Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

11 novembre 2018

"Le mystère Clovis" de Philippe de Villiers

Le mystère Clovis de Philippe de Villiers

le mystère clovis

Résumé :

Dans une évocation gorgée de couleurs fortes et de furieuses sonorités, Philippe de Villiers fait revivre Clovis et lui donne la parole. Le roi fondateur dévoile les épisodes les plus intimes, les plus secrets, de ses enfances, de ses amours, de ses chevauchées.
Ce livre éclaire d'un jour nouveau le mystère de sa conversion, rétablit la vérité sur la date de son baptême et renouvelle ainsi la perspective symbolique de tout notre passé, de notre destin. Au fil d'un récit haletant, affleurent parfois des correspondances troublantes entre les tribulations du monde de Clovis et les commotions de notre temps : le va-et-vient des peuples en errance, les barbares, les invasions, les fiertés évanescentes, les civilisations qui s'affaissent... Une restitution spectaculaire, passionnante, inattendue, qui nous fait revivre comme jamais les temps mérovingiens et les origines de la France.

Mon avis :

Un roman sur Clovis, la chose est assez rare pour que je veuille le lire ! C’est chose faite, et même si je crois que je préfèrerais une bonne biographie avec un langage bien actuel sur le personnage, j’ai quand même bien apprécié cette lecture intéressante qui plonge le lecteur dans une époque méconnue et un règne légendaire. Ou plutôt dans la légende d’un règne. Car c’est en abordant le côté merveilleux qui entoure et tisse le règne de ce roi Franc, que Philippe de Villiers a fait le pari d’écrire la vie de ce roi. En effet, l’auteur ne s’est pas contenté seulement d’écrire des faits avec un peu de roman, il a gardé les faits et les légendes, et écrit un roman avec, ce qui permet de garder toute la dimension chimérique de ce règne.
Bien sûr, de ce fait il ne faut s’attendre à un roman classique avec une folle aventure pleine de rebondissement, l’auteur reste proche de la vie du roi, et Clovis était roi « barbare » et était homme ; mais si l’on considère les guerres, les trahisons, les légendes… comme une aventure avec une touche imaginaire, alors oui on peut dire que c’est un roman. Le roman d’une vie, tout simplement le roman d’un roi, servi en plus par un langage fort désuet afin de mieux nous immerger dans ce médiéval naissant.

Niveau historicité maintenant -le point le plus important du livre -, on voit tout de suite que Philippe de Villiers s’est bien renseigné sur le sujet, il y a une liste d’ouvrage à la fin qui fait pâlir d’envie et il s'est fait aider par des spécialistes. Cela fait, qu’il restitue donc fidèlement et sans perdre le lecteur en détail, les royaumes francs de l’époque, en mettant en avant les conflits d’intérêts notamment la course aux honneurs romains, les meurtres familiaux, les conflits religieux, ou encore la volonté d’affirmer un pouvoir et une identité germanique tout en revendiquant un côté romain. Il avance même une nouvelle chronologie du règne de Clovis.
Bref ! Niveau historicité il est proche de la réalité et c'est un point très agréable du livre, et ceci même s’il a l’approche d’un romancier envers le personnage de Clovis. (Oui, il y a des historiens qui ne font pas de Clovis un type sympathique.)

Cependant il y a un léger hic à cette histoire, qui fait que ce roman me « déplaît » un peu. Comme vous le savez, la période Clovis (et avant) correspond à la chute de l’Empire Romain d’Occident et aux invasions barbares, ainsi qu’à la prise de pouvoir des peuples intégrés à l’Empire, partant de ces faits Philippe De Villiers va donc en profiter pour faire le parallèle entre l’époque déliquescente actuelle et le passé. Mais pour ma part, et même si je comprends très bien le parallèle entre hier et aujourd’hui qui n’est pas forcément faux dans l’idée en plus, j’avoue que je ne suis pas fan du tout de ce genre de réflexion, car pour moi ça permet toutes les extravagances possibles, comme Macron s’amuse à le faire à l’heure actuelle pour le 11 novembre ou comme d’autres s’amusent à le faire en mettant constamment 39-45 dans un débat où ça n’a rien à faire.
Bref ! Personnellement, je trouve que faire cela c’est refuser la spécificité des époques et refuser de voir les réels problèmes de l’époque, c’est aussi déformer jusqu’à l’absurde des situations qui n’ont rien à voir avec le passé, du coup le seul truc que je reproche un peu à ce livre c’est cette démarche qui est de mélanger l’histoire, même si je comprends parfaitement le raisonnement qui doit faire réfléchir sur notre époque actuelle. Cela étant, ça n'en fait pas un mauvais livre pour autant, au contraire.

En résumé, c’est donc un bon roman sur une vie, sur la vie de Clovis, et sur une époque aussi. C'est aussi un livre idéal pour tous ceux qui veulent approcher Clovis en surface, avant d'aller voir plus loin. A lire, pour la culture. 

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18 octobre 2018

Avis divers.

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Chroniques expresses (très expresses)

Le lac né en une nuit de Minh Tran Huy :

Un petit livre qui permet de découvrir la naissance et la mentalité du Vietnam à travers des légendes toutes plus mystérieuses et enchanteresses les unes que les autres. C'est dépaysant, c'est agréable, c'est instructif, c'est plein de sagesse, et ne manque pas de poésie. A lire.

Moriarty de Anthony Horowitz :

Il y a de l'idée, des choses intéressantes, mais qu'est-ce que je me suis fait chier ! C'est long, c'est barbant, c'est brodé, j'ai eu du mal à le lire - j'avoue, j'ai même sauté des passages -, et autant j'avais vraiment apprécié "La maison de soie", autant là on en est loin. Très loin.
Je pense que je ne vais pas récidiver de manière si enthousiaste, si jamais l'auteur ressort un jour un livre "Sherlock".

Le vagabon des fleurs de Robert Fortune :

Intéressant pour découvrir des choses sur cette vieille Chine comme la pêche à l'oiseau (je ne sais plus lequel), comment est vu l'étranger, mais à la moitié du bouquin j'ai abandonné. Ce n'est pas raconté de manière très vive et intéressante. De plus il n'y a aucune carte pour se repérer ce qui est très vite agaçant, car on voyage mais on ne sait pas où...

La clôture des merveilles de Lorette Nobécourt :

L'histoire d'Hildegarde est probablement intéressante, mais l'écriture du livre fait que je n'ai pas aimé. Je vais tenter d'autres livres pour mieux connaître cette femme.

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06 octobre 2018

"Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme" de Joesph Yacoub

Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme de Joesph Yacoub

Source: Externe

Résumé :

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient sont menacés. Alors que notre monde est fait de diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse,le Moyen-Orient se vide de cette richesse et se prive d’un apport essentiel pour favoriser la compréhension entre les groupes et les minorités. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Comment cette diversité a-t-elle été gérée, voire malmenée dans le monde arabe ? Que dire d’un tel drame ?
À travers des rappels historiques indispensables, Joseph Yacoub cible deux menaces principales. Dans sa volonté d’arabisation à outrance, le nationalisme arabe, fût-il laïcisant, s’est montré par choix idéologique peu respectueux des chrétiens, comme on l’a vu en Syrie et en Irak. À cela s’est ajoutée la montée d’un islam radical et violent, dont les nouvelles formes atteignent l’Occident même. Face à cette tragédie qui rappelle à maints égards le génocide de 1915, qui toucha Assyro-Chaldéens-Syriaques et Arméniens, il s’agit tout à la fois de comprendre et de suggérer quelques pistes concrètes en termes d’alternative pour que survive ce christianisme autochtone et apostolique, fortement enraciné et universel, riche de culture et de modernité.

Mon avis :

     J'ai enfin fini le livre et je peux affirmer que certains passages n'étaient pas faciles à lire. Cela étant c'était une lecture très intéressante qui rejoint d'ailleurs ma lecture du Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, où les pays musulmans tenaient la première place.
Il le rejoint, mais pas tout à fait non plus, toutefois ils se complètent bien. En effet si le Livre noir est un état des lieux actuels de la situation des chrétiens dans le monde, celui de Monsieur Joseph Yacoub va surtout développer l'aspect historique, politique et culturel de la question chrétienne en Orient. Certes il va aborder un peu l'actualité en parlant notamment du calvaire des otages chrétiens, mais ce n'est pas la part la plus grosse du bouquin. Les trois aspects cités plus haut, remplissent vraiment le livre.

     Déjà d'un point de vue historique et culturel, Joseph Yacoub va rappeler que les chrétiens étaient là avant et ont donc participé activement à l'histoire et à la culture de ces pays, notamment par des débats via les innombrables écoles antiques (Antioche, Alexandrie...) et aussi via les chrétiens syriaques qui ont eux-mêmes fortement participé à l'âge d'or islamique avec les juifs. Sans eux les musulmans n'auraient probablement pas eu grand-chose du savoir antique. D'ailleurs l'âge d'or peut être aussi plus tardif et contemporain.


"L'histoire ne s'arrête pas à la fin du 13ème siècle, période qui correspond généralement au déclin. Sous l'influence des idées de la Modernité occidentale, des voyageurs et des missionnaires, le 19ème siècle fut un tournant. Il a donné un élan sans précédent qui marque le retour de la langue et de la littérature syriaques (ique et moderne) après des siècles de régression. Les voyages d'études en Occident se multiplient. A partir de 1840, le syriaque connaîtra une floraison de publications autochtones et des traductions, accompagnées d'anthologies, de grammaires et de dictionnaires. Depuis les revues se sont multipliées. A l'époque moderne et contemporaine, les chrétiens ont participé activement à la renaissance arabe comme théoriciens, acteurs et traducteurs." Page 176


      Ensuite et toujours pour les mêmes catégories, il va rappeler dans un but pédagogique et par soucis de vérité historique, ceux qui étaient là avant les chrétiens (babyloniens, grecques, juifs...) et qui ont eux-mêmes laissé leur trace dans l'histoire de ces pays.
L'auteur va même plus loin en dépassant les frontières orientales, en parlant de ce que les chrétiens d'Orient ont apporté à l'Occident, notamment des hommes d'église comme Jacques premier évêque de la Tarentaise. Ceci dans le but de montrer les liens qui uni le christianisme d'Occident et d'Orient, et rappeler par ces petits points que l'Occident devrait aujourd'hui adopter une position plus ferme sur les problèmes que traverses les chrétiens d'Orient, comme par exemple au niveau des discriminations (qui sont énormes et ont toujours été car l'Islam est une religion discriminatoire de base).
      De même, Joseph Yacoub rappelle via quelques citations de chrétiens d'Orient, que l'Occident devrait un peu plus les écouter, et notamment quand ils dénoncent le manque de réciprocité dans le traitement des hommes et des femmes en orient à cause de la religion.

« Nous, chrétiens syriens, souhaiterions seulement être traités dans ce pays à majorité musulmane comme les musulmans le sont en Europe dans les pays de tradition chrétienne. [...] Et nous en voulons un peu aux Occidentaux de ne pas avoir appuyés pour demander l'application de la réciprocité. » (Propos de François Abou Mokh, évêque. Page 201.)     

     Et effectivement, on peut comprendre que ça énerve, si ici les musulmans ont trop de droit qui fait que l'Europe est envahie par l'islamisme au nom des Droits de l'Homme détournés, il faut bien penser que les chrétiens d'Orient n'en ont pas autant chez eux qui est pourtant leurs terres ancestrales. Ce qui est anormal on en convient.

      Comme vous commencez peut-être déjà à le voir, ce livre n'est pas qu'un livre d'histoire, qui retracerai dans de grandes lignes précises l'Histoire de l'Orient depuis l'époque de la Mésopotamie. En effet, il est aussi un appel à changer pour les pays musulmans, notamment en remettant dans l'Histoire de ces pays les peuples et cultures qui étaient là avant et qui ont laissé des traces matérielles et immatérielles dans les paysages, dans les langues, dans les cultures, et qui sont pourtant absents des musées ou des livres d'histoire à cause du nationalisme arabe et de l'islamisme. Comme le dit joliment l'auteur « L'homme n'est pas un être abstrait, né ex nihilo. Il est le produit de l'histoire. », un pays c'est pareil, et il serait temps pour les musulmans de s'en rappeler...
      Pour continuer dans la description du livre, j'ai laissé voir aussi dans les lignes un peu plus hautes, que ce livre était aussi un appel à l'Occident qui devraient appuyer le principe de réciprocité et soutenir les chrétiens d'Orient dans leur demande d'égalité ; toutefois il est bon de préciser que ces pages ne sont pas qu'un « appel », puisque ce bouquin est aussi un état de fait.
Un état de fait en montrant notamment que même laïc ou imprégné de bon sentiment, les pays musulmans et/ou arabes (difficile de séparer ces deux termes) restent imprégnés de cette culture religieuse qui concerne le plus gros pourcentage de la population, de fait et à cause de cela il existe une réelle difficulté de liberté et d'égalité pour les populations non musulmanes. L'auteur décrit notamment la situation irakienne qui fait un pas en avant, un pas en arrière, entretient le flou, et tout cela dans la même constitution !
      Cela étant et pour une touche d'espoir (?), l'auteur nous montre à côté qu'il existe au moins un pays musulman non arabe, le Kirghizistan, qui est purement et simplement laïc – notamment grâce à l'occupation soviétique – et qui n'hésite pas à partir à la recherche de son passé chrétien nestorien. Si cela laisse de l'espoir et montre que la laïcité et la diversité sont possibles en terre islamique (même si ça ne concerne pas un pays arabe), il ne faut pas non plus oublier comme le précise l'auteur que ça reste aussi un pays assez faible et jeune, qui n'est pas à l'abri d'un retournement d'idée à cause de violence. Mais voilà, l'auteur a eu l'honnêteté de parler de ce pays et ceci malgré sa passion chrétienne. Et j'insiste sur ce dernier point car il est vrai qu'il cache mal ses passions, mais d'un côté tout ce qui écrit là est juste, donc ça se comprend qu'il vive cet effacement de l'histoire très mal lui qui est né en Syrie. Nous même en Occident on ne le vit pas mieux d'ailleurs...

      En résumé, et comme vous le devinez ce livre est nécessaire pour comprendre le présent des minorités en terre musulmane et voir leur traitement. C'est accessoirement un bon complément au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, et un excellent bouquin pour prendre de la distance sur les sempiternels discours de l'amitié entre religion, puisqu'ici l'auteur montre bien que ça doit aller plus loin qu'une supposée amitié ; toutefois c'est très « difficile » à lire car on est vite saturé par l'information. Donc à lire, oui, mais doucement et calmement, et ne pas hésiter à relire des passages si besoin.

Editions Salvator.

 

Extraits :

"Au confluent de l'Orient et de l'Occident, accepter le principe de réciprocité de traitement. Les musulmans qui revendiquent, à juste titre, des droits et des libertés publiques pour eux en Occident, devraient aussi avoir le souci de ces mêmes droits dans leurs pays d'origine pour tous ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, comme les chrétiens et les autres minorités. Défendre cette diversité menacée les honorerait, car on est loin de l'égalité de traitement."

 "Les syriaques ont traité de tous les sujets. Si les intellectuels nationalistes arabes avaient pris la peine de chercher, ils y auraient trouvé des idées y compris sur le patriotisme et la justice sociale, sujets qu'ils chérissaient.
La pensée syriaque embrasse en effet tous les domaines du savoir, religieux, philosophique, éthique, moral, juridique, politique, spirituel, ascétique, poétique, historique, linguistique, grammatical, encyclopédique... Autrement dit, contrairement à ce que certains affirment, elle ne se limite pas à la dimension religieuse malgré son importance. Son âge d'or commence à fleurir à partir du 4ème siècle, qui vit depuis le début des publications et des traductions du grec en syriaque et des contributions de grand intérêt."

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30 septembre 2018

"La grande histoire du monde" de François Reynaert

La grande histoire du monde de François Reynaert

La grande Histoire du monde

Résumé :

Des grands empires de l’Antiquité à la chute de l’URSS, de l’Europe de Charlemagne au Japon du xixe siècle, de l’Asie des Mongols à l’Afrique de la décolonisation, cet ouvrage nous convie à un voyage extraordinaire au fil des siècles. Procédant par étapes chronologiques, il suit l’évolution des grandes civilisations les unes par rapport aux autres. Il réussit en même temps à nous faire comprendre la façon dont chaque peuple considère son passé.

Nous avons tous en tête aujourd’hui l’importance nouvelle de la Chine, de l’Iran, de l’Inde. Nous percevons le rôle essentiel que vont jouer l’Afrique et l’Amérique latine. Nous voyons à quelle vitesse la montée de nouvelles puissances reconfigure le monde. C’est pourquoi il paraît urgent de mieux connaître son histoire.

Journaliste et écrivain, auteur notamment du succès Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises (Fayard, 2010), François Reynaert est passionné d’histoire. Il a étudié les œuvres des meilleurs spécialistes et voyagé à travers les continents pour rédiger cet ouvrage dont le but est double. Offrir une synthèse simple et claire des cinquante siècles qui nous précèdent et donner au lecteur une vision globale du monde qui nous entoure.

Avis express :

Le travail peut être salué mais ça s'arrête-là. Tout n'est bien sûr pas faux et ça peut être intéressant, mais ce livre n'a aucun développement et en plus il y a des raccourcis, des simplifications inadmissibles, comme par exemple page 265. Pour le coup, j'invite l’auteur à se pencher sur les traductions d’Aristote par Boèce au 5ème siècle et qui ont énormément marqué l'occident médiéval, ce qui est incompatible avec les mots "parcellaire" et "redécouvre" qui se trouvent sur la même page, en tout cas je trouve.
Toutefois, grâce à ceci, et comme dans le chapitre sur la Naissance de l'islam où le mot "jihad" aurait été apprécié, et où les mesures vexatoires contre les dhimmis auraient gagné à être plus développées plutôt qu'amoindris, on voit que l'auteur cherche quand même à minimiser des détails.

J'ai dit que l'auteur cherchait à minimiser des détails, c'est vrai, mais parfois il fait mieux en ne parlant de rien. Par exemple, il ne développe pas les croisades musulmanes en Europe - en fait si, il s'arrête à l'Espagne -, alors qu'elles sont une des raisons du blocage au développement dont-il parle, par exemple en forçant la population à s'éloigner des côtes. Il cite les vikings, pour ça il n'y a pas de problème, mais les musulmans qui font des razzias jusqu'au coeur des terres non ; pourquoi ? Certes, il cite bien Poitiers, mais là je ne pense pas à Poitiers.

Alors je parle beaucoup de l'islam, mais sur l'Empire Romain on pourrait aussi mettre des distances avec les propos de l'auteur, par exemple quand il parle de la mort de César. Je connais des historiens qui sont moins catégoriques sur la question, et n'attribuent pas cet évènement forcément aux opposants de la Monarchie, puisqu'il n'y avait qu'un républicain dans le lot d'assassins. Et à l'époque, l'opposition à la monarchie étant la république, faut dire qu'un républicain ça ne fait pas beaucoup...

Bref ! Je suis déçue par cette lecture, en laquelle je n'ai finalement aucune confiance, ce qui explique que je l'ai arrêté très vite, car c'est un livre trop léger pour une histoire du monde, et c'est le problème de tous ces livres en fait. Ils sont trop légers pour être exhaustifs. Et si vous voulez découvrir l'histoire du monde, je vous conseille de vous pencher sur le sujet avec des vrais historiens et des livres sur un domaine, pays... en particulier. Ça aura plus d'efficacité que ça, et vous verrez que l'histoire est plus subtile et profonde que cette surface. Par ailleurs, ça évitera aussi le politiquement correct ou incorrecte (enfin à peu près).

Hélas, ce livre a eu le prix essai LDP 2018. :(

19 août 2018

"Les histoires les plus incroyables de l'Histoire de France" de F. Gersal

Les histoires les plus incroyables de l'Histoire de France de F. Gersal

Source: Externe

Résumé :

Connaissez-vous la fabuleuse histoire de Dom Pérignon, moine bénédictin, qui a donné à un vin terne une saveur pétillante dont le monde entier raffole ? À cause de quelle broutille le célèbre tueur Landru fut-il rattrapé par la justice ? Qui se souvient que nous devons les talons rouges à Philippe d'Orléans ? Savez-vous que la Tour Eiffel a été revendue à un ferrailleur ?
L'Histoire de France est parfois née de petits détails, aussi inattendus que drôles, dignes de l'imagination des meilleurs écrivains ! Frédérick Gersal, le célèbre chroniqueur de Télématin, fait revivre l'énigme des siècles à travers des histoires incroyables mais vraies.

Avis express :

Un livre sympa pour qui ne connaît pas les histoires, mais sinon c’est très long et sans surprise. Enfin presque. J'en ai eu pour celles que je ne connaissais pas, un peu pour quelques-unes que je connaissais ; mais sinon, comme les histoires sont déjà vues et revues, peu de découvertes au final. Toutefois, l'intérêt est là pour celui qui n'en sait pas autant.
Niveau écriture, c'est sympa aussi. C'est des courts chapitres et une écriture toute simple qui raconte ces histoires. L'autre atout, c'est la diversité qui touche tous les temps et tous les domaines.

En résumé sympa à lire, mais fastidieux quand on sait ce que l’auteur raconte et où il veut en venir, et ce malgré des titres parfois mystérieux.

3/5

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07 juillet 2018

Création nouveau blog : Encre d'époque

 

Coucou à tous,

Voici une nouvelle pas du tout attendue, la création de mon nouveau blog en parallèle à Flûte de Paon ;
Encre d'époque.


Ce nouveau blog sera axé sur l'histoire et l'actu.

Flûte de Paon fonctionne toujours of course, mais j'ai eu envie de séparer certaines lectures.
Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais c'est pas grave. ^^

Voilà les gens, bonne lecture :)

Blog : Encre d'époque

http://encreenpapier.canalblog.com/

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27 juin 2018

"Les contes et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes" de Claude Ferradou

Les contes et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes de Claude Ferradou

contes et légendes du vercors

Résumé :

Il n’existe à notre connaissance dans les bibliothèques, aucun recueil ancien publié de contes propres au terroir du Vercors, avant le travail remarquable de collectage publié par le Parc Naturel Régional en 1997, et réédité depuis.

« Ce pays fermé, haut dressé sur les plaines passagères, fait de gorges, de défilés, d’escarpements abrupts, de grottes, de forêts épaisses, de rivières encaissées bouillonnantes et vertes, de déserts criblés de trous, ce pays n’a donné naissance à aucune légende  » comme le regrettait Jean Noaro dans sa « Découverte du Vercors » (1979).

Et pourtant…  » Si l’on cédait à la tentation de parler du beau en ce pays, on ferait des volumes. » ainsi que l’a écrit Stendhal dans les « Mémoires d’un touriste ».

Que faire alors pour faire vivre dans notre mémoire collective et dans celle de nos enfants qui deviendra un jour la nôtre, cette grande nef de pierre et de nature foisonnante posée sous l’océan du ciel…?

Le dessein est audacieux : il faut, comme d’autres l’ont si bien fait avant nous, retrouver ou alors réinventer de toutes pièces ce répertoire si rare, à partir des sources orales ou écrites qui restent disponibles. Tel est le projet de Claude FERRADOU membre de la Société des écrivains dauphinois, à partir de souvenirs épars des veillées d’autrefois mais aussi de vieux grimoires notariés ou de notes oubliées d’un curé sur son registre mortuaire…

Il nous présente aujourd’hui quelques-uns de ces contes et nouvelles oubliés qui sont l’âme du pays du Vercors et des Quatre montagnes et de tous ceux qui l’ont habité.

Mon avis :

Les contes et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes, était un livre qui m’intéressé car la Matheysine ce n’est pas forcément loin du Vercors, en tout cas les noms me parlaient. Mais le livre un peu moins hélas… car en effet, je n’ai pas vraiment accroché aux histoires, pas plus qu’au style de l’auteur. (Et je ne parle même pas du patois.)

J’étais pourtant sûre que ça allait me plaire, car j’apprécie énormément la démarche de l’auteur qui a écrit ce bouquin dans l’optique de faire revivre la mémoire orale et régionale, là chose mérite vraiment d’être saluée et applaudi car la démarche est belle ! Mais hélas, je me rends compte, que la démarche ne suffit pas à faire un bon bouquin… Personnellement, le style m’a vraiment rebutée. Les descriptions sur plusieurs lignes (et qui n’apportent rien), l’écriture plate qui n’a pas la saveur du conte, de la veillé que j’imaginais, ont pour moi  gâché le projet de l’auteur, tout comme le choix des histoires. En effet, le choix des histoires ne fut pas formidable à mon humble avis, certaines m’ont bien plu, il y en a vraiment qui sont sympathiques comme L’œil de Divona et La demi-brebis, mais alors d’autres, je me suis demandé pourquoi elles y étaient, comme par exemple La vache gourmande ou encore Le Cabouchon. Certes, elles racontent une époque, une mentalité, une mémoire, mais force est de constater que ça ne suffit pas toujours.

Bref ! Vous l’aurez compris, je n’ai pas été tant emballée par ce livre, même si dedans il y a des histoires agréables ; cela étant, et même s’il me laisse mitigé, je sais qu’il peut plaire à d’autre, donc si la région vous intéresse ou la démarche de l’auteur, allez-y, tentez-le parce que y a du bon aussi (cf. avis sur Amazon). Et de toute manière la démarche mérite vraiment la peine de lire ce livre, car c'est notre mémoire et notre histoire.

Merci aux éditions Marivoles.

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25 juin 2018

"Essais sur l'histoire de la mort en occident" de Philippe Ariès

Essais sur l'histoire de la mort en occident de Philippe Ariès

Source: Externe

Résumé :

Dans cette série d'essais visant à retracer l'évolution des attitudes devant la mort de l'homme occidental, Philippe Ariès se situe à la limite du biologique et du culturel, au niveau de l'inconscient collectif. L'ouvrage commence à l'époque du Moyen Âge, au temps de la "mort apprivoisée", où aucune crainte n'accompagnait son spectacle chez les vivants et où le cimetière servait souvent de lieu de sociabilité, de danse et de commerce. Puis, l'art et la littérature des débuts de l'époque moderne commencent à associer Éros et Thanatos, dans une complaisance extrême à l'égard de la souffrance et de la mort, jusqu'à ce que le romantisme ne laisse subsister que la seule beauté sublimée du mort, en la dépouillant de ses connotations érotiques. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, commence alors ce vaste mouvement de refoulement qui mène jusqu'à nous, où la mort se voit frappée d'interdit, n'étant plus que très rarement représentée. --Hervé Mazurel

Top chrono :

J'ai beaucoup apprécié l'époque médiévale, moderne, mais dès le contemporain ça me plaisait moins. De plus les articles datent assez, alors est-ce que les conclusions sont toujours d'actu ?
Sinon j'ai aussi apprécié voir comment il visualisait le 18ème siècle, pour beaucoup d'historien la déchristianisation qui commençait, mais pour lui c'était avant tout le symbole de la confiance naissante entre les divers membres de la famille.
A lire c'est une évidence, mais à voir s'il n'existe pas des études plus récentes aussi, notamment sur les questions archéologiques, archives et approche des mentalités.
Je ne dis pas que c'est mauvais, loin de là ! Mais vaut mieux compléter vu que les articles ne sont pas récents.

