Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

05 février 2018

"Le seigneur de Charny" de Laurent Decaux

Le seigneur de Charny de Laurent Decaux

Source: Externe

Résumé :

Champagne, 1382. Quand, après six années de croisade, Jacques de Charny regagne enfin ses terres, il découvre, stupéfait, une foule immense massée devant l’église du château.

De toute l’Europe, des pèlerins affluent pour prier devant la relique extraordinaire détenue par la famille : le saint suaire, sur lequel apparaît le corps martyrisé du Christ. Pour sauver le domaine de la faillite, Jeanne, la mère de Jacques, a décidé d’exposer publiquement cette relique cachée aux yeux du monde depuis des décennies.

Alors qu’il espérait être accueilli à bras ouverts, Jacques se heurte à la défiance et l’hostilité de tous. Sa mère, la première, lui reproche d’avoir ruiné la seigneurie avec ses voyages en Orient. Pierre d’Arcis, l’implacable évêque de Troyes, veut interdire l’exposition du drap sacré. Et même sa promise, la ravissante Hélène, s’est mariée à un barbon…  Seuls ses deux amis d’enfance, Miles, le bouillonnant comte de Brienne, et Arnaut, le fougueux chevalier de Jaucourt, semblent se réjouir de son retour.

C’est alors qu’un jeune seigneur et sa suite arrivent en Champagne pour admirer la sainte relique. Pour Jacques, cette visite inattendue va s’avérer providentielle…

Mon avis :

Le seigneur de Charny est le premier roman de Laurent Decaux. Ce livre n'apporte rien de neuf sous le soleil, pour autant il se lit bien. Descriptif d'une époque - avec des arrangements - son histoire se déroule au sein d'une seigneurie en ruine suite à la croisade entreprise par le fils de Charny.
Seigneur désargenté certes, mais riche du Saint Suaire autour duquel il existe un désaccord et qui sera source de pas mal d’ennui. Via ce linceul pourtant, le livre montre comment à l’époque on tentait d’attirer les pèlerins pour faire rentrer quelques argents afin de relancer ou d’enrichir la seigneurie, ou pour donner un écrin à quelques reliques rares afin de s’attirer quelques faveurs du ciel.
Ce ciel dont les représentants menacent d'excommunication ceux qui vénèrent des faux et menacent la vie de toute une bourgade par leurs positions. Positions qui peuvent dépendre des rois comme des papes, comme dans ce livre où notre histoire du Suaire se passe lors du grand schisme de l’église d’occident et se base sur une opposition véritable de Pierre d’Arcis.

Bref ! Toute cette histoire du Suaire apporte déjà beaucoup d’intrigue, de description et de rebondissement à ce livre, c’est même la principale ; mais pour être honnête… pas la meilleure.
En effet, pas la meilleure, du coup heureusement que ce livre compte dans ses pages la présence de Charles VI (avant qu’il ne soit le roi fou) et les intrigues qui l’entourent pour mettre un peu de piment dans cette langueur campagnarde. Effectivement et même si finalement ce n’est pas si présent, les quelques aventures avec ce roi et son entourage font un bien fou ! Comme cette histoire de Suaire est finalement assez molle et tire en longueur - ce qui peut vite devenir lénifiant, sauf sur la fin où elle devient vraiment intéressante - voir ce roi vivre dans un panier de crabe, opposer un refus et entreprendre la guerre, réveille fortement l’intérêt du lecteur et donc l'intérêt du livre vu qu'on s'éloigne un peu du sujet principal qu'est le Suaire.

Mais que serait ce livre sans son personnage Jacques de Charny et ses amis coureurs de jupons et bons vivants ? Amis qui lui remontent le moral vu que le retour n’est pas celui escompté, puisqu’il est accueilli froidement par sa mère et qu’il est délaissé par sa promise qui a épousé un riche barbon.
Pour être franche, là aussi ce ne sont pas les personnages du siècle, mais leur compagnie, leurs coups et leur amitié rajoutent de l’agréable au roman qui sans ça serait encore plus long à lire, surtout au début.
Le plus cependant avec ces trois personnages, c'est qu'ils ne sont pas invincibles, ils ne sont pas les meilleurs, ils ne sont pas les plus forts, ce qui met quand même une touche de réalité agréable dans ces portraits, parce que c'est chiant mine de rien ces chevaliers qui s'en sortent à trois contre cent !

En conclusion, j’ai apprécié ce livre et surtout la fin qui est terrible, mais le début a été un peu difficile, ça devient vraiment intéressant pour moi dès le départ de Charles VI et l’action de l’évêque sur le Suaire. Avant, pour moi, ça colle au décollage, mais je sais qu’à d’autres il n’a pas fait cet effet-ci, donc à tenter pour ceux qui veulent, car au fond il est vrai que l’on ne passe pas un trop mauvais moment non plus. Il y a quand même des choses agréables en plus de l’époque médiévale. Et en plus l'auteur est assez bien renseigné, ce qui est indéniablement un plus.

Merci à XO Editions.


22 janvier 2018

"Les mains de Sélim sur le corps du Christ en croix" de Jean Marie Gourio

Les mains de Sélim sur le corps du Christ en croix de Jean Marie Gourio

Source: Externe

Résumé :

Dans la région d'Annecy, Selim, quinze ans, vient de passer huit mois en établissement fermé après avoir, une nuit de révolte, incendié une voiture. M. Gabriel lui a redonné une chance en le prenant comme apprenti dans sa menuiserie, Le Bois Doré, une association de réinsertion pour jeunes délinquants. Grâce aux encouragements de M. Gabriel, profondément athée, Selim, le musulman, et Yoram, qui est juif, découvrent ensemble la passion du travail et les vertus de la fraternité. Mais Farid, le frère aîné de Selim, colporteur de thèses djihadistes au tempérament liberticide, lui reproche de ne pas être assez pieux. Selim, particulièrement doué, apprend pas à pas les secrets de la sculpture jusqu'au jour où l'on confie à l'atelier la réalisation d'une copie d'un christ en croix datant du XVIIIe siècle.
Existe-t-il plus beau miracle que la transfiguration poétique du quotidien ? Dans ce bouleversant plaidoyer pour la liberté, Jean-Marie Gourio place l'art au-dessus de toute autorité. Décrivant la naissance d'une vocation, il renvoie dos à dos le fanatisme et l'ignorance et nous livre un chef-d'oeuvre de délicatesse.

Mon avis :

Je ressors déçue et passablement énervée de cette lecture.
Déçue car, l’idée du livre partait d’une bonne idée. Un musulman qui cherche à conquérir sa liberté, à se défaire du milieu salafiste dans lequel il vit (il n’y a pas que le frère qui est intégriste dans la famille) par la sculpture qu’il apprend c’était vraiment sympa. Il y avait quelque chose de neuf dans l’idée de voir un musulman s’ouvrir à ce qui n’est pas musulman, à ce qui ne lui ressemble pas, mais dieu que l'histoire était mal amenée.

Déjà par l’écriture, qui était trop simple et par moment pas assez naturelle même si ça donnait de belles phrases à l'arrivée, - ce qui faisait au final assez bizarre quand on comparait au reste. Ensuite, c'était nul à cause de la présence de situations surréalistes, comme par exemple l'histoire des miettes sur la table avec les yeux fermés, à ce moment pour moi le livre a basculé dans du comique parce que c'était une scène juste ridicule - même si ce n'était pas son but faut bien le dire. Et enfin, c’était très mal amené car c'était très politiquement correct. La deuxième chance nécessaire après une « connerie » euuuuh, la blague, même dix chances ne changeraient rien. Le jeune qui la saisie (la chance), double blague. Le jeune content de balayer dans un atelier, triple blague, et je ne parle même pas de l’idée préconçue et fausse sur le racisme des français soi-disant responsables du salafisme du frangin dans le bouquin. Le terreau familial, la haine dans l’Islam..., ça ne fait pas partie de l’équation visiblement.

Bref ! Pour diverses raisons c’était très mal amené, car ça ne collait vraiment pas avec la réalité et tombait souvent dans le ridicule pour moi. Alors, je n’ai rien contre le fait qu’un livre ne colle pas à la réalité, mais avec un sujet qui s'en veut si proche, pour le coup j'avoue que ça me dérange.

Cela étant si on arrive à faire abstraction à tout ça, il y a quelque chose de sympa dans ces pages et c’est le caractère du jeune homme. Ce jeune qui veut sortir de sa cage tout en étant pris entre deux feux, la famille et la religion d’un côté et la liberté de l’autre, ça c'était vrai et touchant, et j'avoue que ça m'a fait plaisir à le voir. Certes ce n'est pas une situation facile pour ce jeune et c'est pénible à lire car sa prison a vraiment une grosse emprise sur lui et que parfois on a envie de le secouer, mais la situation était tellement bien dessinée, la tristesse et la peur si bien abordées, que oui là j'ai marché et je dis bravo car je n'espérais plus rien. C'est juste dommage que le reste ne suit pas et soit trop irréel.

Bref ! Au final c'était une lecture difficile et peu convaincante, mais le désatre n'est pas totale et le livre en est sauvé par le jeune homme, mais hélas ça ne suffit pas à en faire un bon livre.

Merci quand même aux Editions Julliard.

Posté par Florell à 13:07 - Contemporain - Commentaires [0] - Permalien [#]
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16 novembre 2017

"Comment vivre en héros" de Fabrice Humbert

Comment vivre en héros de Fabrice Humbert

 

La vie, c'est la main du destin.

comment vivre en héros

Ce destin qui impose des changements par ses choix qui mèneront tantôt à la mort, à l'amour ou la réussite,

Fabrice Humbert

et qui apporteront à un homme, une femme et leur famille

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Le bonheur et/ou le malheur.

Humbert

Comment rester toujours beau, rester soi, quand à côté on vous pousse dans un camp que vous n'avez jamais désiré parce qu'on a de l'ambition pour vous ?

Comment rester un bon père et un bon mari quand on veut changer le monde ?

38 secondes pour un choix, pour une vie.

38 secondes plusieurs fois dans une vie.

Voilà ce que raconte ce livre, intéressant, bien écrit, bien que banal, mais des personnages pas toujours facile à supporter.

 

Merci à Priceminister.
#MRL17

09 octobre 2017

"Le Sacrifice des dames" de Jean-Michel Delacomptée

Le Sacrifice des dames de Jean-Michel Delacomptée

 le sarifice des dames

 Résumé :

En ce début du XVIe siècle, les Ottomans menacent la Hongrie. Le comte Gabor, joueur d'échecs incomparable, gouverne le comitat de Paks. Sa fille Judit, joueuse hors du commun elle aussi, se désespère de l'apathie de son père face au péril turc. Elle voudrait prendre sa place au plus vite. Sa mère, la comtesse Livia, cupide et avide de pouvoir, nourrit la même ambition. Toutes deux se haïssent. Pour parvenir à ses fins et sauver son pays, Judit trame un projet machiavélique. Elle le mènera jusqu'au bout, sans peur et sans pitié. Alors naît sa légende.
Dans ce roman à l'atmosphère puissamment baroque, à mi-chemin entre l'histoire et l'imaginaire, Jean-Michel Delacomptée fait surgir une héroïne exceptionnelle dont l'idéal de résistance demeure intemporel.

Mon avis :

"Là où il est tout à fait question de décider du salut de la patrie, il ne doit y avoir aucune considération de ce qui est juste ou injuste, compatissant ou cruel, louable ou ignominieux"

Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live III.

Judith est fille du compte Gabor, prodige aux échecs mais hélas très porté sur la boisson qu’il en perd de vu son rôle politique face à la menace ottomane en ce début du 16ème siècle. Ambitieuse et patriote, sa fille Judith qui est elle-même très douée aux échecs, ne supporte plus cette décadence qui règne dans l’armée du comitat de Paks et sur son château, ainsi que l’indifférence de son père face au péril turc. Ambitieuse et intelligente, et face à une mère haïs, cupide et ambitieuse aussi, Judith va alors tout mettre en œuvre pour prendre le pouvoir de son père afin de le placer dans ses mains, quitte à éliminer les obstacles qui se trouvent sur sa route…

Loin de ce qui se fait habituellement, Michel Delacomptée, nous offre ici une légende d’un genre, à défaut d’être nouveau, trop rare. D’une part car il nous offre un personnage principal féminin d’une rare intelligence, d’une rare force de caractère, qui se trouve de plus loin des canons de beauté habituel et des clichés sur la femme déchirée ; et d’autre part car c’est une histoire qui demande au lecteur de la patience (même si le livre n’est pas épais) et en même temps du recul. Pas que ça soit lent à la lecture ou encore assommant, mais l’époque, la haine, les tensions, fait que Judith met du temps à parvenir à ses fins ; et le lecteur n’a pas d’autre choix que de la voir tisser sa toile petit à petit et donc de prendre sur lui.

Bon, vous l’aurez compris le temps et la patience joue pour notre personnage ; mais pas que… Car Judith c’est aussi un personnage calculateur. Comme au échec elle calcule chacun de ses coups et prévoit toujours le suivant, et si ça donne quelque chose de terrible l'arrivée, il découle cependant de cette situation deux impressions pour le lecteur.

1- Judith à un côté antipathique, machiavélique et tyrannique, qui fait qu’on aurait dû mal à l’apprécier malgré le danger, mais perso je l’ai apprécié justement pour cela, ce côté je prends les choses en main et on ne va pas rigoler (ce que laissé déjà deviner la phrase d’accroche à l’entrée du roman).

2- Ce côté prévoyant casse le côté aventure et démonstration de force du type valkyrie qu’on pourrait attendre de ce roman, du coup sans le recul dont je parlais plus haut on pourrait y voir un roman plat et ennuyeux, alors que non ce n’est que de la stratégie, d'avantage basé sur le cheminement d'une pensée pour un idéal, que sur les démonstrations de force pour un idéal, et ça c'est assez rare pour être souligné. Même si à la fin ce n’est pas forcément payant...

Bref ! Ce n’est pas le roman du siècle, ni un roman qui est frocément bien raconté, mais il y a quelque chose dans le personnage de Judith qui est magnifique rien que dans son idéal de résistance et son rêve de remise en ordre qui donne à réfléchir et peut-être plus... Et rien que pour ça je conseille ce livre.

Editions Robert Laffont.