Flûte de Paon / Livre-sse livresque

Livres, mots, poésies ainsi que d'autres petites choses...

05 décembre 2020

"Un crime sans importance" de Irène Frain

Un crime sans importance de Irène Frain

Résumé :

« Les faits. Le peu qu’on en a su pendant des mois. Ce qu’on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l’unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d’été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d’organiser des barbecues dans leur jardin.
L’agresseur, a-t-on assuré, s’est introduit dans la maison de l’impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l’a toujours pas rendu. »
Face à l’opacité de ce fait divers qui l’a touchée de près – peut-être l’œuvre d’un serial killer –, Irène Frain a reconstitué l’envers d’une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l’intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

Irène Frain est écrivain. Parmi ses romans les plus connus, citons : Le Nabab (Lattès, 1982), Secret de famille (Lattès, 1989), Devi (Fayard, 1993), L’Homme fatal (Fayard, 1995), Les Naufragés de l’île Tromelin (Michel Lafon, 2009). Le Seuil a publié d’elle deux récits autobiographiques : Sorti de rien (2013) et La Fille à histoires (2017), ainsi qu’un récit biographique : Marie Curie prend un amant (2015).

Mon avis :

Chaque jour l’information nous apporte son lot quotidien d’injustice. Des enquêtes parfois bâclées, les oreilles de l’autorité bouchées, des gens assassinés pour de l’argent ou un regard, etc. notre quotidien ne manque en effet pas de sauvagerie. Sauvagerie et horreur qui ont un jour frappé à la porte de l’auteure Irène Frain, dont la sœur et marraine est morte des suites de ses blessures après une intrusion dans son domicile.
A ce jour, sur ce crime elle n’a que peu de réponse pour cent mille questions, l’enquête piétine, la justice piétine et la famille proche de la victime ne partage pas beaucoup avec elle. C’est ce parcours, ces questionnements, cette injustice qu’elle va nous raconter ici. Et j'avoue que ce n’est pas effarée, mais plutôt blasée que j’en suis ressortie. Car avec cette colère littéraire maîtrisée, d’où ressort une grande détresse et colère, Irène Frain raconte ce que l’on sait déjà sur notre société et notre justice paresseuse, sur les relations familiales compliquées et sur cette sauvagerie toujours grandissante. Car elle découvrira effectivement et par ses propres moyens, que sa sœur ne fut pas la seule victime, et que le quartier dit « sensible » n’est probablement pas étranger à toutes ces agressions.

Mais bien au-delà de ces questions judiciaires, ces scènes qu’elle imagine avec son juge imaginaire, cette injustice qu’elle ressent devant tant de lenteur, il y a toute une vie qui ressort par-delà la morte. Une vie dans une autre époque, où les liens qui les unissaient étaient encore présents, même si malgré la promiscuité d’un logement ils n’étaient pas non plus dominants. Une vie où le peu de chose en disait plus long qu'un grand discours. Une vie de séparation et d'incompréhension. En effet, ce n’est pas seulement l’image d’un crime sordide dont nous parle Irène Frain, elle nous parle aussi de son rapport à la famille, ses liens difficiles, ce modèle que fut sa soeur, sa réussite et son rapport à l’écriture qui donne d’elle une image fausse. Il fallait en passer par-là pour comprendre la colère.

Tout ceci évidemment, fait qu’elle en vient aussi à aborder la société, les relations avec les amis, la religion, Dieu, la mort. Dans un entremêlé de questionnements métaphysique et concret, l’épreuve l’interroge toujours plus dans ses convictions et ses motivations. Ceci indique bien au-delà de l'autrice, les ravages que font ces épreuves, tout en mettant en avant notre propre impuissance.

En conclusion et contrairement aux apparences, ce livre n'est pas tout à fait personnel, un mélange d'adulte et d'enfant dans le regard ; il est surtout une voix de plus qui s’élève contre la barbarie, contre la justice bien trop lente, débordée, si peu tournée envers les réelles victimes. Il faut que les choses changent.

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03 septembre 2020

"Star-Up Mania" de Michel Turin

Source: Externe

Résumé :

En France, les start-up sont devenues l’objet d’un véritable culte. Elles font rêver les jeunes diplômés comme les investisseurs en tous genres… et les hommes politiques. On s’extasie à juste titre sur les « licornes » françaises : Doctolib, BlaBlaCar, Criteo… Mais ces réussites incontestables sont l’arbre qui cache la forêt des start-up (il y en aurait plus de 10 000 !) – celles pliées aussi vite qu’elles ont été créées, celles qui végètent, puis s’étiolent après un départ fulgurant. Pourtant, ce n’est pas faute de financements : par l’entremise des business angels et des venture capitalists, l’argent coule à flots dès qu’est prononcé le mot magique de « start-up ». Et l’État n’est pas en reste. Pour que la France accède au statut de « start-up nation » que le président appelle de ses vœux, il arrose l’écosystème de la French Tech d’aides en tous genres. Pourtant, tout devrait éveiller la méfiance des investisseurs : les start-up sont évaluées non pas en fonction de leurs profits – inexistants – mais de nouveaux critères non orthodoxes inventés pour les besoins de la cause. Certes, dira-t-on, mais n’est-ce pas la seule façon de voir émerger des Amazon, des Google ou des Uber européens ? Hélas, plusieurs experts nous expliquent pourquoi l’écosystème français est structurellement incapable de donner naissance à de tels géants. Les start-up sont-elles au moins utiles à l’économie du pays ? Pas davantage. Petits employeurs, gros consommateurs de subventions, championnes de la précarité, elles font (dans le meilleur des cas) la fortune de leurs seuls fondateurs, qui cherchent à vendre leurs parts le plus vite possible, souvent aux grosses sociétés dont elles « challengent » le business model…
Le crash est imminent, nous avertit Michel Turin. Vous avez aimé l’éclatement de la bulle de l’internet en 2000 ? écrit-il. Vous allez adorer celle des start-ups !

Mon avis :

J’ai beau être une milléniale je ne connais rien au Star Up, ce n’est pas mon rêve et je ne connais pas une personne qui ait ce rêve. Alors autant dire que j’ai lu ce livre sans grande connaissance. Malgré cela je n’ai eu aucune difficulté à lire et comprendre ce bouquin.

J’ai appris beaucoup et j’ai découvert un monde incroyable. Un monde avec son vocabulaire, son design, son esprit, son machisme, son fric, ses visions, ses défauts, et ses quelques réussites comme les licornes (la star des Star Up) mais difficile à décrocher. Surtout pour la France. Car comme va nous l’indiquer le livre : le marché, les lois, le système d’une manière générale n’aident que difficilement à atteindre le graal du graal : la licorne.
Cela étant, ce qui ressort de cette étude nous indique que pour la France la « Star Up nation » dont rêvé Macron pour son économie et sa place dans le monde, n’est qu’une utopie. En lisant l’auteur nous découvrons en effet que ces dernières ne réussissent que rarement, n’embauchent quasiment pas, ne se dirigent pas dans les bons domaines et ne vivent pas assez longtemps pour être réellement avantageuses. La concurrence les rachète régulièrement pour éviter toute opposition sur le marché, de fait elles ne grandissent pas très longtemps…  Bon elles ne sont pas non plus inutiles, mais pour sortir un pays de la crise vaut mieux compter sur autre chose qu’une simple entreprise. Car oui, la Star Up n’est qu’une simple entreprise.

Autre chose intéressant dans ce livre, c’est le regard de l’auteur sur l’étranger. Via ce dernier nous allons découvrir pourquoi certains pays comme les Etats-Unis réussissent mieux que d’autre. Plus étonnant en ce qui me concerne, la réussite d’Israël sur ce point. Elle égale les EU, et sa réussite est due (surtout) à sa situation politique. Chose que je n’imaginais pas.

Parmi les autres points développés, et pour finir, notons que la Star Up confirme le fait que les métiers du futur n’existent pas et qu'ils s'en inventent des nouveaux chaque jour. « Star-uper » n’existait pas il y a 20 ans, pas plus que « Youtuber » au demeurant, maintenant pourtant ce concept a donné naissance à des idées mais aussi à des métiers pour lancer les Star Up. Bref. Si la Star Up est un rêve, ce rêve confirme néanmoins l’évolution du monde.

En résumé, c’était un livre facile à lire pour l’inculte que je suis sur ce sujet et pour mieux comprendre le phénomène.

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02 mars 2019

"Mon fils, ce djihadiste" de Alexandra Gil

Mon fils, ce djihadiste de Alexandra Gil

Mon fils ce djihadiste alexandra Gil

Résumé :

Nathalie, Marie-Agnès, Françoise, Michelle... Toutes ces mères ont vu leur enfant partir en Syrie pour participer au djihad. Un phénomène d’ampleur touchant chaque année plus de 5 000 jeunes Européens qui n’hésitent pas à rejoindre l’État Islamique. Dans ce livre, des mères de djihadistes français et belges témoignent. Pourquoi ces enfants qu’elles ont portés et éduqués ont-ils pris un tel engagement ? Comment supporter l’absence d’un fils que l’on continue d’aimer, envers et contre tout ? Ces mères font le récit d’une vie quotidienne devenue un calvaire : les interrogatoires interminables, les voisins suspicieux, et cette peur terrible d'allumer la télévision après un attentat qui aurait pu être commis par leur fils. Avec parfois pour seule conclusion, un texto laconique les informant que leur enfant n'est plus de ce monde…

Un document exceptionnel pour comprendre le djihadisme européen.

Mon avis :

                                                          "Les Saint Jean bouche d'or
Qui prêchent le martyre
Le plus souvent d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées
C'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas.
[...]
Ô vous, les boutefeux
Ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu !
Laissez vivre les autres !
La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas."

Mourir pour des idées de Georges Brassens.



     Voilà un livre qui soulève des sentiments différents en moi, mais après un petit point sur moi-même, finalement je m’aperçois que je ressens plus de colère que de compassion. Colère contre les familles, colère contre l’Etat.

     Pour commencer, je tiens à préciser que je comprends ces mères ou ces pères qui sont déboussolés, dépressifs, perdus, quand ils ont su que leur enfant était parti faire le djihad. Je me doute en effet que ça ne soit pas facile à apprendre, surtout quand on sait quelles atrocités vont être commises contre des innocents à cause de la connerie religieuse. Je comprends aussi très bien ce sentiment de ne pas être à sa place dans une société qui souffre de cette connerie religieuse islamique par plusieurs attentats et autres atteintes aux Droits de l’Homme.
      Toutefois, ma compassion pour ces familles a tout de même eu ses limites. En effet, j’admets que j’ai eu aussi beaucoup moins de sympathie pour quelques familles quand je lisais certains passages. La compassion n’était pas tout à fait absente, mais entre la sœur qui ne voulait pas dénoncer son frère quand il reviendra (en espérant qu’il ne revienne jamais et qu’il crève là-bas), la mère qui fait comprendre à son fils de ne pas se pointer au resto habituel de peur qu’il soit arrêté, ou encore la mère qui refuse d’admettre que son fils ait changé (parole de mère !), j’avoue que j’ai fait quelques bons.
L’amour c’est probablement beau, mais là c’était juste idiot. Et j’avoue que je ne comprends pas cette attache à ce membre assassin de la famille, et qui m'a particulièrement agacée quand les parents ont peur que leur monstre d’enfant meurt. Dans ma tête, ce n’est pas admis d’avoir peur pour des monstres, quand bien même ils soient de ta famille...
      Nonobstant cela, tous ne sont heureusement pas ainsi, à l’image de ce père de famille qui dit qu’il ne pourra plus jamais avoir confiance en ce fils qui est rentré en France (hélas pour nous).
     Bref ! Certains témoignages ont soufflé en moi le chaud et le froid. Mais malgré tout, et malgré l’énormité de ce que je vais dire, je ne peux qu’encourager ces familles amputées d’un membre à continuer leur vie. Car leur vie vaut mieux que cet échec.

      Pour continuer, je disais dans l’intro que l’Etat était la seconde source de ma colère. Sur ce point, ce que j’ai apprécié voir, c’était de voir que cette colère était partagée avec les familles comme l’atteste les témoignages qui dénoncent :

1- La collusion entre l’Etat et les islamistes ;

2- Les discours qui jouent avec la théorie de l’amalgame comme celui du Maire de Sevran et qui servent si bien les islamistes ;

3- L’inaction de l’Etat qui ne fait rien pour lutter contre ce fléau, et laisse en liberté en France ou en Belgique des gens qui ne doivent pas connaître cet état de faveur. (Pour moi une balle dans la tête, c’est un cadeau pour l’humanité.)

      Néanmoins, en lisant ce livre ma colère est allée plus loin que ces choses-là. En effet, quand je sais que certains débiles de dieu ressortiront un jour de prison comme le fils d’Omar, ça m’a révoltée. Ca m'a révoltée, car je trouve le droit pas assez sévère avec ces choses-là, et là pour moi réside une des faiblesses des démocraties. Effectivement, il ne doit pas être admis que ces monstres-là ressortent un jour de prison, ni même rentre de Syrie. Les Bisounours ça n’existent pas en vrai et on ne revient jamais de la folie divine et meurtrière ; on ne peut de ce fait donner une seconde chance à ces choses-là !!!
     Sinon pour en revenir au livre, nous savons tous que dénoncer les trois points s’est enfoncer les portes ouvertes, ce sont des choses que l’on dit depuis longtemps et que l’on voit tous les jours sans que ça choque pour autant les bien-pensants… Cependant j’ai trouvé qu’il était intéressant de voir comment ces familles le ressentaient. Tantôt comme une injustice, notamment quand les recruteurs et les imams sont dehors en liberté ; tantôt comme une défaite annoncée, à l’image de ce père qui se dit que vu l’inactivité des états de droit on a déjà perdu. Et ça c'est terrible...

     Enfin, pour conclure cet avis, l’autre atout de ce livre c’est qu’on peut aussi découvrir certaines situations ahurissantes, comme la DGSI qui ne fait rien car l’Etat n’est pas réactif ou encore la corruption qui règne à divers endroit.

     En résumé, c’est un livre témoignage très intéressant à lire – et qu’il faut lire –pour découvrir comment se transforme l’enfant ; renseigner sur les dérives qui doivent inquiéter ; et aussi avoir une meilleure vue sur l’état actuel de l’Europe qui laisse beaucoup trop faire les musulmans et leur donne beaucoup trop de droit (islam-islamiste ce n’est pas différent). Mais quand vous lirez ce livre, gardez une dose de zen en vous car la colère viendra titiller vos chakras plus d’une fois ! Que ça soit dans les témoignanges, dans les actions, dans les écrits.

Merci aux Editions City.

Extraits :

"Je viens d'Algérie, je sais de quoi je parle. Quand j’étais môme, les islamistes ont commencé à fonder des associations, soi-disant pour venir en aide à la population. Et je l'ai constaté. Si tu étais sans ressources, ils t'accueillaient à la mosquée et te donnaient à manger... Ils étaient discrets et paraissaient inoffensifs, parce qu'à l'époque ils n'étaient pas encore en position de force. Mais dans les années quatre-vingt, quand j'avais 20 ans, leur heure de gloire est arrivée, ils ont gagné du terrain et se sont imposés par la force. Et c'est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment même en Europe. Ces gens-là sont en Europe et se servent de la loi, du droit, de la démocratie précisément pour combattre la démocratie". Omar.

"Elle n'a pas non plus oublié que le maire de sa ville, Sevran, a refusé de divulguer le numéro vert mis en place par le gouvernement pour aider les familles témoins de signes de radicalisation chez les proches. Elle se rappelle clairement sa réponse dévastatrice : "A quoi bon stigmatiser la communauté musulmane ? il ne faut pas exagérer, il y a seulement 14 jeunes originaires de Sevran qui sont partis en Syrie." La mère de Quentin hausse le ton quand elle m'avoue que ce "seulement" l'obsède et la met au supplice depuis deux ans. Car, pour elle, un garçon c'est déjà de trop. Elle est convaincue qu'il existe un clientélisme politique envers l'islam, et que cette complaisance est motivée par la crainte de perdre des électeurs parmi les citoyens de confession musulmane." Véronique.

"Ce sont des lâches, des hypocrites. Ils dénoncent un système dont-ils se servent à leur avantage." Véronique.(En parlant de la justice française).

Posté par Florell à 14:13 - Documentaire / Essai - Commentaires [0] - Permalien [#]
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