Extraits : "Le testament a donc été complètement laïcisé au 18ème s.
Comment expliquer ce phénomène ? On a pensé (thèse de M. Vovelle) que cette laïcisation était l'un des signes de la déchristianisation de la société.
Je proposerai une autre explication : le testataire a séparé ses volontés concernant la dévolution de sa fortune de celles que lui inspiraient sa sensibilité, sa piété, ses affections. Les premiers étaient toujours consignées dans le testament. Les autres furent désormais communiquées oralement aux proches à la famille, conjoint ou enfants. On ne doit pas oublier les grandes transformations de la famille qui ont abouti alors au 18ème s. à des relations nouvelles fondées sur le sentiment, l'affection. Désormais, le "gisant au lit, malade" témoignait à l'égard de ses proches d'une confiance qu'il leur avait généralement refusée jusqu'à la fin du 17èmesiècle ! Il n'était plus nécessaire désormais de les lier par un acte juridique."


"A partir du 16ème, et même à la fin 15ème, nous voyons les thèmes de la mort se charger d'un sens érotique. Ainsi dans les danses macabres les plus anciennes, c’est à peine si la mort touchait le vif pour l'avertir et le désigner. Dans la nouvelle iconographie du 16ème siècle, elle le viole. Du 16ème au 18ème siècle, d'innombrables scènes ou motifs, dans l'art et dans la littérature, associent la mort à l'amour, Thanatos et Eros : thèmes érotico-macabres, ou thèmes simplement morbides, qui témoignent d'une complaisance extrêmes aux spectacles de la mort, de la souffrance, des supplices.
[...]
Comme l'acte sexuel, la mort est désormais de plus en plus considérée comme une transgression qui arrache l'homme à sa vie quotidienne, à sa société raisonnable, à son travail monotone, pour le soumettre à un paroxysme et le jeter alors dans un monde irrationnel, violent et cruel. Comme l'acte sexuel chez le marquis de Sade, la mort est une rupture. Or, notons-le bien, cette idée de rupture est tout à fait nouvelle. Dans nos précédents exposés nous avons voulu au contraire insister sur la familiarité avec la mort et avec les morts."

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15 juin 2018

"Damalis" de Marie Barthelet

Damalis de Marie Barthelet

damalis

Résumé :

VIIe siècle avant Jésus-Christ. Fils de chef promis à un avenir glorieux, un jeune Thrace perd soudain tous les siens dans un véritable massacre. Il est alors vendu comme esclave à une famille d'aristocrates grecs. Une vie qu'il n'aurait jamais dû vivre et qu'il n'aurait jamais imaginée, commence pour lui... Damalis, deuxième roman de Marie Barthelet, est une véritable épopée. Aventure, fureur et passion sont au rendez-vous. Marie Barthelet est animatrice du patrimoine et responsable du musée de la Charité-sur-Loire. Ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.

Mon avis :

Damalis, c’est une histoire d’esclave, de plusieurs amours, de politique, d’évolution, de complot… C’est aussi une histoire qui se déroule sur plusieurs années. Sans surprise cela vous annonce un pavé en perspective, un gros pavé de plus de 600 pages, où l’autrice va prendre son temps pour narrer l’aventure. Oh ! Ce n’est pas lent, les scènes, les péripéties s’enchaînent à une allure normale, mais faut avouer que le début est long et j’ai eu du mal à accrocher. Mais une fois passé le début, c’est-à-dire la capture et la vente de Damalis, tout va pour le mieux ensuite, car le monde du roman s’agrandit enfin ! S’agrandit, par l’approche politique de la cité et de la guerre, par l’apprentissage de Damalis, par les rencontres, etc., ce qui nous permet par la même occasion de voir différentes facettes de la vie dans une cité grecque. Alors on ne voit pas tout, et parfois c’est très rapide, mais on aborde tout de même la vie religieuse, les mœurs amoureuses, le commerce, les hétaïres… dans la Grèce antique.
Cela étant, tout n’est pas traité de manière  superficiel, en effet la condition d’esclave est par exemple très bien développée. Et c’est même le meilleur sujet développé, car l’autrice va bien mettre en avant qu’un esclave peut avoir une place excellente dans une maison, et parfois meilleure que celle des hommes libres ou des autres membres de l’oikos, et ce même si les maîtres ont le droit de vie et de mort sur ces derniers. De plus elle ne raconte pas que les bons côtés, en effet elle parle des châtiments corporels, de la soumission, de tout ce qui est déplaisant. A tout cela s’ajoute aussi l’étonnant, puisque les esclaves tissaient des liens affectifs avec leur maîtres. Un fait pas si étonnant en fait, vu qu’ils ne leur restaient rien à part cette condition et leur famille, même si parfois ils rêvaient peut-être d’autre chose. En fait pour moi ce livre est avant tout le reste, un excellent livre sur la condition d’esclave dans la Grèce antique. Bon, ce n’est pas un livre d’histoire mais c’est quand même une approche raisonnable, en tout cas je trouve, et pour ça il vaut le coup d’œil.

Au-delà de ce sujet d'esclave, je n’ai pas vraiment grand-chose à dire sur ce bouquin. C’est un livre qui se lit très bien passé la première partie, il donne à voir divers sentiments et diverses situations où on voit les personnages évoluer. Il y a de la tension avec cette histoire de guerre et de trahison, il y a de l’incompréhension entre les personnages et donc des actions en fonction de cela. Bref ! Il y a vraiment de tout, et on remarque que l’autrice a bien su rebondir sur un fait, une parole, pour donner de la suite à son histoire, par exemple avec Iros qui comprend que l’esclavage c’est le sort des vaincus.

Bref ! Comme vous le devinez, c’est vraiment un roman construit et mûrement réfléchit, même si ce n’est pas le roman du siècle parce que ben tout ne m’a pas plu, la première partie est longue et certaines histoires comme celle de Nikanor me passait au-dessus de la tête (et fait exprès elle revenait souvent sur la table). Pour autant, c’est un roman qui vaut le détour parce qu’il aborde l’histoire grecque intime, celle de la population et surtout celle d’un esclave. Certes, c’est romancé, mais tout n’est pas éloigné de la réalité, voilà pourquoi il mérite sa chance.

Merci Babelio et Buchet-Chastel.

 

06 avril 2018

"Le vrai visage du Moyen Âge : au-delà des idées reçues" Sous la dir. de N. Weill-Parot et V.Sales

Le vrai visage du Moyen Âge : au-delà des idées reçues. Sous la dir. de N. Weill-Parot et V.Sales

le vrai visage du MA

Résumé :

Que la violence y ait régné sans partage, que les puissants y aient exercé une impitoyable domination sur les faibles, que la justice y ait été cruelle et expéditive, qu'une religion fanatique y ait régenté la vie des hommes, à peine tempérée par les superstitions les plus extravagantes, qu'on n'y ait eu que de très approximatives connaissances dans les domaines de la science, de la médecine ou de l'hygiène, qu'on y ait méprisé les femmes et méconnu tout ce qui était étranger aux frontières de l'Occident, pour la majorité d'entre nous, cela ne fait aucun doute : le Moyen Âge, interminable parenthèse entre les accomplissements de l'Antiquité et les merveilles de la Renaissance, est le point de référence obligé lorsqu'on veut dénigrer les temps obscurs auxquels nous avons échappé pour accéder enfin à la modernité. Autant d'idées reçues que les plus grands spécialistes français de la question contestent avec force.

Contributeurs : Dominique Barthélemy, Colette Beaune, Ziad Bou Akl, Alain Boureau, Boris Bove, Nicolas Carrier, Franck Collard, Philippe Contamine, Patrick Gautier Dalché, Danielle Jacquart, Philippe Josserand, Didier Kahn, Gabriel Martinez-Gros, Laurence Moulinier, Marilyn Nicoud, Jacques Paviot, Valérie Toureille, André Vauchez, Jacques Verger, Catherine Verna, Laurent Vissière et Nicolas Weill-Parot.

Mon avis :

J’ai mis du temps - étude oblige – mais je l’ai fini ! Et malgré le temps à le lire je peux dire que j’ai été ravie de lire ce livre. Un gros coup de cœur.

Loin du politiquement correct, de la réécriture comme des louanges, ce livre est une mine d’or d’information sur le Moyen Âge. Déjà pour les étudiants, pour ma part je trouve qu’il complète bien mes cours, ce qui est un peu logique car certains sont mes profs comme Monsieur Collard mais pour ceux qui ne sont pas mes profs ça marche aussi - et je regrette d’ailleurs que certains ne soient pas mes profs, ça aurait évité quelques catastrophes… Ensuite, il est aussi parfait pour le lecteur lambda qui veut se cultiver et sortir des clichés que l’on entend sans cesse sur l'époque médiévale habituellement vu que ce livre a pour mission de bousculer les idées reçues et qu'il temporise les ardeurs des discours.

Par ailleurs comme il est écrit par des vrais historiens ce bouquin est aussi une mine d’or sur ce qui fait le sel de ce métier, à savoir : la méthode, la vue d’ensemble, la relativisation, la déduction, la projection… Quand on lit ce livre on voit bien qu’être historien ne s’improvise pas, qu’il faut du temps et de la recherche et que ça va plus loin que répéter une liste de faits comme ça, sans réfléchir.
En effet, les faits s’analysent et comme le montre ce bouquin ça prend du temps pour les analyser et aussi les partager, d’où le fait qu’on peut franchement critiquer ces gens à la TV, à la radio, dans les journaux… qui tentent de donner des leçons d’histoire en 5 minutes et qui se veulent être exhaustifs en plus de ça - même s'ils ne sont pas tous ainsi faut bien l'admettre.
Ce genre de programme c’est très bien pour avoir une première approche, ouvrir sa curiosité, mais pour l’approfondissement et pour une bonne vue d’ensemble ça ne suffit pas, et ce livre le met particulièrement bien en lumière. Il montre vraiment que dans les discours souvent politiques (l’histoire est très politique) on fait usage de trop de raccourci et d’idée fausse qui suffisent hélas pour beaucoup de personne et de ce fait entretient les fausses légendes et facilite la déconstruction...
Outre la méthode, ce livre est aussi une bonne critique sur l’historiographie comme des discours sur l’histoire qui s’inscrivent dans un cadre politique.
Et moi, toutes ces qualités et connaissances me laissent rêveuse… J’aimerai être aussi douée que ça un jour. (Ce qui n’arrivera jamais.)

Enfin, le dernier atout de ce bouquin collectif, c’est la pluralité des thèmes abordés ; de la médecine à la ville, en passant par la femme, la science loin d'être irrationnelle contrairement à ce qu'on pense généralement, les seigneurs, l’hygiène, l’université (je ne digère toujours pas mon mauvais cours sur ce sujet), les traductions beaucoup du fait des chrétiens et des juifs dans le monde islamique, etc., etc. tout passe à la lumière de l’historien, et ceci pour le plus grand bonheur du lecteur qui veut apprendre et sortir des clichés ou compléter ses connaissances.
Le seul défaut qu’on pourrait éventuellement trouver à ce livre - et encore que pour moi ça n’est pas un défaut -, c’est la manière un peu enfantine d’aborder les pistes de réflexion sur cette période par le jeu des questions-réponses, mais personnellement je trouve que ce procédé a au moins le mérite d’être clair et de faciliter la lecture et je n’y vois rien à redire même si beaucoup ne trouveront pas cela sérieux.

En résumé, c'est un livre à lire, c'est un livre fabuleux, c'est un livre nécessaire que tout le monde doit lire. Vraiment j'insiste.

Extraits : (Difficile de choisir !)

"Parleriez-vous d'un sentiment national français au Moyen Âge ?

L'expression "sentiment national" ne se rencontre pas à l'époque. Si l'on considère que, pour qu'une idée existe, il faut qu'elle ait une expression linguistique, alors il faudrait conclure cette idée n'existe pas au Moyen Âge. Mais peut-on être aussi catégorique ? Je retiens un élément : le roi de France passe pour une incarnation de la France, indépendamment de ses qualités propres ; donc s'il est chassé, supplanté, la France elle-même est menacée dans sa survie. L'idée était admise et ancrée que le roi de France devait être un Français. Des textes produits au XIVème siècle dans l'entourage de Charles V le disent expressément, cela pour ruiner les prétentions des rois d'Angleterre, présentés comme des étrangers : "Nul de succède [à la couronne de France] qui est d'étrange pays." Christine de Pizan dit très nettement que les français ont la chance d'avoir toujours été gouvernés par des gens de chez-eux. Il y a donc bien une sorte d'identification entre le roi et ceux qui lui sont soumis dans les limites de sa souveraineté, de son ressort et de son hommage ; et d'un point de vue émotionnel, effectivement, la présence anglaise a été vécue comme une invasion suivie d'une occupation

La France existait donc bien au Moyen Âge...

Il ne paraît pas absurde, en effet, de parler de France et de Français dans les derniers siècles du Moyen Âge. C'ets dire que je suis loin de blâmer les historiens du XIXème siècle, de Michelet à Lavisse, qui ont comme on dit maintenant, crée et raconté le "roman national". Pour eux, ce n'était pas un roman, c'était un récit, composé de bonne foi. Ce n'était pas l'histoire d'un mythe, c'était l'histoire d'une réalité. Il se peut qu'ils aient surestimé tel élément et qu'ils aient volontiers retenu des textes ou des faits répondant ç leur attente et à celle de leur public, mais ils ne les ont pas inventés. Lorsque Jeanne d'Arc déclare dans sa fameuse lettre au roi d'Angleterre (mars-avril 1429) qu'elle veut le "bouter hors de toute France", il ne s'agit évidemment pas simplement de la région parisienne. Entendons-nous bien : être Français, être bon Français, à l'époque, c'est une détermination géographique, mais c'est aussi l'adhésion à la lignée des Valois. En disant tout cela j'ai l'impression de proférer de évidences, mais apparemment, cela mérite encore d'être dit." Pages 20-21. Historien : Franck Collard.

"Selon une idée générale très répandue, dans les médias, dans la classe politique, parfois dans les manuels scolaires, il y aurait eu au coeur de ces conflits de civilisation une oasis de paix et de tolérance : al-Andalus.

Jacques Berque a écrit un livre pour tenter de rapprocher les deux rives de la Méditerranée, un de ses derniers, qui s'intitule Andalousies. Comme se ce mot magique suffisait, un peu comme la lecture d'Avérroès, à rapprocher les civilisations. C'est malheureusement totalement faux. Ce qu'on présente comme la tolérance andalouse, c'est la tolérance du monde islamique à l'égard des religions qui ne sont pas l'islam mais qui font partie des "religions du livre" citées dans la Coran ; cependant, cette tolérance, la dhimma, implique une forme de soumission, un statut d'infériorité. Ce qu'on mesure mal dans notre civilisation moderne, où la tolérance date de la fin du 17ème siècle, c'est que, lorsque la tolérance s'est exercée dans le monde ancien, y compris dans l'Empire romain, mais surtout dans le monde islamique, elle ne signifiait jamais l'égalité. Au contraire, la condition de la tolérance est l'inégalité. En d'autres termes, vous tolérez un inférieur,celui qui vous prête son concours, qui vous donne ses impôts, son travail. [...]" Pages 79-80. Historien : Gabriel Martinez-Gros.

"Récemment encore, un journaliste me disait : "il y a encore des gens pour dire que le jihad, c'est la guerre sainte, alors que tout le monde devrait savoir que c'est un combat intérieur ; le jihad comme la guerre sainte, cela n'a jamais existé, cela a été inventé de toute pièce par les Européens..."
C'est évidemment lui qui se trompait. Dans la revue L'Histoire, à chaque fois qu'il est question d'un article sur l'islam, on me demande de préciser ce qu'est le jihad, et à chaque fois je suis obligé de réécrire les mêmes 3 lignes donnant la définition banale mais juste. Eh oui, le jihad c'est la guerre sainte ou légale."