Les artistes y trouveront leur compte. Mais pour l’apothéose de la salle qui est cet espace vide derrière l’estrade des doges, un concours désignera celui qui aura le privilège de peindre cet immense espace.
Ce livre, nous raconte cette histoire. Personnages, peintres, religion et politique, ici tout se croise et se mêle, et c’est une plongée dans la Venise du 16ème siècle que nous offre Clélia Renucci.

Avec beaucoup d’érudition et un peu d’imagination, elle va donc nous raconter la technique des peintres, les difficultés de l’exécution du Paradis et l’impossible entente entre les peintres accomplis et les « petits jeunes ». Elle va narrer aussi cette compétition entre peintres, et les appuis qu’ils ont au sein du gouvernement, permettant ainsi d’aborder que l’idée et l’originalité ne sont pas toujours la clé pour la commande. (Même si l’originalité n’est pas trop de mise en cette époque du Concile de Trente qui doit permettre de renforcer l'Église face aux hérésies profanes et religieuses.)
Bref ! Clélia Renucci, va donc aborder dans ce livre le système du mécénat, ainsi que la vie des peintres. Elle va aborder par ailleurs, cette Venise des passions et des caractères, ainsi que les tensions religieuses et politiques.

Toutefois si c’est un roman artistique intéressant à suivre, d’un point de vue narratif ce n’est pas la joie. En effet, si j'ai réellement apprécié le côté réel où j'apprends des choses, je n'ai que moyennement apprécié l'écriture, vu qu'il n’y a pas cette passion romanesque de vouloir raconter les choses en beau et en grand, alors que Venise s’y prête largement. Pour moi, ça reste trop instructif, trop solennel, trop didactique pour être un roman au pouvoir accaparant. Et pour tout dire, après lecture de ce livre, j'ai eu l'impression qu'il y avait plus une volonté de recherche et de partager les connaissances, que d'écrire un roman. Alors qu’il y a pourtant du roman dans ces pages, allez comprendre !

En fin de compte, c’est à lire pour la connaissance, mais pas pour l’histoire romancée, niveau écriture ça manque trop d'étincelle.

 

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel.